Ohalos, chapitre 5, Michna 3. Ce chapitre traite de la arouba, une ouverture percée dans le plafond d'une pièce du bas, qui constitue en même temps un trou dans le sol de l'étage supérieur. Placez-vous dans la aliya, regardez à travers, et vous apercevez la pièce du dessous (et mieux vaut regarder où vous mettez les pieds). Normalement, une toumah située dans la pièce du bas monte par cette ouverture et rend tamei tout ce qui se trouve à l'étage. La question sur laquelle la Michna revient sans cesse est celle-ci : que se passe-t-il lorsqu'un keli est posé au-dessus de l'ouverture ? Sépare-t-il les deux niveaux, de sorte que la toumah d'en bas reste en bas ?
Voici le cas présenté. Une kedeira, une marmite en terre cuite, est posée au-dessus de la arouba, le fond tourné vers le bas, en direction de la pièce inférieure, et il y a une toumah (un meis) dans cette pièce du dessous. La Michna souligne à propos de cette marmite : « hoysa chleima », elle était intacte. Elle ne comporte aucune perforation : ni un trou de la taille d'un zayis, mesure qui rend inutilisable un keli cheres servant aux aliments secs et donc inapte à recevoir la toumah, ni même le trou plus petit par lequel un liquide s'écoulerait. C'est un récipient parfaitement entier. Quel est alors le statut de la marmite elle-même, et quel est le statut des aliments, des boissons et des keilim qui se trouvent dans la aliya au-dessus d'elle ?
Les deux opinions
Beis Hillel disent « matsalas al hakol » : la marmite sauve tout. Voici leur raisonnement. Puisque le récipient ne présente aucune brèche, la toumah du dessous n'a aucun accès à son espace intérieur. Tout ce qu'elle rencontre, c'est la paroi extérieure d'un récipient de terre cuite, et la terre cuite ne contracte la toumah que par sa cavité intérieure ; un contact extérieur ne l'affecte absolument pas. La kedeira reste donc tahor, et dès lors qu'un récipient tahor est étendu au-dessus de l'ouverture, il fait office de 'hatsitsa et arrête la toumah là où elle se trouve. Rien dans la aliya n'est atteint : keilim, o'hlin et machkin demeurent tous tahor.
Beis Chammai acceptent chacune des étapes de cette analyse concernant la marmite, mais ils aboutissent à une conclusion plus restreinte : « eina matsalas ela al hao'hlin veal hamachkin veal klei cheres », sa protection ne s'étend qu'aux aliments, aux boissons et aux récipients de terre cuite. Tout aliment, toute boisson, tout ustensile de terre cuite qui se trouve à l'étage reste tahor. En revanche, les keilim de bois, de métal et autres deviennent tamei. La Michna rapporte ensuite le dénouement : Beis Hillel se sont rétractés et ont enseigné la halakha exactement telle que Beis Chammai l'avaient formulée.
Pourquoi une décision sélective ?
La difficulté saute aux yeux. Si la marmite est intacte, s'il n'existe aucune ouverture par laquelle la toumah pourrait y pénétrer, et si elle ne reçoit donc pas du tout la toumah, elle devrait constituer une barrière totale. Et si elle n'est pas une barrière, rien à l'étage ne devrait être sauvé. Pourquoi trier, sauver les o'hlin, les machkin et les klei cheres tout en abandonnant le bois et le métal ?
On pourrait être tenté de répondre simplement que les récipients de bois et de métal disposent d'un remède : on peut les immerger dans un mikvé et les rendre à nouveau tahor, alors qu'un keli cheres n'a pas de tahara par le mikvé (le seul moyen de lui ôter sa toumah est de le briser), et qu'immerger un aliment ou une boisson n'existe pas ; vous ne pouvez pas plonger une orange tamei dans un mikvé et la déclarer tahor. Le fait est exact, mais cela n'explique toujours pas pourquoi la marmite sauve une catégorie et échoue pour l'autre.
La marmite appartient à un am haarets
Le cœur de la Michna réside dans l'identité du propriétaire de la marmite : cette kedeira posée en travers de l'ouverture appartient à un am haarets. Un tel homme ne veille pas à la tahara de ce qu'il mange, et les 'Hakhamim ont statué que son statut est celui d'un av hatoumah. Dès lors, tout ce qu'il manipule, keli, o'hlin ou machkin, contracte la toumah de son fait. Tout récipient trouvé en sa possession doit par conséquent être présumé tamei, puisqu'il l'a très probablement saisi à un moment ou à un autre. Notre marmite de terre cuite, qui se trouve précisément posée au-dessus du passage reliant la pièce du bas à l'étage, est donc be'hezkas tamei. Tout cela ne fonctionne que mide'Rabbanan : ce sont les Rabbanan qui lui ont attribué le statut d'av hatoumah, et la toumah présumée de ses keilim en découle d'elle-même. En pratique, cependant, la marmite est considérée comme tamei. Et le principe reste inébranlable : un récipient ne peut retenir la toumah que s'il est lui-même tahor. C'est exactement pour cette raison que cette marmite ne peut pas servir de 'hatsitsa.
Alors pourquoi sauve-t-elle quoi que ce soit ?
Venons-en à la seconde moitié de la décision de Beis Chammai, celle que Beis Hillel ont finalement adoptée. 'Hazal ont appliqué ce décret avec discernement. Imaginez que l'on aille dire à un am haarets que tous ses récipients sont tamei parce que lui-même a rang d'av hatoumah ; jamais il n'accepterait une telle affirmation. « Moi, un av hatoumah ? À quel titre ? Je suis tahor et mes keilim aussi. » 'Hazal n'avaient aucun intérêt à lui rendre la vie insupportable. Leur seule crainte était celle-ci : un homme ignorant des lois de toumah et de tahara pouvait fort bien avoir contracté la toumah d'un meis sans même s'en apercevoir. Le décret a donc été appliqué là où il permettait d'éviter un véritable accident, et n'a pas été imposé dans les situations où son application n'aurait rien changé.
Voyez comment l'am haarets lui-même comprend la situation. Un meis se trouvait dans la pièce du bas, mais sa marmite recouvrait l'ouverture, et selon lui tout ce qui était au-dessus était protégé. Supposons que nous lui accordions cette hypothèse pour les aliments, les boissons et les récipients de terre cuite qui se trouvent à l'étage. Qui en souffre ? Représentez-vous un 'haver, quelqu'un de rigoureux en matière de toumah et de tahara, qui a démontré sa maîtrise de ces halakhos (et Keilim et Ohalos donnent une idée de leur nombre, avec bien d'autres encore à venir). Un tel homme sait déjà que les aliments ou les boissons manipulés par un am haarets lui sont interdits, de même que les récipients de terre cuite touchés par un am haarets, tous présumés tamei quelle que soit la sincérité de la conviction contraire de leur propriétaire. Et l'immersion ne lui est d'aucun secours : plonger un aliment ou une boisson ne sert à rien, et la terre cuite n'a pas de tahara par le mikvé. Le 'haver se tiendra d'emblée à l'écart de ces objets. Sur le plan pratique, on peut donc admettre que cette marmite de terre cuite de l'am haarets, posée sur la arouba, sauve bien les o'hlin, les machkin et les récipients de cheres qui se trouvent au-dessus. Rien n'est perdu, et la vie de sa maison continue exactement comme avant.
Là où se trouve le véritable écueil
Les récipients susceptibles d'être purifiés au mikvé se situent sur un tout autre plan : bois, métal, cuir. Là, le risque est réel, et là nous maintenons fermement le décret : la marmite est considérée comme tamei, elle ne fait pas écran, et ces keilim de la aliya sont tamei. Imaginez la scène. La femme d'un 'haver l'envoie à l'étage emprunter une marmite chez le voisin, et ce voisin est un am haarets. Il se dit : « Aucun problème, je l'emmènerai au mikvé et je la toviellerai. » Un tel raisonnement est parfaitement plausible : il sait qu'un am haarets ne prête aucune attention à ces questions et porte le statut rabbinique d'av hatoumah, une tevila devrait donc régler l'affaire.
Et c'est là le piège. Le 'haver n'a aucune idée que ce récipient porte davantage que la toumah transmise par le contact d'un am haarets : il porte la toumas meis. Or contre la toumas meis, l'immersion seule n'accomplit absolument rien. Le keli exige une aspersion le troisième jour puis le septième avec une eau contenant les cendres de la Para Adouma, procédure qui s'étend sur une semaine entière, et ce n'est qu'ensuite qu'il entre au mikvé. D'ordinaire, un récipient emprunté à un am haarets n'éveille aucun soupçon d'avoir séjourné sous un même toit qu'un meis, et la tevila est effectivement la réponse. Ici, en revanche, c'est précisément l'exposition à un meis qui a eu lieu : un meis gît dans la pièce du bas, et la seule chose qui le sépare de l'étage est ce récipient de terre cuite qui lui appartient, tamei mide'Rabbanan et donc incapable de faire barrière. La toumah a une origine rabbinique, mais en pratique elle est traitée comme une toumas meis.
Voilà donc l'équilibre établi par Beis Chammai, auquel Beis Hillel se sont ralliés. Il n'y a aucune difficulté à dire à l'am haarets que sa marmite recouvrait l'ouverture et que ses aliments, ses boissons et sa terre cuite à l'étage sont en ordre, bien qu'à la rigueur sa marmite soit présumée tamei et n'aurait pas dû faire écran du tout, puisque personne ne sera induit en erreur par là. Mais il faut lui dire que sa marmite ne sauve pas les récipients qui ont une tahara par le mikvé, et que ceux-là portent la toumas meis, car ici un 'haver pourrait bien venir en emprunter un, l'immerger, et ne jamais soupçonner qu'une tevila ne suffit pas sans haza'a le troisième et le septième jour.