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Ohalos, chapitre 11, michna 4 : se pencher par la fenêtre au-dessus d'un meis

Ohalos, chapitre 11, michna 4. Notre chapitre s'occupe des différentes manières dont la toumah passe d'un endroit à un autre, et tout particulièrement de la question de savoir ce qui constitue un ohel, une couverture qui répand la toumah sur ce qui se trouve en dessous d'elle et l'entraîne dans un espace voisin. La michna nous rapporte ici un cas qui pourrait arriver à n'importe lequel d'entre nous, un après-midi tout à fait ordinaire.

Avant d'entrer dans le cas lui-même, il nous faut connaître la controverse qui se trouve derrière. Beis Chamaï et Beis Hillel discutent pour savoir si la partie supérieure du corps humain compte comme un ohel guevoha tefah, élevé d'un tefah au-dessus de la toumah. Car un ohel ne fonctionne comme ohel que s'il y a un tefah d'espace libre en dessous de lui. Beis Chamaï estiment que le corps d'une personne est une masse compacte, un seul gouch, sans couche supérieure distincte d'une couche inférieure, et donc que rien dans un corps ne crée ce tefah d'espace. Beis Hillel estiment qu'au regard de la halachah le haut d'un homme est compté comme quelque chose de distinct du reste de sa personne, une sorte de couverture étendue au-dessus de ce qui est en dessous, de sorte que le tefah d'espace existe bel et bien.

Le cas de la michna

La michna dit : « Haya machkif bead hahalon », il se penchait par la fenêtre et regardait. Imaginons la scène. Un homme est assis chez lui, il entend du bruit dans la rue, il ouvre la fenêtre et se penche au dehors pour bien voir ce qui se passe. La plus grande partie du haut de son corps se trouve maintenant à l'extérieur de la fenêtre, inclinée vers le bas au-dessus de la rue. Espérons qu'il se tient bien. Et voilà qu'il comprend ce qu'il vient de faire : « vehéhel al kovrei hameis », son corps a formé un ohel au-dessus de ceux qui portent un meis à la sépulture.

Pourquoi la michna parle-t-elle des porteurs ? Le Bartenoura précise qu'ils n'ont aucune incidence sur la halachah. Ce qui compte, c'est que son corps s'est étendu comme un ohel au-dessus du meis, et la michna se contente de décrire la scène telle qu'elle se présenterait réellement : quand on conduit un meis à la sépulture à travers la rue, il y a évidemment des gens qui le portent. La question de la toumah tourne autour du meis qui passe en dessous de lui.

Beis Chamaï et Beis Hillel

« Beis Chamaï omrim », Beis Chamaï tranchent que son corps n'a pas le statut d'un ohel guevoha tefah, « veeino mévi es hatoumah », et qu'ainsi aucune toumah n'est attirée à l'intérieur de la maison. Cela découle de leur position selon laquelle une personne forme une seule masse. Comparons avec une poutre épaisse d'un tefah, ou avec un vêtement épais d'un tefah : ni l'un ni l'autre n'est appelé guevoha tefah, car l'épaisseur n'est pas de la hauteur, et il n'y a pas un tefah libre sous la surface supérieure. Ici aussi, pour que sa partie supérieure agisse comme une couverture, il faudrait qu'un tefah d'espace vide sépare une section supérieure d'une section inférieure, et selon Beis Chamaï un corps n'a pas de telles sections : c'est un unique gouch indivisible. L'homme de notre michna s'en sort donc indemne, et sa maison reste tahor.

« Oubeis Hillel omrim », Beis Hillel tranchent l'inverse : il est un ohel guevoha tefah, « oumévi es hatoumah », et la toumah est attirée à l'intérieur. À leurs yeux, la région supérieure d'une personne est comptée, halachiquement, à part de la région inférieure. Non pas, hass vechalom, qu'il se disloque physiquement ; mais la halachah considère un homme comme construit de couches distinctes, le haut de sa personne étendu au-dessus du reste comme un skhakh, une image que reflète le langage du passouk dans Iyov. Dès lors qu'on reconnaît un haut et un bas, ce haut est automatiquement guevoha tefah, exactement comme plusieurs vêtements empilés l'un sur l'autre. Notre curieux a donc introduit la toumah dans sa propre demeure, et la prochaine fois il hésitera certainement avant de se pencher par la fenêtre.

Là où les deux sont d'accord

La michna continue : « Oumodim », Beis Chamaï concèdent la décision de Beis Hillel dans deux cas. Le premier : « cheïm haya lavouch bekeilim », lorsqu'un vêtement était posé sur lui. Le second : « o chehayou chenayim zé al gav zé », lorsque deux hommes se penchaient, l'un étendu sur l'autre dans leur empressement à apercevoir la rue en bas. Dans les deux cas, « chehéim mévi'in es hatoumah », la toumah entre à l'intérieur. Le raisonnement est simple : le vêtement, ou l'homme du dessus, fonctionne comme la couverture au-dessus, tandis que l'homme sous le vêtement, ou l'homme sous son compagnon, fonctionne comme ce qui se trouve en dessous. Un posséa'h tefah a été créé. Nous n'avons plus affaire à un unique gouch indivisible, et c'est pourquoi même Beis Chamaï admettent que la maison devient tamé.

Une remarque sur le mot machkif

Machkif a le sens de regarder au dehors. Le nom hachkafa, une vision ou une perspective, vient de la même racine, tout comme le passouk « hachkifa mimeon kodchecha ». Cette racine apparaît aussi dans le récit de S'dom. Rachi fait remarquer que la Torah l'emploie généralement pour un regard de colère, un regard qui arrive avec le malheur, ce qui convient très bien à notre michna. Un verset fait exception : « hachkifa mimeon kodchecha », dont le contexte est la tsedaka, et la tsedaka est précisément ce qui transforme un regard de colère, midas hadin, en midas harahamim. De cette même racine vient d'ailleurs le mot qui désigne les lunettes, michkafayim.

Récapitulation

Reprenons la michna une dernière fois. Un homme s'est penché par sa fenêtre, et la partie de son corps qui dépassait à l'extérieur est devenue un ohel au-dessus d'un meis que l'on portait en dessous. Selon Beis Chamaï, rien ne s'est produit, car cela n'a pas le statut de guevoha tefah : un ohel exige un tefah d'espace libre en dessous de lui, et une personne étant un unique gouch indivisible, il n'y a pas d'espace sous sa partie supérieure. Selon Beis Hillel, la partie supérieure d'une personne ne forme pas un seul gouch avec sa partie inférieure, il y a donc bien un tefah en dessous d'elle, et la toumah est attirée à l'intérieur. Les deux écoles s'accordent cependant : si une couverture était posée sur lui, ou si un second homme, encore plus impatient de voir le tumulte, était étendu sur lui, alors celui du dessus est manifestement la couverture et celui du dessous fournit le tefah d'espace, et la maison devient tamé.

De quel genre de vêtement s'agit-il ?

Quand la michna dit qu'un vêtement change la décision, veut-elle parler d'un simple vêtement ordinaire que la personne porte sur elle ? D'après le Bartenoura, cela en a l'air ; voyez ses termes à la fin de la michna, où il parle d'un adam lavouch, une personne habillée. Le Roch, en revanche, soutient qu'il ne s'agit pas du tout de vêtements ordinaires. Le simple fait de porter sa chemise n'introduirait pas la toumah, car la chemise n'est pas un ohel : elle fait elle-même partie de ce qui se trouve en dessous. Le Roch comprend le cas comme celui où quelque chose comme un drap est étendu sur lui. Nous laisserons là la discussion entre les mefarchim.