Ohalos, chapitre 18, michna 6. Ce chapitre traite des halakhos du Beis HaPeras, un champ dans lequel un kever a été labouré, si bien que des fragments d'un meis peuvent désormais se trouver dispersés dans sa terre. À cause de cette crainte, les 'Hakhamim ont déclaré un tel champ tamé, et les michnayos du chapitre définissent précisément quand celui qui le traverse devient tamé et quand il demeure tahor. Notre michna enseigne deux halakhos distinctes : d'abord les manières de traverser un Beis HaPeras sans contact avec sa terre, puis un din parallèle concernant celui qui voyage en eretz ha'amim, les pays situés hors d'Eretz Israël.
Marcher sur des pierres qui ne bougent pas
La michna commence par les mots « Hamehalekh beBeis HaPeras al avanim che'eino yakhol lehassisan » : celui qui traverse un tel champ en posant les pieds sur des pierres qu'il n'a pas la force de déplacer. Elles sont si solidement encastrées que ses pas les laissent exactement là où elles étaient. Il reste tahor.
Ici une question se pose d'elle-même. La michna précédente a déjà enseigné que lorsqu'un Beis HaPeras est entièrement recouvert de pierres qui ne bougent pas, il est tahor. Qu'ajoute donc notre michna ?
Les meforchim expliquent que le cas précédent était celui d'un propriétaire ayant pris tout le champ et l'ayant entièrement pavé, en fixant solidement les pierres. Une fois cela fait, l'endroit n'est plus du tout un Beis HaPeras. Notre michna parle d'autre chose : il n'a posé qu'un chemin de pierres à travers le champ. Le reste du Beis HaPeras demeure tamé comme auparavant, et pourtant celui qui a marché sur ce sentier de pierres bien fixées est tahor.
Une question pratique en découle. Supposons qu'un homme se présente devant un rav et lui décrive sa situation : un Beis HaPeras se trouve sur son chemin, mais une allée pavée de pierres le traverse, et il voudrait savoir s'il peut l'emprunter. Le rav lui en donnerait-il l'autorisation à l'avance ? Les avis se partagent ici, certains permettent et d'autres refusent, et lekhat'hila il convient de s'en écarter. Si toutefois la traversée a déjà eu lieu et qu'il est resté tout le long sur des pierres solidement enfoncées dans le sol, notre michna est la source qui enseigne qu'il demeure tahor. Tout cela, bien entendu, uniquement si ces pierres n'ont réellement pas bougé sous son poids.
Se faire porter par une personne ou un animal
La michna poursuit avec une autre manière de traverser : « al ha'adam ve'al habehema chekokhan yafé », s'il traverse le Beis HaPeras monté sur une personne ou sur un animal dont la force est bonne. Le porteur ne vacille pas et ne chancelle pas sous la charge ; il porte son cavalier de façon stable. Puisque celui qui est porté n'a aucun lien avec le sol, et que c'est l'homme ou l'animal qui se tient sur les pierres et supporte son poids de manière autonome, le cavalier est tahor.
La michna passe ensuite aux situations inverses. S'il traverse « al avanim cheyakhol lehassisan », sur des pierres qu'il est capable de déplacer, ou « al ha'adam ve'al habehema chekokhan ra », sur un homme ou une bête de faible force, qui parvient à peine à le soutenir, il devient tamé. Pourquoi donc, puisqu'il n'a jamais eu de contact avec l'afar du Beis HaPeras ? Parce qu'un porteur qui peine ne soutient pas véritablement le corps de celui qu'il transporte ; le poids du cavalier finit par se répercuter à travers lui sur les pierres du dessous. Et dès lors que ces pierres subissent une pression et sont ébranlées, un etsem kass'eora, un os de la taille d'un grain d'orge, peut se trouver juste en dessous.
Comment mesure-t-on la force ?
On cherche naturellement un chiour ici : où passe exactement la limite entre un porteur assez fort pour porter et un porteur qui peine ? Le Bartenura aborde ce point dans son commentaire final sur la michna, en demandant comment reconnaître un homme de faible force. La réponse se lit sur ses jambes. Si les jambes du porteur tremblent alors que le cavalier est sur lui, ses genoux s'entrechoquant sous la charge, c'est ko'ho ra. Des jambes qui restent fermes montrent ko'ho yafé.
Pour un animal, le signe est différent. Une behema qui trouve sa charge trop lourde sera matil guelalim, elle laissera tomber ses excréments sous l'effort. C'est l'indice que l'animal peine sous le poids qu'il porte.
Voyager en eretz ha'amim
Une deuxième halakha s'ouvre à présent : « Hamehalekh be'eretz ha'amim », celui qui voyage sur le territoire des nations, c'est-à-dire 'houts la'aretz. Là aussi les 'Hakhamim ont imposé la toum'a. La raison, que les michnayos suivantes développent plus longuement, est que chez les ovdé kokhavim il n'était pas d'usage de signaler un lieu de sépulture, si bien qu'un voyageur n'avait aucun moyen de savoir où se trouvait une tombe. La crainte était réelle, et elle était partout.
Le décret s'étend si loin que la michna déclare tamé même « behorim ouvasela'im », lorsque son trajet ne l'a fait passer que sur des montagnes et des terrains rocheux, un sol où l'on n'avait pas coutume d'enterrer. Quel est le souci dans un tel endroit ? Le Bartenura explique que la terre de ces pays voyage : elle est soufflée et roulée jusque dans ces lieux depuis un sol où des gens ont réellement été enterrés.
« Bayam ouvachehounis », en revanche, est tahor. Bayam signifie qu'il a voyagé par mer hors d'Eretz Israël ; chehounis désigne le fait de marcher sur le rivage d'un endroit situé hors d'Eretz Israël. Et jusqu'où, vers l'intérieur des terres, cela compte-t-il encore comme rivage ? La michna le définit : « kol makom chehayam olé beza'afo », tout endroit que la mer atteint lorsqu'elle se soulève dans sa colère. La mer est-elle vraiment en colère ? Elle en a l'air lors d'une tempête, quand les vagues montent haut et pénètrent loin dans les terres. Jusqu'où atteignent ces eaux de tempête, c'est le chehounis, et là le din est tahor, puisque toute terre qui y arrive est emportée par l'eau.
Un feu orange sur le mot tahor
Le Bartenura nous met en garde : il ne faut pas lire ce « tahor » comme une taharah complète, pas même pour l'homme en pleine mer ou debout sur le rivage. Comme cela est exposé dans Masekhes Chabbos, le décret sur eretz ha'amim a été institué en deux étapes. Nos 'Hakhamim ont d'abord imposé la toum'a sur le gouch, le corps même de la terre : quiconque foule le sol de ces pays, ou le touche, ou le porte, devient tamé. Ils ont ensuite élargi le décret pour y inclure aussi l'avir, l'air d'eretz ha'amim, si bien que le simple fait d'entrer dans cet espace aérien rend tamé.
Les deux décrets n'ont pas été édictés avec la même sévérité. Pour le gouch, nos 'Hakhamim ont imposé une toum'a bien plus lourde, traitant l'homme comme s'il était entré en contact avec un meis : sa toum'a dure sept jours, et sa taharah exige que l'on asperge sur lui les mé 'hatas, l'eau purificatrice contenant les cendres de la Para Adouma, le troisième jour puis de nouveau le septième. La terouma ou les kodachim rendus tamé par le gouch sont brûlés.
Là où il n'y a eu aucun contact avec le gouch, et où l'homme s'est seulement trouvé dans l'espace aérien, en pleine mer par exemple, ou debout sur la bande de rivage que la mer lave de toute terre, ils n'ont pas été aussi stricts. Il est tamé, mais pour ce jour-là seulement, et il n'a besoin d'aucune aspersion de mé 'hatas. Quant à la terouma ou aux kodachim qui contractent cette toum'a par l'air d'eretz ha'amim, ils ne peuvent pas être consommés, et pourtant ils ne sont pas brûlés non plus ; leur statut est celui de safek tamé.
Ainsi, quand notre michna dit « bayam ouvachehounis tahor », cela ne veut pas dire pleinement tahor. Cela veut dire qu'il est exempt de la toum'a sévère de sept jours du gouch, mais qu'il porte encore la toum'a de l'avir d'eretz ha'amim, et qu'il est tamé pour la journée.
Récapitulatif de la michna
Nous avons appris que celui qui traverse un Beis HaPeras en ne posant le pied que sur des pierres solidement enfoncées dans le sol, des pierres qui ne bougeront pas, demeure tahor, et cela vaut même lorsque seule une allée a été aménagée et que le reste du champ conserve sa toum'a ; il en va de même pour celui qui est porté par un homme ou par un animal de bonne force. Au sujet du fait d'être porté par une personne, il vaut la peine de noter que plusieurs chitos limitent ce cas à un oved kokhavim, qui ne devient pas tamé par un Beis HaPeras, ou bien à quelqu'un enveloppé dans de nombreuses couches de beguadim.
Mais s'il a marché sur des pierres susceptibles d'être déplacées, il est tamé même s'il proteste qu'il a fait attention et qu'aucune pierre n'a effectivement bougé sous lui ; le fait que ces pierres soient mobiles suffit. De même, s'il s'est fait porter par une personne de faible force, dont les genoux s'entrechoquent sous lui, ou par un animal de faible force, dont le signe est qu'il laisse tomber ses excréments sous l'effort de la charge, il est tamé, car on considère cela comme s'il avait marché là de ses propres pieds.
Et nous avons appris que celui qui voyage en eretz ha'amim contracte une toum'a de sept jours même sur les montagnes et les rochers, là où personne n'enterre les morts, puisque le vent a pu y déposer de la terre de tombeaux. En pleine mer en revanche, ou sur la bande de rivage que les vagues de tempête atteignent, où la mer emporte toute terre qui y arrive, il est tahor, et le Bartenura a précisé le point pour nous : tahor de la toum'a du contact avec la terre de ces pays, de sorte qu'aucune toum'a de sept jours ne tombe sur lui, tandis qu'il porte encore la toum'a de la journée, qui provient du décret distinct concernant l'air de cette région.