Ohalos, chapitre 9, michna 13. Ce chapitre suit une kaveras, une ruche, à travers une série de positions et pose chaque fois une seule question : jusqu'où la toumah se propage-t-elle, et qu'est-ce que la kaveras elle-même protège ? Jusqu'ici, le chapitre s'est occupé surtout d'une kaveras couchée sur le côté. Notre michna change le tableau : la kaveras se trouve dehors, et elle est posée debout, appuyée sur son fond, son ouverture tournée vers le haut.
Le cas
« Haysah yosheves al shuleha » : la kaveras repose sur son fond, si bien que son plancher touche le sol et que sa bouche est tournée vers le ciel. « V'keli » : c'est un keli entier, en état de service. La michna doit nous le préciser, car la michna suivante traitera du cas d'une kaveras qui n'est plus un keli en règle. Puisqu'il s'agit d'un keli, elle n'a aucun pouvoir d'arrêter la toumah : un keli ne fait pas barrière.
La règle : « tumah tachteha, b'socha, oy al gaba », si un k'zayis provenant d'un meis se trouve sous la kaveras, dans son creux, ou au-dessus d'elle, alors « tumah boykas v'oylah, boykas v'yoredes », la toumah perce en montant et perce en descendant. Remarquez le verbe que choisit la michna : bokeia, de la racine même employée pour la fente de la Yam Souf. Rien de ce qui se trouve sur le chemin de cette toumah ne la retient : elle traverse tout droit.
Pourquoi ce langage de percée
Rappelons ce que nous avions jusqu'à présent. Quand la kaveras était couchée sur le côté, une toumah placée en dessous montait en ligne droite et rendait tamei tout ce qui se trouvait directement au-dessus de la kaveras, et une toumah placée au-dessus descendait en ligne droite et rendait tamei tout ce qui se trouvait directement en dessous, mais l'espace intérieur de la kaveras restait protégé. Pourquoi ? Parce qu'une kaveras couchée sur le côté possède, de fait, une paroi au-dessus du creux et une paroi en dessous. Son intérieur formait un domaine à part, scellé face à la colonne de toumah qui passait au-dessus et en dessous.
Debout, la kaveras n'a plus cette protection. Sa bouche béante s'ouvre vers le ciel, si bien que l'intérieur n'est pas du tout un espace fermé. Voilà pourquoi la michna parle d'une toumah qui perce. Une toumah située sous la kaveras monte en ligne droite et rend tamei tout ce qu'elle traverse en montant : l'intérieur de la kaveras et ce qui repose sur son sommet. Une toumah posée au-dessus descend en ligne droite, rend tamei l'intérieur, puis continue jusqu'à ce qui se trouve sous la kaveras. Dans le cas précédent, la toumah montante et descendante sautait par-dessus le creux ; ici, elle passe droit à travers.
C'est ainsi que le Bartenura l'explique : la kaveras posée debout et ouverte n'est pas un ohel en elle-même, et elle n'a donc aucune capacité de retenir la toumah. Cela vaut non seulement quand la toumah est posée dessus, mais tout autant quand elle se trouve dessous. Pour qu'une kaveras protège son propre intérieur, il lui faut être fermée à la fois en haut et en bas, et une kaveras dont la bouche est tournée vers le haut n'est fermée ni en haut ni en bas.
Une précision. Quand la michna parle d'une toumah sur le dessus d'une kaveras ouverte, comment est-ce possible ? Tout ce qu'on y placerait tomberait simplement à l'intérieur. Il s'agit d'une toumah suspendue au-dessus de la bouche de la kaveras, planant au-dessus de l'ouverture.
Quand la toumah se répand sur les côtés
Tout ce dont nous avons parlé jusqu'ici met en jeu une colonne verticale étroite de toumah : seuls les objets alignés directement avec la toumah, au-dessus ou en dessous, sont atteints. La michna introduit maintenant des situations où la toumah refuse de rester dans cette colonne et sature au contraire toute la surface qu'occupe la kaveras, d'un côté à l'autre. Ce qui fait la différence, c'est la présence d'un ohel.
Alors, quand un ohel se forme-t-il ici ? La michna donne trois possibilités. La première : « haysah gevohah min ha'aretz tefach », un espace d'un tefach sépare le dessous de la kaveras dressée du sol qui est en dessous. Cet espace est lui-même une tente d'un tefach de hauteur, et dans un ohel la toumah se propage dans toutes les directions. La deuxième : « oy mechusah », un couvercle est posé sur la bouche de la kaveras, ce qui lui donne un toit. La troisième : « oy k'fuyah al piha », la kaveras est renversée, si bien qu'elle repose sur son ouverture et que son fond, autrefois son plancher, fait désormais office de toit au-dessus. La leçon est que le dégagement par le dessous n'est pas le seul moyen : un toit au-dessus produit exactement le même résultat, et il n'importe pas que ce toit soit un couvercle séparé ou le fond même de la kaveras retourné vers le ciel.
Dans chacun de ces cas : « tumah tachteha, b'socha, oy al gaba, hakol tamei », que la toumah soit sous la kaveras, à l'intérieur, ou au-dessus, tout est tamei. Non seulement ce qui se trouve en ligne directe avec la toumah, mais tout ce qui se trouve dans toute l'étendue de la kaveras, car l'ohel transporte la toumah latéralement. Quelle que soit celle des trois positions qu'occupe la toumah, elle s'emparre de la kaveras tout entière.
Ici une question se présente. Si la toumah est au-dessus et qu'un couvercle est en place, ou que la kaveras est renversée de sorte que son fond soit tourné vers le haut, cette couverture ne devrait-elle pas empêcher la toumah d'entrer ? C'est précisément la difficulté, et précisément le point. Parce que la kaveras est un keli, elle ne peut pas arrêter la toumah, mais elle peut la répandre. Une couverture inutile comme barrière est néanmoins efficace comme toit d'un ohel.
Ainsi les deux moitiés de la michna s'accordent. Une kaveras ouverte, dressée et posée à même le sol n'est pas un ohel du tout, et la toumah la traverse simplement tout droit, vers le haut ou vers le bas. Mais donnez-lui un toit au-dessus, couvercle ou son propre fond retourné, ou donnez-lui un tefach de dégagement en dessous, et elle devient un ohel. Alors la toumah ne circule plus en ligne étroite : elle remplit l'ohel, et tout ce qui se trouve à l'intérieur de la kaveras, au-dessus d'elle ou en dessous, sur sa longueur et sa largeur, devient tamei.