Ohalos, chapitre 15, michna 7. Jusqu'ici nous avons traité de maisons qui gardent encore un espace vide à l'intérieur, et de la manière dont la touma passe d'une partie d'une telle maison à une autre. Notre michna aborde le cas d'une maison que son propriétaire a remplie entièrement, sans aucune intention de la vider. Le matériau n'est pas ici de la paille, que l'on entrepose pour nourrir ses bêtes ou pour en faire de la litière, mais de la terre et des cailloux, et le propriétaire décide en son cœur qu'ils resteront en place. Dès lors, enseigne la michna, il n'y a plus du tout d'ohel, et les règles de propagation de la touma changent complètement.
Les cas de la michna
« Bayis chemilo afar o tzroros ou'vitlo » : une maison qu'une personne a remplie de afar, de terre, ou de tzroros, de cailloux. Tzroros est un mot que nous avons déjà rencontré, dans les sougyos de Keitzad HaRegel, où il est question des cailloux projetés par le sabot d'un animal. Contrairement à la paille, entreposée avec le projet de la consommer, ici le propriétaire a été mevatel le remplissage : à ses yeux, cette terre et ces cailloux font désormais partie de la maison et resteront là où ils sont.
« Vechein kri chel tevoua » : et la même halakha s'applique à un kri, un tas, de grain. Kri est un autre mot familier. Tout au long du Seder Zeraim nous rencontrons le principe selon lequel, min haTorah, un seul grain de blé suffit à exempter tout un kri de l'obligation de terouma, chita achas poteres es hakri. Ici, une personne avait un tas de grain et a décidé de le laisser sur place.
« O gal chel tzroros » : ou un gal, un monticule, de cailloux, qu'il laisse également debout. À première vue cela ressemble à une répétition, puisque la maison remplie de tzroros a déjà été mentionnée. Qu'ajoute donc un monticule de cailloux ? Les commentateurs citent le Rambam, qui comprend que ces dernières clauses ne décrivent pas du tout une maison. Selon sa lecture, la michna présente deux scénarios distincts : d'un côté la maison bourrée de terre ou de cailloux, que son propriétaire y a été mevatel ; de l'autre, en plein air, un tas de grain ou un monticule de cailloux posé à même le sol, que son propriétaire a décidé de ne jamais déplacer.
« Afilou k'galo chel Achan », poursuit la michna, étendant la halakha même à un tas du genre de celui qui fut amoncelé sur Achan. Pour saisir ce qui est ajouté ici, il faut revenir à l'épisode rapporté dans Sefer Yehochoua.
Galo chel Achan
Après la chute de Yericho devant Klal Yisroel, Yehochoua avait lancé un avertissement sans équivoque : rien de ce qui se trouvait dans la ville ne devait être touché. Achan n'en tint pas compte et se servit dans le butin. Il était déjà riche, et la richesse a le don d'aiguiser l'appétit d'en avoir davantage. Qu'est-ce qui avait attiré son regard ? Chazal nous enseignent qu'il y avait à Yericho une avoda zara dont la langue était en or, et devant laquelle étaient suspendus un vêtement d'une valeur énorme ainsi qu'une grosse somme d'argent, le tout offert par les anché Yericho à leur avoda zara en matana. Son yetzer hara l'emporta : il emporta le tout et l'enfouit sous sa tente.
Achan avait déjà commis ce genre de vol auparavant, mais c'était la première fois depuis que Klal Yisroel avait traversé le Yarden, et à partir de cette traversée chaque Juif portait la responsabilité de son prochain. Peu après, le peuple partit en guerre contre Aï, et là fut tué Yaïr ben Menaché, un homme dont la valeur équivalait à la majorité des anché haSanhedrin. Les Yidden furent brisés par cette défaite. Yehochoua déchira ses vêtements, se jeta à terre et déversa son cœur devant Hachem. La réponse lui parvint : pourquoi pleures-tu ? Yisroel a fauté. Un homme a été moel b'cherem : quelqu'un s'est servi dans un butin frappé d'interdit.
Yehochoua voulut savoir de qui il s'agissait. Hachem répondit que le lachon hara n'est pas Son affaire : jette un goral et découvre le coupable toi-même. Yehochoua se tourna vers le choten, pardon, vers le choshen, où douze pierres représentaient les douze chevatim. Toutes rayonnaient de lumière, mais la pierre de Chevet Yehouda était visiblement plus terne que les autres, et Yehochoua comprit ainsi que l'homme venait de Yehouda. Un goral fut ensuite tiré parmi les membres de ce chevet, et Achan fut désigné.
Yehochoua lui demanda d'avouer, et la première réaction d'Achan fut effrontée. Moché Rabbenou n'est pas parti depuis trente jours, rétorqua-t-il, et tu as déjà perdu de vue la règle de la Torah, al pi chenayim eidim o cheloucha eidim yakoum davar. Vas-tu condamner un homme sur la foi d'un goral ? Tire au sort entre toi et Elazar HaKohen, les deux plus grands hommes de la génération, et le sort tombera aussi sur l'un de vous ! Cette raillerie causa à Yehochoua une immense agmas nefech. Par roua'h hakodech, il savait qu'un jour viendrait où Erets Yisroel serait répartie par goral, et si Achan parvenait à jeter le doute sur le fait qu'un goral exprime réellement la volonté de Chomayim, tout ce partage s'en trouverait ébranlé.
Yehochoua lui dit donc : ten kavod l'Elokei Yisroel, ne traite pas le goral avec bizayon. Les hommes de Chevet Yehouda qui se tenaient à proximité entendirent l'échange et leur colère se retourna contre Yehochoua, tandis que les autres chevatim se rangeaient derrière lui. Voyant qu'un affrontement allait éclater, Achan conclut qu'avouer la vérité était le parti le plus sage. Il reconnut avoir pris du butin, chatasi laChem, et avoir fait de même auparavant, du vivant de Moché. Sa punition fut la sekila. Néanmoins, parce qu'il avait été modeh, il reçut un chelek l'Olam Haba, point auquel font allusion les paroles de Yehochoua, « ya'akhorkha Hachem bayom hazé » : la malédiction concerne ce jour-ci et non le Monde à Venir. Une fois exécuté, une grande masse de pierres fut amoncelée sur son corps, et elle y resta jusqu'à ce qu'on l'amène à la sépulture. Ce tas est ce qu'on appelle galo chel Achan.
Pourquoi il n'y a pas d'ohel ici
Nous pouvons maintenant entendre ce que notre michna enseigne. Même un monticule comme galo chel Achan, destiné à ne tenir que jusqu'au moment où la touma qui se trouve dessous serait retirée, compte tout de même. On aurait pu soutenir qu'un tel tas n'est pas vraiment bateil à son endroit, puisque chacun sait qu'il est provisoire. Dans tous les autres cas de la michna, tout repose sur le fait que le propriétaire a décidé de laisser le matériau en place définitivement. Ici, la michna nous apprend que le laisser en place aussi longtemps que la touma demeure en dessous est également considéré comme l'y laisser.
Comprenons bien le principe. Normalement, une maison qui se trouve pleine reste une maison : si le propriétaire a l'intention d'en évacuer le contenu, le remplissage est provisoire et la structure conserve son statut d'ohel. Mais dans tous les cas de notre michna le propriétaire compte tout laisser exactement en l'état, et il n'y a donc pas d'ohel. Un ohel, c'est un toit avec de l'espace en dessous. Ici il n'y a pas d'espace en dessous. Le remplissage est devenu partie intégrante du bâtiment et il y reste. Si une personne construit une maison, en bourre tout l'intérieur et entend le garder ainsi, ce n'est pas une maison.
Par conséquent cette construction n'a pas de din d'ohel, et l'on ne dit pas que la touma se propage d'une de ses parties à une autre. La michna ajoute que c'est vrai même lorsque la touma se trouve immédiatement à côté des keilim, tout près d'eux mais sur le côté. Dans une maison de ce genre, la touma est bokaat vé'ola, elle perce et monte tout droit jusqu'au ciel, et bokaat véyoredes, elle perce et descend tout droit, mais elle ne se déplace pas du tout latéralement.
Pourquoi donc ce bâtiment ne serait-il pas un ohel ? Ou, selon la compréhension du Rambam, pourquoi un tas important posé en plein air n'en formerait-il pas un ? Parce que le propriétaire a décidé de laisser le matériau là où il est, si bien que toute la zone est traitée comme réellement pleine. Il ne reste rien de creux. Un ohel exige une couverture avec de l'air en dessous, et ici il n'y a que de la terre, des cailloux ou du grain, dont personne n'envisage de se débarrasser. C'est exactement pour cela que la touma monte et descend en ligne droite et ne se décale jamais d'un côté ni de l'autre.
La précision du Bartenoura
Le Bartenoura y attache une condition importante. Tout ce qui est dit ici ne s'applique que si l'endroit où se trouve la touma ne contient aucune cavité mesurant un tefach dans chacune de ses trois dimensions. Si une telle cavité est présente, nous sommes passés à une halakha tout autre : cette poche d'air constitue en elle-même un ohel, et la touma prend le statut de kever sasoum, une tombe scellée, dont la loi est que tout ce qui l'entoure devient tamé. C'est donc précisément pour un cas où l'emplacement de la touma ne comporte pas un tel tefach cube d'espace que l'on énonce la règle selon laquelle la touma perce tout droit vers le haut et tout droit vers le bas sans s'étendre sur les côtés.
Résumé
Pour rassembler la halakha : une maison bourrée de terre ou de cailloux dont le propriétaire déclare que le remplissage reste ; une maison remplie par un tas de grain qu'il a de même décidé de ne pas déplacer ; ou, selon la compréhension du Rambam, un monticule de cailloux ou un tas de grain posé en dehors de tout bâtiment. Même un tas de l'ordre de galo chel Achan, qui ne tiendra qu'aussi longtemps que la touma située dessous n'aura pas été enlevée, suffit à établir qu'il ne reste aucun creux, et là où rien n'est creux il n'y a pas d'ohel. En conséquence, même lorsque la touma se trouve immédiatement à côté des keilim, tant qu'elle est sur leur côté les keilim restent tehorim, car la touma perce vers le haut et vers le bas, et non sur les côtés. Le Bartenoura fournit l'exception : si l'emplacement de la touma comporte une cavité d'un tefach de large, un tefach de long et un tefach de haut, cette cavité est un ohel à part entière et la touma devient un kever sasoum, rendant tamé tout ce qui l'entoure. Sans une telle cavité, et lorsque le propriétaire entend tout laisser en l'état pour l'instant, la touma ne se déplace que dans une seule direction, tout droit vers le haut et tout droit vers le bas.