Para, chapitre 9, michna 2. Ce chapitre traite des nombreuses manières dont l'eau sanctifiée, celle dans laquelle on a mis les cendres de la para adouma, peut être abîmée et devenir inapte à l'aspersion. Ici, la michna nous fait imaginer une fiole de cette eau prête à l'emploi, dans laquelle tombe une petite créature vivante.
La michna commence ainsi : "Naflou lessokho chekatsim ouremassim venivke'ou, o chenichtanou mareihen, pessoulin" : si des créatures rampantes ou de la vermine tombent dans la fiole et s'y disloquent, ou bien si l'eau prend un autre aspect, elle ne peut plus servir à l'aspersion.
Deux problèmes distincts sont décrits. Le premier : la créature s'est disloquée à l'intérieur de la fiole, de sorte que son propre liquide s'en est écoulé et s'est mêlé à l'eau sanctifiée. Le second n'exige même pas que la créature s'ouvre : si l'aspect de l'eau a changé à cause de ce qui y est tombé, cela suffit à la disqualifier.
Le scarabée
La michna poursuit : "Hipouchis, bein kakh ouvein kakh pessoula, mipnei chehi kichfoferes" : un scarabée disqualifie l'eau dans les deux cas, parce qu'il est comme un tube.
S'agissant du scarabée, peu importe qu'il se soit disloqué ou non, et peu importe que la couleur de l'eau soit restée exactement la même. Le scarabée est bâti comme un tuyau creux. L'eau y entre, rencontre le liquide qui s'y trouve, puis ressort en s'écoulant par l'autre extrémité. Puisque l'eau traverse la créature de part en part et se charge de son liquide au passage, la fiole est inapte dans tous les cas.
Les minuscules insectes du grain
La michna rapporte ensuite un avis opposé : "Rabbi Chimon veRabbi Eliézer ben Yaakov omrim : hadira vehakina chebatevoua, kechérim, mipnei chéein bahen leikha" : selon ces deux Sages, la dira et la kina, ces créatures que l'on trouve dans le grain entreposé, laissent l'eau utilisable, puisqu'il n'y a chez elles absolument aucun liquide.
Il s'agit des bestioles à peine visibles qui se développent dans le grain conservé en réserve. Ces Tannaïm estiment que même si une telle bestiole tombe dans la fiole et s'y disloque, rien du tout n'a été communiqué à l'eau, car la créature n'a en elle aucun liquide à libérer, et l'eau peut encore servir à l'aspersion.
La halakha, cependant, ne suit pas Rabbi Chimon et Rabbi Eliézer ben Yaakov sur ce point.
L'enseignement de cette michna, c'est l'extrême délicatesse des mei 'hatas. Une créature assez minuscule pour passer inaperçue dans un sac de grain, un scarabée auquel personne ne prêterait attention, suffit à mettre fin à l'utilité d'une eau préparée avec tant de soin.