Negaïm, chapitre 14, michna 11. Nous sommes au milieu du processus par lequel le metzora est amené à la pureté complète, et cette michna nous conduit au log d'huile qui accompagne ses korbanos le huitième jour.
Une remarque de méthode avant de commencer. Rebbi Yehouda HaNassi, qui a organisé les michnayos, part du principe que celui qui les étudie connaît déjà parfaitement les parchiyos. Le sujet qui nous occupe, les korbanos du metzora et les étapes de sa purification, est exposé au début de la parchas Metzora, et la michna se contente de s'appuyer dessus sans le répéter.
Les pessoukim à la source de la michna
Les pessoukim concernés se trouvent en tête de la parchah, dans Vayikra, perek youd dalet. Le passouk youd ouvre avec le huitième jour, "ouvayom hachemini", et énumère les animaux : "yikach chnei kevassim temimim", deux agneaux mâles sans le moindre défaut, et "vekavsah achas bas chenatah temimah", une agnelle dans sa première année, elle aussi sans défaut. Des deux mâles, l'un sera apporté comme acham et le second comme olah, tandis que la femelle sert de chatas. Vient ensuite dans le passouk l'offrande de farine, "ouchlochah essronim soless", trois dixièmes d'ephah de fleur de farine, "beloulah vachemen", mélangée d'huile, une minchah dont les michnayos de notre perek ne parlent pas. Et puis, mentionné à part, "velog echad chamen", un unique log d'huile. C'est de ce log que notre michna vient nous enseigner.
Le passouk suivant, youd alef, décrit la présentation : "vehe'emid hakohen hamitaher", le kohen qui conduit la purification place "es ha'ich hamitaher ve'ossam", l'homme en cours de purification ainsi que ses offrandes, "lifnei Hachem pessach Ohel Moed", devant Hachem à l'entrée de l'Ohel Moed. Le passouk poursuit : le kohen prend l'un des agneaux mâles, "vehikriv oso le'acham", le désignant comme acham alors qu'il est encore vivant, et avec le "log hachemen" il accomplit une tenoufah avec les deux, "lifnei Hachem".
La tenoufah du log
Notre michna ne dit rien de ce balancement. Le Bartenoura mentionne bien que l'acham était balancé, mais il ne dit rien du log d'huile soulevé avec lui. C'est dans Hilchos Mechoussrei Kaparah que le Rambam rapporte que l'acham et son log étaient balancés ensemble, et il situe cet acte un peu à l'écart du Cha'ar Nikanor. Le Ra'avad conteste et soutient que cela se faisait au Cha'ar Nikanor même. Certains meforchim comprennent que le kohen et le metzora tenaient les offrandes et les balançaient d'un seul geste. Une lecture simple des pessoukim appuie l'avis du Rambam, selon lequel le kohen agissait seul, car tout le passage a le kohen pour sujet : c'est lui qui place l'homme là, lui qui désigne l'animal comme acham, et lui qui accomplit la tenoufah. Le Rambam tranche encore que, même si l'acham et le log ont été soulevés l'un après l'autre et non en même temps, l'exigence est remplie bedi'eved.
Une parenthèse sur l'étude du Rambam
Lorsque nous avons commencé ces michnayos, j'ai dédié notre étude le'ilouy nichmaso de Rav Aharon Lichtenstein zatzal, roch yechiva à Har Etzion, avec qui j'ai étudié au Goush il y a plus de quarante ans. Il faisait remarquer un jour qu'il y a deux Richonim vers lesquels on se tourne pour le sens simple d'une Guemara : Rachi et le Rambam. Rachi, bien sûr, mais aussi le Rambam, parce que la manière même dont il formule une halachah dans le Yad révèle souvent comment il a compris la souguia. C'est exactement ce qui se passe ici : la présentation du Rambam nous ouvre tout le perek.
La séquence du Rambam
Dans Hilchos Mechoussrei Kaparah, perek dalet, au milieu de la halachah beis, le Rambam décrit d'abord le dépôt du sang de l'acham sur le metzora : sur le tenouch ozen, le bohen yad, le bohen reguel et la tête. Puis il ajoute quelque chose que la michna ne nous dit jamais : "ve'achar kach yakriv chataso ve'olaso", ensuite il apporte le chatas et le olah du metzora. Le sang de l'acham doit venir en premier ; ce n'est qu'une fois cette étape achevée que suivent le chatas et le olah.
Le Rambam poursuit : dès lors que le sang a déjà été appliqué sur les behonos, le kohen puise du log d'huile et la verse "lechoch kapo chel chavero hasmalis", dans le creux de la paume gauche d'un autre kohen ; et s'il l'a versée dans le creux de sa propre main, cela est valable aussi. Remarquons que la main gauche est précisée ici, un détail que notre michna laisse ouvert. Il trempe ensuite son etzba droit, l'index (etzba désigne l'index), dans l'huile qui repose dans la paume, et fait sept aspersions face au Beis Kodech HaKodachim, avec un nouveau trempage du doigt avant chaque hazaïah. Et s'il a fait les aspersions sans s'orienter précisément vers le Beis Kodech HaKodachim, elles restent malgré tout valables.
Ensuite, continue le Rambam, le kohen s'approche du metzora et applique l'huile exactement aux endroits qui ont reçu le sang : le cartilage de l'oreille, le pouce droit et le gros orteil droit, "al mekom dam ha'acham". Toute l'huile encore présente dans sa paume, "vehanochar min hachemen chebekapo", il la pose sur la tête de celui qui accomplit sa taharah. Il vaut la peine de noter la formulation du Rambam, hamistaher, avec le tav réflexif, alors que la Torah écrit hamitaher. S'il ne la pose pas là, "lo kiper", aucune kaparah n'a été obtenue, exactement comme l'enseigne notre michna. Et une fois l'avodah du log terminée, ce qui en reste est partagé entre les kohanim.
La michna elle-même
Venons-en à la michna elle-même. Nous sommes à un stade où le sang de l'acham a déjà été appliqué sur l'oreille, le pouce, l'orteil et la tête. Le kohen "notel mi'log hachemen", prend maintenant de ce log d'huile dont la Torah a parlé mais dont la michna était restée muette jusqu'ici, "veyotzek lechoch kapo chel chavero", et la verse dans la paume creusée d'un autre kohen. La michna ne précise pas quelle main, tandis que le Rambam, comme nous l'avons vu, nomme la gauche. La michna ajoute que verser dans le creux de sa propre paume suffit également, "yatza". Peut-être la décision du Rambam peut-elle se fonder précisément ici : un kohen qui fait cela seul verse nécessairement de sa main droite dans sa gauche, et il n'y a pas de raison de supposer que la disposition change lorsqu'un second kohen tient l'huile ; c'est sa paume gauche que l'on utilise aussi.
Le Rav explique où se trouvait le log jusque-là : il avait été monté avec l'acham à l'endroit de la chechitah au nord, et il se tenait prêt là, puisque c'est là que la tenoufah de l'huile avec l'acham vivant avait eu lieu. À ce stade, l'acham a évidemment été abattu, car son sang était déjà nécessaire à la purification du metzora. Son sang a été recueilli dans le mizrak et jeté sur le mizbe'ach par un kohen, tandis qu'un autre kohen recevait une part du sang dans sa main et accomplissait le dépôt du sang sur l'oreille, le pouce, l'orteil et la tête du metzora.
Sur "kapo chel chavero", le Rav explique la source : le passouk dit "veyatzak al kaf hakohen", il verse sur la paume du kohen, ce qui implique que le kohen qui accomplit les aspersions versait dans la paume d'un autre kohen. Voilà le lechatchilah. S'il a versé dans sa propre paume, il est yotzé bedi'eved.
Les sept aspersions
La michna poursuit : "taval vehizah cheva pe'amim", il a trempé et fait sept aspersions en direction du Beis Kodech HaKodachim. Le Rav renvoie aux mots de la Torah, "cheva pe'amim lifnei Hachem", asperger sept fois devant Hachem. Il prend soin de préciser ce que cela n'implique pas : le kohen ne portait pas l'huile à l'intérieur du Heichal pour l'asperger vers le parochès, comme cela se fait à Yom Kippour et pour les chata'os dont le sang entre à l'intérieur. Il restait dans la azarah, à distance du Heichal, tourné vers le Beis Kodech HaKodachim, et aspergeait l'huile sur le sol de la azarah. Et comme le tranche le Rambam, même si son orientation n'était pas exactement vers l'ouest, il est yotzé.
"Al kol hazaïah tevilah", chaque aspersion exigeait son propre trempage. Le Rav explique : chaque fois qu'il s'apprêtait à asperger, il retrempait son doigt dans l'huile. Il ne devait pas tremper une seule fois en prenant une quantité généreuse d'huile suffisante pour deux ou trois aspersions. Les mots "cheva pe'amim" ne renvoient pas seulement aux aspersions mais aussi aux trempages. D'où sept trempages correspondant à sept aspersions.
L'huile sur le metzora
"Ba lo etzel hametzora", le kohen vient vers le metzora, et "makom chenossein es hadam, cham hou nossein es hachemen" : chaque endroit qui a reçu le sang reçoit maintenant l'huile, la source étant les mots "al mekom dam ha'acham", à l'endroit du sang de l'acham. Puis "vehanochar min hachemen", l'huile restante, "chel kaf hakohen", de la paume qui a servi, qu'elle soit la sienne ou celle de son collègue, est posée "al roch hamitaher lechaper", sur la tête de celui qui est purifié, afin que la kaparah s'accomplisse pour lui.
L'huile sur la tête est-elle indispensable ?
La michna se conclut par une dispute entre Tanna'im. Selon Rebbi Akiva, "ve'im lo nassan, lo kiper" : laisser la tête sans huile signifie que la kaparah n'a pas eu lieu, et c'est l'avis que nous suivons. Rebbi Yochanan ben Nouri soutient le contraire. À son avis, l'huile pour la tête n'est rien de plus que "cheyarei mitzvah", la queue de la mitzvah, de sorte que, appliquée ou omise, "kiper", la kaparah tient. Pourtant, lui-même ajoute que "ma'alin alav", cela est compté contre l'homme, "ke'ilou lo kiper".
Que sont les cheyarei mitzvah ? Ce sont les parties résiduelles d'une avodah. Prenons Yom Kippour : quand le Kohen Gadol a achevé les aspersions sur le mizbe'ach d'or, le sang qui reste est emporté dans la azarah et versé sur le yessod, à l'angle sud-ouest du grand mizbe'ach de cuivre. En règle générale, le reste du sang d'un chatas doit être versé de cette manière, mais si cela n'a pas été fait, le korban demeure valable bedi'eved. Rebbi Yochanan ben Nouri place l'huile de la tête dans la même catégorie : appliquée ou non, la kaparah a pris effet. Néanmoins, cela est compté contre lui, et le Rav précise que ce décompte se fait devant le Ciel. Il s'est acquitté de son obligation, mais le Ciel enregistre qu'il n'a pas accompli la mitzvah de la plus belle manière, min hamouvchar.
Nous ne suivons pas Rebbi Yochanan ben Nouri. Là où aucune huile n'a atteint la tête du metzora, il n'a pas obtenu la kaparah, puisque cette application finale fait partie de ce qui expie pour lui. Le Rambam rapporte toutefois une exception, et elle est liée à la clause suivante de notre michna.
Quand le log diminue
La michna continue avec "chassar halog". Le Rambam l'exprime par nichpach, répandu. Cela demande une clarification. Il est évident que le log diminue au fil du service, puisque de l'huile est aspergée vers l'ouest et appliquée sur le corps du metzora, si bien qu'à chaque étape il en reste moins qu'un log entier. Ce n'est pas de cette diminution naturelle que parle la michna. Le cas est celui où une partie de l'huile s'est effectivement répandue. À certaines étapes, on peut simplement recompléter le log et continuer, et à d'autres étapes, il faut apporter un log entièrement nouveau, le service reprenant depuis le point atteint, comme nous le verrons, et il y a une machlokes Tanna'im sur l'endroit où passe la ligne de partage.
"Chassar halog ad chelo yatzak, yemalenou" : si le log perd de l'huile avant la yetzikah, c'est-à-dire avant que l'huile n'ait été versée dans la paume, on le recomplète simplement. Le Rav explique le raisonnement. Nous ne considérons pas le simple fait de mettre l'huile dans le log, un kli chareis qui contient exactement un log, soit un quart de hin, comme l'acte qui fixe son statut de telle sorte qu'une perte le rendrait invalide. C'est le versement dans la paume qui le fixe et le rend susceptible de devenir passoul si une partie se perd. Avant ce versement, donc, il suffit de remplacer ce qui a été perdu. "Michéyatzak, yavi acher betechilah, divrei Rebbi Akiva" : dès l'instant où l'huile a été versée dans la paume, tout déversement l'oblige à apporter un nouveau kli chareis contenant un log neuf et à recommencer l'avodah depuis le début.
Rebbi Chimon place la ligne ailleurs : "chassar halog ad chelo nassan, yemalenou". Le Rav comprend "ad chelo nassan" comme : avant que les sept matanos, les sept aspersions vers le Beis Kodech HaKodachim, ne soient achevées. Selon Rebbi Chimon, même une fois l'huile versée dans la paume, tant que ces sept aspersions ne sont pas terminées, un manque peut être comblé en recomplétant. "Michénassan, yavi acher betechilah" : les sept aspersions étant derrière lui, le statut du log est fixé, et tout déversement exige un log neuf, l'avodah reprenant là où elle en était. Rebbi Chimon fait donc du matan cheva l'acte qui fixe, et non de la yetzikah, comme le soutient Rebbi Akiva. Nous ne tranchons pas ainsi.
Les décisions du Rambam sur un log répandu
Tournons-nous maintenant vers le Rambam, Hilchos Mechoussrei Kaparah, perek hey, halachah hey. Le cas : l'huile a été versée dans sa paume, les aspersions ont été commencées, puis le log s'est répandu, nichpach. Si le déversement s'est produit alors que les sept matanos n'étaient pas encore achevées, il apporte un autre log et recommence les sept aspersions depuis leur début. C'est une décision dans la ligne de Rebbi Akiva et non de Rebbi Chimon, qui à ce stade aurait permis un simple recomplètement.
Là où les sept avaient été achevées et où le log ne s'est répandu qu'ensuite, puisque la yetzikah avait déjà fixé le statut du log, un log de remplacement est nécessaire et il reprend aux behonos : l'oreille, le pouce et l'orteil. Et s'il avait déjà commencé les behonos quand l'huile s'est répandue, avant de les avoir terminés, là encore il prend un autre log et refait les behonos depuis leur début.
Vient maintenant une décision fascinante. Supposons que les behonos aient tous été achevés, pouce et orteil compris, et que le déversement ne se soit produit qu'après, avant que l'huile restée dans sa paume n'ait été posée sur la tête de celui qui est purifié. Dans un tel cas, aucun log supplémentaire n'est nécessaire, parce que l'application sur la tête n'est pas indispensable, et le Rambam le prouve à partir du langage des pessoukim, qui l'appellent ce qui reste de l'huile, "vehanochar" et "miyoser hachemen".
Cela semble contredire ce que le Rambam a lui-même tranché plus haut, à la suite de Rebbi Akiva : si l'huile n'a pas été posée sur la tête, le metzora n'est pas mechoupar. Et notons que le Rambam a pris Rebbi Akiva dans toute sa force : non pas seulement que le Ciel considère la chose comme si aucune kaparah n'avait eu lieu, mais que le metzora n'est véritablement pas purifié. Or ici, là où l'huile s'est répandue, il tranche que le metzora est pur bien que rien n'ait été posé sur sa tête.
Cette question est reprise par de nombreux Acharonim. Le Kessef Michneh la rapporte au nom du Mahari Korkous, et le Perouch HaRoch la pose de manière indépendante, et les deux arrivent à la même résolution. Dans la compréhension du Rambam, Rebbi Akiva ne traite l'application sur la tête comme indispensable que tant que l'huile se trouve effectivement dans la paume. Une fois l'huile disparue, s'étant répandue, l'exigence n'est plus indispensable bedi'eved, et il n'est pas tenu de recompléter le log afin de poser de l'huile sur la tête. La difficulté dans le Rambam s'efface donc, et avec cela notre michna est achevée.