Ohalos, chapitre 9, michna 3. Notre chapitre déroule une longue série de quatorze michnayos, toutes construites autour d'un seul objet : la kaveres, une ruche posée dans l'entrée d'une maison, son ouverture tournée vers l'extérieur, vers la rue. Tout dépend de la question de savoir si la toumah se propage vers le haut, vers le bas, vers l'intérieur ou vers l'extérieur, et la règle directrice jusqu'ici a été celle-ci : un keli n'arrête pas la toumah ; seul un ohel arrête la toumah. Un keli ne fait que transporter la toumah avec lui. Voici la troisième michna de la série, et elle prend toute cette discussion pour lui poser une limite.
La michna s'ouvre en restreignant ce qui précède : « Bamé devarim amourim ? » Dans quel cas tout cela a-t-il été dit ? « Bizman chéhi keli mekhoulkhal. » Tout ce que nous avons appris jusqu'à présent, ou du moins l'essentiel, s'applique lorsque la kaveres est un véritable keli qui est mekhoulkhal, c'est-à-dire une ruche en service, percée d'ouvertures, et que ces ouvertures ont été bouchées de paille de façon lâche. Une ruche a besoin, par nature, de trous pour que les abeilles puissent entrer et sortir. Tant qu'il s'agit de ce genre de récipient, boucher les trous avec de la paille n'a qu'un effet limité, et l'objet demeure un keli.
Deux cas où ce n'est plus un keli
« Haïssa pehoussa oufekouka békach. » La ruche elle-même s'est fendue, et il a tassé de la paille dans la brèche. Selon le Bartenoura, la michna envisage ici une kaveres qui n'a jamais servi de demeure à des abeilles : elle ne comporte aucune ouverture d'abeilles. Ce qui s'est passé, c'est qu'elle s'est fissurée, et fissurée à un point tel qu'elle ne peut plus fonctionner comme récipient, et il a rempli la fente de paille.
« O afoutza. » C'est le second cas : celle-ci est bel et bien une ruche en service, et elle possède bel et bien des ouvertures, puisque les abeilles ont besoin d'un passage pour entrer et sortir, mais au lieu d'y enfoncer de la paille de façon lâche, il a bouché ces ouvertures hermétiquement. Et la michna en donne la définition sous forme de question : « Ezou hi afoutza ? » Qu'est-ce qui vaut à une ruche ce nom ? Toute ruche dans laquelle il n'y a pas un téfah d'espace ouvert en un seul endroit, parce qu'il l'a bouchée fermement et complètement. (Certains comprennent ce cas aussi comme traitant d'une ruche qui s'est brisée.) Quelle qu'en soit la raison, l'objet que nous avons devant nous n'est plus un keli. Et ce seul fait renverse tout, car il porte désormais le statut d'un ohel, et un ohel, lui, retient la toumah.
Les quatre cas de la michna
La toumah en dessous. « Kezayis min hamès nassoun tahtav, kenegdo ad hatehom tamé. » Un kezayis de cadavre se trouve sous la ruche. Tout ce qui est exactement en dessous est tamé, aussi loin que l'on puisse descendre, et rien de plus. Et un objet posé juste au-dessus, sur la même ligne verticale ? Tahor. Puisque nous avons affaire à quelque chose qui n'est pas un keli mais un ohel, il constitue une barrière. La toumah descend jusqu'aux profondeurs, mais elle ne peut pas franchir la kaveres vers le haut.
La toumah au-dessus. « Al gabav, kenegdo ad harakia tamé. » Comme dans les michnayos précédentes du chapitre, l'espace dont il est question est celui qui se trouve hors de la maison. Lorsque le kezayis de cadavre est posé sur la face supérieure de la ruche, tout ce qui se trouve exactement au-dessus est tamé jusqu'aux cieux mêmes, puisque la toumah monte sans rien qui l'entrave. Tout le reste, en revanche, demeure tahor : l'intérieur de la ruche est tahor, et l'espace en dessous d'elle aussi. Pourquoi ne pas trancher, comme nous l'aurions fait dans les cas précédents, que la toumah pénètre vers le bas à travers la ruche ? Parce qu'ici nous n'avons pas de keli. N'étant pas un keli, elle porte le din d'un ohel, et un ohel stoppe la toumah.
La toumah dans la maison. « Vehabaïs, èn tamé éla habaïs. » Lorsque le kezayis se trouve quelque part à l'intérieur de la maison, c'est la maison qui devient tamé, tandis que l'espace propre de la ruche ne l'est pas. Tout le reste est tahor, puisque piv lahoutz, l'ouverture de la ruche est tournée vers la rue. Par quel chemin la toumah entrerait-elle ? La kaveres constitue un ohel indépendant, et rien ne pénètre à l'intérieur.
La toumah à l'intérieur de la kaveres. « Bessokho, èn tamé éla sokho. » Si le kezayis se trouve dans la ruche, seul son espace intérieur est tamé. La toumah n'a nulle part où aller : aucune ouverture ne mesure un téfah, et les ouvertures des abeilles n'ont pas seulement été remplies de paille lâche mais fermées hermétiquement.
Comparaison avec les cas précédents
Il vaut la peine de placer ces quatre décisions à côté des halakhos qui les précédaient. Tant que la kaveres était un récipient en état de service, la toumah posée au-dessus d'elle pénétrait vers le bas et rendait tamé un keli placé sous la ruche, et la toumah placée en dessous montait et rendait tamé un keli posé sur la ruche. Presque toutes ces décisions découlaient d'une seule règle : les keilim ne dressent aucune barrière face à la toumah. À cela la michna ajoute maintenant sa restriction : bamé devarim amourim ? Uniquement lorsque nous avons affaire à un keli. Une ruche doit servir de ruche, avec les ouvertures et les fenêtres par lesquelles passent les abeilles. Et si l'on n'a rien fait de plus que d'enfoncer de la paille dans ces ouvertures, l'effet n'est que partiel et l'objet conserve son statut de keli.
Mais si ce n'est plus un keli, soit parce qu'elle s'est brisée (et même si les brèches ont été comblées de paille, ce n'est pas une ruche en état de service, puisqu'elle n'a aucun trou), soit parce qu'elle a bien des trous mais qu'ils ont été entièrement scellés, ou scellés jusqu'à laisser moins d'un téfah, alors tout le calcul s'inverse.
Prenons donc la toumah placée en dessous. Nous ne disons plus qu'elle pénètre jusqu'au côté supérieur. Vers le bas elle voyage sans aucune limite, jusqu'au tehom, mais à l'instant où elle monte et rencontre la ruche, sa progression s'arrête. Étant un ohel et non un keli, cette ruche forme une barrière face à la toumah. Avec la toumah posée au-dessus, elle monte sans limite, rien ne se dressant sur son passage, droit jusqu'au rakia, et pourtant un keli posé sous la ruche n'est pas touché. Seuls les keilim ne retiennent pas la toumah ; un ohel la retient. Dans les halakhos précédentes, où nous avions affaire à un keli, la toumah sur la face supérieure pénétrait à travers, et même dans la version où les récipients situés à l'intérieur étaient protégés, les récipients du dessous contractaient la toumah.
Quant au troisième cas, à savoir que la toumah dans la maison ne rend tamé que la maison, c'était en vérité la halakhah dans les cas précédents également ; la michna ne l'énonce que par souci de cohérence.
C'est dans le quatrième cas que le contraste ressort le plus nettement. Jusqu'ici, avec une toumah placée dans une ruche qui comptait comme un keli, nous avions dit soit que la toumah sortait par les ouvertures des abeilles et rendait toute la maison tamé, soit que les récipients placés au-dessus et en dessous contractaient la toumah parce que nous traitons tout le volume d'air de la ruche comme si la toumah le remplissait. Or tout cela reposait uniquement sur le fait qu'il s'agissait d'un keli, et un keli ne forme aucune barrière. Que l'on se représente le récipient comme bourré de toumah, de sorte que la toumah monte et descend automatiquement, ou qu'on se la représente s'échappant par les ouvertures et se répandant dans la maison, dans aucune des deux versions le récipient ne fait obstacle à quoi que ce soit. Ici, en revanche, il n'y a pas de keli, et donc la toumah placée à l'intérieur y reste. Un ohel garde la toumah enfermée, et il n'existe aucun pétah d'un téfah sur un téfah par lequel elle pourrait sortir. L'intérieur est tamé, et tout ce qui est au-delà est tahor.