Para, chapitre 5, michna 3. Ce chapitre traite des ustensiles employés pour préparer et manipuler les eaux du 'hatas, cette eau dans laquelle on dépose les cendres de la para adouma. Notre michna s'intéresse à un ustensile tout simple, domestique : une calebasse séchée et évidée, dont on se servait comme récipient pour puiser de l'eau. La question est de savoir ce qu'il advient lorsqu'une telle écorce s'est imbibée d'une eau qui n'est pas apte à la sanctification.
Lisons les mots de la michna un à un. « Keroyah chetivilouha », une calebasse que l'on a immergée, « bemayim che'einan re'ouyin lekadech », dans une eau qui n'est pas valable pour sanctifier. Vient alors la règle : « mekadchin bah ad chetitamei », on peut procéder à la sanctification dans cette calebasse jusqu'au moment où elle contracte la toum'a. Puis le renversement : « nitmeha, ein mekadchin bah », dès que la toum'a l'a atteinte, on ne s'en sert plus pour sanctifier.
Précisons la situation. L'eau dans laquelle la calebasse a été immergée n'était pas de l'eau de source, seule eau apte au 'hatas ; c'était une eau ordinaire, comme celle d'un mikvé. Remarquons bien que cette eau n'était impure en aucune façon. Une calebasse neuve n'a jamais eu l'occasion de contracter la moindre toum'a, si bien qu'à la rigueur aucune immersion n'était nécessaire. On l'a néanmoins immergée, par surcroît de précaution pris spécialement pour le 'hatas. Après cette immersion, on peut y verser de l'eau de source et accomplir la sanctification.
Pourquoi ne soulève-t-on ici aucune objection, alors que l'humidité absorbée dans les parois de la calebasse pourrait ressortir dans l'eau de source qu'on y verse ? Parce que ce qui suinte en retour n'est qu'une quantité négligeable d'eau pure et ordinaire, perdue dans un volume bien plus grand d'eau valable et comptée pour rien du tout. Une inquiétude aussi mince ne peut engendrer d'interdit. Il existe même un avis selon lequel, une fois la calebasse laissée à sécher, on peut s'en servir pour sanctifier sans la moindre réserve.
Le tableau change si la calebasse est devenue temé'a puis a été purifiée par immersion. Désormais, on ne peut plus y sanctifier l'eau de la para adouma, car ici l'inquiétude est réelle : une seule goutte échappée des parois véhiculerait la toum'a et rendrait impure l'eau sanctifiée.
Rabbi Yehochoua refuse la distinction établie par le premier tana. Voici ses mots : « Im mekadech hou bah bit'hila », si la calebasse peut servir à la sanctification au départ, alors « af besof yekadech bah », elle devrait aussi y servir plus tard, c'est-à-dire même après avoir contracté la toum'a et avoir été purifiée dans un mikvé. Et inversement : « im eino mekadech bah besof », si elle est inapte à sanctifier à ce stade ultérieur, « af lo bit'hila », elle était tout aussi inapte au départ, vu le liquide inadéquat qu'elle relâche. La tendance propre de Rabbi Yehochoua va vers la rigueur : même une calebasse qui n'a jamais contracté de toum'a ne devrait pas servir à sanctifier, précisément à cause de l'humidité emmagasinée dans ses parois, qui finira par se frayer un chemin jusqu'à l'eau de source.
La dernière clause de la michna : « Bein kakh ouvein kakh », dans l'une comme dans l'autre situation, avant que la calebasse soit devenue temé'a ou après, « lo yossif letokha mayim mekoudachim », on n'y recueille pas d'eau déjà sanctifiée. La mesure appliquée ici est plus stricte, car une eau sanctifiée est gâtée par une seule goutte d'eau non sanctifiée sortant des parois de la calebasse, et cette rigueur vaut dans tous les cas. La plupart des commentateurs se refusent à lire cette ligne finale comme la suite de la position de Rabbi Yehochoua ; ils l'attribuent plutôt au premier tana.
Le Rambam, dans ses lois de la para adouma, formule la halakha en conséquence : une calebasse immergée dans une eau apte à la sanctification peut servir à sanctifier, mais on n'y recueille pas l'eau du 'hatas, puisqu'une telle écorce absorbe le liquide en elle-même, ce qui est exactement l'enseignement de notre michna.
La leçon de la michna est la sensibilité des eaux du 'hatas à la plus infime trace d'un élément étranger. Un ustensile qui paraît parfaitement propre, et qui l'est parfaitement, peut encore retenir, invisible au creux de ses parois, une goutte que la loi de la Tora sur la para adouma refuse de laisser passer.