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Negaïm, chapitre 1, michna 3 : les blancs mêlés de rouge

Negaïm, chapitre 1, michna 3. Le premier chapitre de la massekhta est consacré aux mar'os negaïm, les nuances de blanc que peut prendre un nega sur la peau, depuis le blanc éclatant de la neige jusqu'aux blancs les plus ternes. Notre michna ajoute une nouvelle série de colorations : que se passe-t-il lorsque l'un de ces blancs n'est pas un blanc pur, mais qu'une part de rouge s'y trouve mêlée.

Le Tanna Kamma est ici Rabbi Yichmaël, et le mot qu'il emploie pour un tel mélange est passokh, un mélange. Il enseigne : "Hapassokh chebachéleg keyayin hamazoug bachéleg" : lorsque du rouge se mêle au plus lumineux des blancs, le blanc de la neige, la nuance obtenue ressemble à du vin mélangé à de la neige. "Hapassokh chebassid kedam hamazoug bekhalav" : le mélange que l'on trouve dans le blanc du sid, la chaux ou le lait de chaux, a l'aspect du sang mêlé à du lait. "Divré Rabbi Yichmaël."

Le Tossefos Yom Tov relève une étrangeté dans la construction de ces deux comparaisons. Pour la nuance de la neige, la michna illustre le mélange par du vin versé dans la neige elle-même, en restant dans la même substance. Mais pour la nuance du sid, elle ne parle pas de rouge mêlé à de la chaux : elle passe au sang mêlé à du lait. Pourquoi ce changement ? Il explique que cela tient au comportement de ces substances. La neige est molle et poreuse, et le vin s'y mêle sans peine, si bien que la neige peut servir elle-même de modèle. La chaux, en revanche, est dure, et le rouge ne s'y mélange pas de façon à produire une teinte visible et uniforme. Pour rendre la coloration d'un nega dont le blanc est celui du sid teinté de rouge, la michna a donc recours à une autre substance blanche, le lait, dans lequel le sang se mêle bien, et l'on y voit exactement l'aspect décrit.

Le second avis de la michna est celui de Rabbi Akiva, qui abandonne complètement le mot passokh. Il décrit la teinte rougeâtre par le terme adamdam, qui désigne un rouge vif, et il l'applique "chebazé ouchebazé", à ce blanc comme à l'autre. Le mot adamdam est repris directement des pessoukim de la parcha. Pourquoi deux Tannaïm choisiraient-ils un vocabulaire différent pour un seul et même phénomène ? Le Melékhes Chlomo répond que, même si la Torah traite longuement des negaïm dans parchas Tazria-Metsora, la grande majorité des halakhos de cette massekhta nous est parvenue par la Torah chebe'al pé, transmise de rabbi à talmid. Or, une personne est tenue de transmettre son étude dans les termes exacts qu'elle a reçus de ses maîtres ; on peut donc en déduire que le terme employé par les rabbanim de Rabbi Yichmaël était passokh, tandis que les rabbanim de Rabbi Akiva enseignaient le mot adamdam.

Leur divergence va plus loin que le vocabulaire. Selon Rabbi Akiva, la teinte rougeâtre dans chacun des deux blancs, celui de la neige et celui du sid, ressemble à du vin mêlé à de l'eau : "keyayin hamazoug bamayim". Les deux ne sont pourtant pas identiques, car leur intensité diffère. Dans un nega du blanc de la neige, le rouge apparaît "aza", puissant et frappant, puisque le blanc qui le porte est le plus éclatant de tous. Dans un nega dont le blanc est celui du sid, cette même teinte de vin et d'eau se présente comme "déhé mimenou", plus faible et plus pâle que l'adamdam qui appartient à la nuance du blanc de neige.

Ainsi, les deux Tannaïm nous offrent deux manières de répertorier les mélanges rougeâtres : Rabbi Yichmaël avec deux comparaisons distinctes, le vin dans la neige et le sang dans le lait, et Rabbi Akiva avec une seule comparaison, le vin dans l'eau, apparaissant une fois avec éclat et une fois faiblement, selon le blanc dans lequel il se trouve.