Nidda, chapitre 1, michna 1. Notre massèkhta s'ouvre sur les lois de la femme qui devient nidda, et la toute première question qu'elle soulève est une question de temps : à partir de quel instant est-elle teméa ?
La halakha de base est la suivante : la femme reçoit le statut de nidda, devenant elle-même teméa et rendant tamé les objets qu'elle touche, dès l'instant où le sang quitte son utérus. Il n'est pas nécessaire que le sang soit déjà sorti entièrement de son corps ; dès qu'il a quitté l'utérus, son statut a changé.
Ce principe engendre précisément le problème que traite notre michna. Une femme voit du sang maintenant, et elle sait qu'à partir de cet instant elle est teméa. Mais depuis combien de temps ce sang est-il en chemin ? Peut-être a-t-il quitté l'utérus plusieurs heures plus tôt, et elle est alors déjà teméa depuis un certain temps sans le savoir, touchant des objets et manipulant des taharos pendant tout ce temps. Existe-t-il une toumah rétroactive, et si oui, jusqu'où remonte-t-elle ?
Chammaï : dayan cha'atan
La première opinion est celle de Chammaï, qui parle de « kol hanachim », toutes les femmes sans distinction, et tranche « dayan cha'atan » : son heure à elle lui suffit. Sa toumah commence à l'instant où elle découvre le sang, pas un instant plus tôt. Aucune période antérieure n'est remise en question, et tout ustensile ou tout aliment qu'elle a manipulé avant cet instant conserve sa tahara.
Hillel : mipkida lifkida
Hillel rejette totalement cette approche. Sa mesure est « mipkida lifkida », d'un examen interne au suivant. On remonte à la dernière bedika lors de laquelle elle s'est examinée sans rien trouver, et depuis cet examen jusqu'à la vue présente on la considère comme ayant été teméa tout ce temps, de sorte que tout ce qu'elle a touché durant cet intervalle est tamé. Hillel ne fixe aucun plafond à ce calcul : « va'afilou leyamim harbé », même si un grand nombre de jours séparent cet examen antérieur d'aujourd'hui, toute cette période est incluse.
Les Chakhamim : mé'et le'et
Les Chakhamim répondent qu'on ne suit ni l'une ni l'autre de ces opinions : « lo kedivré zé », pas la décision de l'un, « velo kedivré zé », et pas la décision de l'autre. Leur halakha réunit les deux facteurs, chacun venant limiter l'autre. Un « mé'et le'et », un jour entier compté de telle heure à la même heure, constitue la limite extrême de la toumah rétroactive, ce qui met un terme au compte illimité de Hillel ; selon les termes de la michna, ce jour réduit (mema'étèt) le calcul qui remonte d'une bedika à la précédente. Et ce jour lui-même est réduit par une bedika : si elle s'est examinée sans rien trouver à un moment quelconque de ces vingt-quatre heures, la toumah rétroactive ne remonte pas au-delà de cet examen.
Une illustration concrète rend la chose claire. Supposons qu'une femme voie du sang mardi à seize heures. Selon les Chakhamim, tout ce qu'elle a touché depuis lundi seize heures est tamé. Si toutefois elle avait fait une bedika propre à un moment de ces vingt-quatre heures, alors elle n'est teméa rétroactivement que depuis l'instant de cette bedika, et tout ce qu'elle a manipulé avant cela reste tahor.
Cette décision des Chakhamim est la halakha que nous suivons.