Ohalos, chapitre 8, michna 3. Ce chapitre répartit les objets en catégories: certains font office d'ohel et transportent la toumah d'un endroit à un autre, certains font office de 'hatsitsa et empêchent la toumah de passer, certains remplissent les deux rôles, et certains n'en remplissent aucun. Notre michna présente le groupe qui ne fonctionne que dans un sens: "Eilou mevi'in velo 'hotsetsin", ceux-ci amènent la toumah mais ne l'arrêtent pas. Et voici le point remarquable: presque chaque élément de cette liste a déjà été cité comme objet qui, lui, arrête la toumah. Les objets sont les mêmes; seules les circonstances ont changé.
Coffres et paniers sans fond véritable
La michna commence par: "hachida vehateiva vehamigdal". La chida est un grand coffre en bois. La teiva est la caisse du choul'hani, le changeur de monnaie. Le migdal signifie littéralement une tour, et désigne ici une armoire de rangement posée debout. La michna continue: "kavéres hakach", un panier tressé en paille, "kavéres hakonim", un panier tressé en roseaux, et "bor sefina Alexandris", le réservoir d'eau aménagé dans les grands navires d'Alexandrie pour contenir l'eau potable du voyage.
Chacun de ces récipients apparaît dans une autre michna parmi les objets qui, eux, font barrière. Qu'est-ce qui a donc changé? La michna énonce elle-même les deux disqualifications: "che'ein lahem choulayim", qu'ils n'ont pas de base plate, leur dessous étant arrondi, et "ve'einan ma'hzikim arba'im sé'ah", que leur contenance n'atteint pas quarante sé'ah "bela'h", mesurées en liquide, "chehem korayim beyovech", une quantité équivalente à deux kor de matières sèches.
Pour comprendre pourquoi cela change tout, il faut se rappeler pourquoi un tel récipient n'est pas mekabel toumah au départ. Un ustensile de cette taille ne peut pas être transporté lorsqu'il est plein. Il est tout simplement trop lourd, et si l'on tentait de le déplacer chargé, il se disloquerait. Or un ustensile que l'on ne peut pas déplacer quand il est plein n'est pas du tout considéré comme un ustensile au regard de la toumah, et il peut donc servir de 'hatsitsa. Mais si le fond est arrondi, on peut le pousser et le faire rouler même plein. Et s'il ne contient pas quarante sé'ah de liquide (deux kor de produits secs), il est assez petit pour être soulevé chargé. Dans l'un et l'autre cas, il s'agit d'un véritable keli, il est mekabel toumah, et dès qu'une chose est capable de recevoir la toumah, elle ne peut plus l'arrêter.
Les deux caractéristiques doivent être réunies. Si le récipient contient moins de quarante sé'ah de liquide, c'est-à-dire deux kor de produits secs, une base parfaitement plate ne lui servira à rien: il reste susceptible de recevoir la toumah. Et si son dessous est arrondi, sa taille imposante ne lui servira pas davantage. L'exemption ne concerne qu'un récipient à la fois à fond plat et de grande contenance, car c'est de celui-là seul que l'on peut dire qu'une personne ne parvient pas à le bouger tant qu'il est chargé, qu'il se disloquerait si elle essayait, et qu'il n'entre donc jamais dans la catégorie du keli qui reçoit la toumah. S'il manque l'une des deux caractéristiques, il est susceptible de recevoir la toumah, et cette susceptibilité exclut qu'il fasse barrière, puisque rien de ce qui peut attraper la toumah n'est capable de l'arrêter.
Des couvertures dont on n'a pas fait une tente
La liste passe ensuite aux tissus et aux couvertures: "vehayeri'a", un rideau; "vehaskartya", un tablier de cuir; "vehaketavla", une nappe de cuir; "vehasadin", un drap de tissu; "vehamapats", une natte tressée en roseaux souples et pliables; et "vehama'hatséles", une natte tressée en roseaux durs. Ces six objets figurent eux aussi dans la liste de ce qui retient la toumah. Qu'est-ce qui les disqualifie ici?
La michna en donne elle-même la raison: "che'ein assouyin ohel", on n'en a pas fait une tente. Dressé en tente, avec les parois et le toit formés par le matériau lui-même, chacun de ces objets fait bel et bien barrière. Dans notre cas, il a simplement été étendu à plat. Le Bartenoura décrit la situation: un toit comporte une ouverture, et quelqu'un tend l'une de ces couvertures au-dessus du toit, comme on déploie une bâche.
On pourrait objecter: dans ce scénario il y a des parois et il y a un toit, alors pourquoi n'est-ce pas un ohel qui arrête la toumah? La réponse est que les parois ne proviennent pas de la couverture. Seul le toit vient du drap ou de la natte; les parois appartiennent à la maison. Pour que ces matériaux forment un ohel qui retient la toumah, la tente entière, parois comme toit, doit être faite d'eux.
Des animaux qui sont morts
La michna en vient ensuite aux êtres vivants: "ouvheima ve'haya chemétou", des bêtes domestiques et des animaux sauvages qui sont morts. Du bétail et des animaux sauvages serrés les uns contre les autres de la manière requise constituent un ohel, et tant qu'ils sont vivants un tel groupe transmet la toumah et l'arrête à la fois. Ce double rôle dépend entièrement du fait qu'ils sont vivants. Une fois morts, ils forment encore une couverture qui transmet la toumah, mais ils ont perdu le pouvoir de la retenir.
Pourquoi la mort ferait-elle la différence? Un animal mort de lui-même est une nevéla, et une nevéla est tamé en elle-même, donc elle ne peut manifestement pas faire barrière, puisque rien de tamé ne le fait jamais. Mais prenons un animal cachère qu'un cho'het qualifié a abattu selon les règles, où il n'y a aucune nevéla en jeu. Même là, du sang s'écoule de la carcasse, et le dam fait partie du groupe des sept machkin, ces liquides dont le contact rend un aliment capable de recevoir la toumah. Or un aliment que l'un de ces liquides a touché, même s'il n'est pas encore devenu tamé, a déjà perdu son statut de barrière contre la toumah.
Un aliment devenu susceptible
La michna ajoute "veokhalim teme'in". Cela ne se limite pas à un aliment qui a effectivement contracté la toumah. Comme expliqué, cela inclut un aliment qui a été houkhchar lekabel toumah, un aliment entré en contact avec l'un des chiv'a machkin. À partir de ce moment, il est trop tard: un tel aliment ne fera pas office de 'hatsitsa contre la toumah. Dès qu'il est apte à recevoir la toumah, il ne l'arrête plus.
La structure de la michna
Chacun des éléments cités jusqu'ici a déjà été enseigné dans la michna précédente parmi les choses qui, elles, arrêtent la toumah. Seul le cas de figure a changé:
- La michna précédente traitait de la chida, de la teiva, du migdal, de la kavéres en paille, de la kavéres en roseaux et du réservoir d'eau du navire d'Alexandrie dans l'état où ils ont une base plate en même temps que la contenance nécessaire. Notre michna reprend ces mêmes six objets lorsque l'une des deux caractéristiques manque.
- La michna précédente traitait de la yeri'a, de la skartya, de la ketavla, du sadin, du mapats et de la ma'hatséles après qu'on en a dressé une tente. Ici, on n'en a pas fait de tente, et ils n'arrêtent donc rien, pas même lorsqu'ils sont étendus au-dessus d'une ouverture dans un toit, puisqu'un ohel qui arrête la toumah exige que ses parois, autant que sa couverture, proviennent du matériau lui-même.
- La michna précédente traitait de beheima ve'haya de leur vivant: regroupés comme il faut, de tels animaux transportent la toumah et l'arrêtent. La nôtre parle d'eux après leur mort, quand ils transportent sans plus arrêter.
- La michna précédente traitait des okhalim tehorim, un aliment qui n'a jamais rencontré l'un des sept liquides. La nôtre parle d'un aliment qui en a rencontré un, si bien que, avant même d'être réellement tamé, il est devenu capable de le devenir.
Moussaf aleihem: la meule à main
Le dernier élément n'a pas d'équivalent dans la liste précédente; il n'y avait pas été évoqué du tout. C'est précisément pour cela que la michna l'introduit par "moussaf aleihem", un ajout à tout ce qui précède: "hare'hayim chel adam". Il s'agit d'une meule actionnée à la main, le petit modèle qu'une personne fait tourner elle-même, par opposition aux lourds moulins mus par l'eau ou tirés par un animal. Une meule de ce genre a le statut de keli, et c'est justement ce statut de keli qui la limite: elle peut s'étendre au-dessus de ce qui se trouve en dessous et y transmettre la toumah, mais elle n'en bloquera jamais le passage.
Le fil conducteur de toute la michna est un principe unique: tout ce qui est soi-même susceptible de recevoir la toumah ne peut pas se dresser sur son chemin. Un récipient assez léger pour être porté quand il est plein, un aliment déjà rendu apte à recevoir la toumah, une carcasse ou le sang qui s'écoule d'un animal abattu, une meule à main qui est un ustensile à part entière: chacun d'eux peut former une couverture qui achemine la toumah vers le bas, mais aucun d'eux ne peut former une barrière qui l'arrête.