Negaïm, chapitre 11, michna 1. Notre sujet ici est la kara'has et la gaba'has, le quatrième et dernier des nig'ei adam. Une seule michna couvre tout le sujet, et cette brièveté se comprend très bien. La kara'has et la gaba'has ne constituent pas un néga nouveau : il s'agit tout simplement de toumas baheres, la tsora'as de or bassar, qui apparaît sur des parties de la tête une fois que celles-ci ont perdu leurs cheveux. Un crâne chauve a le statut de chair ordinaire, en rien différent de la peau de n'importe quel autre endroit du corps, et c'est donc la toumah de or bassar qui y opère.
Un aperçu du Rambam
Avant de passer à la michna elle-même, il vaut la peine d'entendre le résumé du Rambam. La kara'has et la gaba'has rendent tamé par deux simanim et non par trois : la mi'hya et le pisyon. La mi'hya s'applique parce que nous avons affaire à une baheres, et le siman consiste en une plaque de chair vive de la taille d'une adacha (une lentille) qui se montre à l'intérieur de la baheres ; le pisyon s'applique si la baheres s'étend. Leur hesger dure également deux semaines, puisque le passouk les décrit comme « kemar'eh tsora'as or bassar », que leur aspect est l'aspect de la tsora'as ordinaire de la peau. Et parce que de tels endroits ne portent pas de cheveux, le sei'ar lavan n'y fonctionne pas comme siman toumah. Par définition, nous parlons d'une région dépourvue de cheveux : des poils blancs n'y pousseront donc pas, et même si, d'une manière ou d'une autre, il en poussait, ils ne le rendraient pas tamé.
La règle de la michna
La michna tranche : « Hakara'has vehagaba'has », la région sans cheveux à l'arrière du crâne et la région sans cheveux à l'avant, « mitam'os bichnei chavou'os », rendent tamé au terme de deux semaines de hesger, « bichnei simanim, bemi'hya ouvefisyon », par le biais de deux signes : la mi'hya, une plaque de chair vive, et le pisyon, l'extension de la baheres.
La raison pour laquelle la personne est devenue chauve ne change rien. Cela peut être min hachamayim, ses cheveux étant simplement tombés d'eux-mêmes. Cela peut être le résultat d'une irradiation, ou d'un médicament, Ra'hmana litslan, ou encore d'un dépilatoire appliqué sur le crâne.
La déduction
Le Rav apporte la source de ces deux simanim du passouk « tsora'as pora'has hi bekara'hto ». Le mot « tsora'as » enseigne qu'elle est metamé bemi'hya, comme les autres tsora'as de or bassar, et « pora'has », qui se répand, enseigne qu'elle est metamé befisyon. Le mot « hi », le Rav le comprend comme une guezeiras hakassouv, un mi'out enseignant qu'elle n'est pas metamé par le sei'ar lavan. Le Rambam, comme nous l'avons vu, n'a besoin d'aucun passouk particulier : il s'agit de zones chauves, et le cheveu blanc n'y est donc pas chayakh du tout.
La délimitation des deux endroits
La michna continue avec les causes, puis avec les frontières. Celui qui a mangé du nechem, une substance dont l'ingestion empêche les cheveux de pousser, ou qui a enduit son crâne de nechem comme dépilatoire, ou qui a reçu une maka, une blessure ou une affection, che'eina reouya legadel sei'ar, qui rend la peau incapable de faire pousser des cheveux. Dans tous ces cas, nous avons un crâne qui ne peut plus produire de cheveux, et les hilhos de kara'has et de gaba'has s'appliquent.
La michna demande et répond : « Eizohou kara'has ? Min hakodkod hachofei'a le'a'horav », identifiant la kara'has comme la partie arrière : elle commence au kodkod, le sommet de la tête, et descend en pente vers l'arrière, « ad pika chel tsavar », jusqu'au petit os saillant que l'on peut repérer là où commence la ligne des cheveux de la nuque.
« Eizohou gaba'has ? Min hakodkod hachofei'a lefanav », la gaba'has est la partie avant : depuis le sommet de la tête en pente vers l'avant, « keneged sei'ar milma'lan », jusqu'à l'endroit où se trouve la ligne des cheveux au-dessus du front. En bref, la gaba'has est l'avant et la kara'has est l'arrière.
Le Tosfos Yom Tov demande ce que cette dernière expression vient enseigner, et écrit « nir'eh li la'afoukei », qu'elle vient exclure les poils des sourcils. Il ajoute que s'il était possible que des poils poussent sur le front lui-même, comme le Kessef Michné à la fin de Hilhos Avoda Zara semble le soutenir, cette expression viendrait aussi l'exclure, bien que le Tosfos Yom Tov soit lui-même fort sceptique quant à cette possibilité. Quoi qu'il en soit, la limite de la gaba'has est la ligne des cheveux, ou l'endroit où elle se trouvait.
Le Tiferes Yisrael complète le tableau : il s'agit du cas où tous les cheveux sont tombés depuis le milieu du crâne vers l'avant, c'est-à-dire toute la moitié du crâne du côté du visage, en descendant sur les côtés de la tête d'une oreille à l'autre, jusqu'aux cheveux au-dessus du front, y compris les tempes de part et d'autre du front. Kol chetsad hapanim, tout ce qui se trouve du côté du visage, s'appelle gaba'has. Il ne semble y avoir aucune divergence à ce sujet.
Deux noms, deux nega'im
La michna enseigne : « Hakara'has vehagaba'has », ces deux zones, « einan mitstarfos zo im zo », ne se joignent pas l'une à l'autre, « ve'einan posos mizo lazo », et aucune des deux ne se répand dans l'autre. Bien que toutes deux se trouvent sur une seule et même tête, chacune est indépendante. Un demi-gris de baheres dans la région avant à côté d'un demi-gris dans la région arrière, même immédiatement adjacents de part et d'autre du sommet du crâne, ne totaliseront pas un gris complet. De même, une baheres dans la zone avant qui s'élargit par-dessus le sommet du crâne dans la zone arrière n'a pas pour autant produit un pisyon, et la même règle vaut lorsque l'extension se fait dans l'autre sens.
C'est précisément pour cela que la Torah leur a donné deux noms différents. Il ne s'agit pas d'une simple description du contour du crâne : les deux noms établissent deux chemos de néga distincts, qui, par conséquent, ne se combinent pas et ne se répandent pas l'un dans l'autre.
« Rebbi Yehouda omer », Rebbi Yehouda dit, « im yech sei'ar beineihem », s'il reste encore des cheveux entre les deux régions, « einan mitstarfos », elles ne se joignent pas, « ve'im lav », mais là où il n'y en a pas, « harei eilou mitstarfos », elles se joignent. Pour Rebbi Yehouda, le facteur décisif est une véritable séparation de cheveux. La halakha, toutefois, ne suit pas son avis. Même lorsque la tête est entièrement chauve et que rien du tout ne se trouve entre les deux régions, elles ne se joignent pas.
Un regard en arrière sur les nig'ei adam
Avec cette michna, les quatre nega'im qui viennent sur une personne sont menés à leur terme. Il y a or bassar, la tsora'as sur la peau, qui est le cas principal. Il y a mi'hveh et che'hin, une brûlure et un furoncle, des lésions à l'intérieur desquelles se développe une baheres. Il y a le nessek, dans lequel aucune baheres n'entre en jeu, mais où les cheveux tombent par plaques sur le crâne ou dans la barbe. Et il y a la kara'has et la gaba'has, sur un crâne dépourvu de cheveux, où une baheres se forme bel et bien, ses simanei toumah étant une mi'hya de la taille d'une adacha à l'intérieur de la baheres, ou l'extension de la baheres à la fin de la première semaine, à la fin de la deuxième semaine, ou après qu'il a déjà été déclaré tahor.
Karei'ah hou, tahor hou
Puisque cette michna a été consacrée à la calvitie, le moment est bien choisi pour un beau vort de Rav Mena'hem Azaria miFano, le Rama miFano, l'un des tout premiers a'haronim d'Italie : un posseik qui nous a laissé des chéélos outechouvos, l'auteur de Alfassi Zouta et de bien d'autres ouvrages, et avant tout un mekoubal. Le 'Hasam Sofer, dans une techouva traitant des dépilatoires à une époque où des Juifs étaient agressés par des antisémites qui les saisissaient par la barbe, l'appelle roch hamekoubalim. Si quelqu'un voulait prétendre que la Kabbala exige d'un homme qu'il porte la barbe, la réponse est que le Rama miFano ôtait la sienne précisément de cette manière, et que les rabbanim d'Italie faisaient généralement de même.
Parmi ses sefarim se trouve Assara Ma'amaros, et vers la fin du premier ma'amar, le plus long d'entre eux, il entreprend d'expliquer un passage de la dernière sougya de Be'horos d'une façon qui disculpe Ben Azaï d'avoir piétiné le dérekh érets. La Guemara y raconte que Ben Azaï déclara que tous les 'hakhamim n'étaient, à ses yeux, rien de plus que klipas hachoum, la fine pelure papyracée d'une gousse d'ail, en ajoutant une exception : « 'houts min hakarei'ah hazé », hormis ce chauve-là, entendant par là Rebbi Akiva. Pris au premier degré, cela sent la gaava, et pire encore, ce n'est guère la manière dont on parle de Rebbi Akiva. De fait, certains richonim identifient Yehochoua ben Kor'ha comme le fils même de Rebbi Akiva, en raisonnant à partir du fait que Rebbi Akiva avait la tête chauve, et Tosfos rejette cette identification justement parce qu'une telle façon de désigner Rebbi Akiva est impensable. Ici aussi, donc, le mot « karei'ah » ne peut pas avoir été employé comme une injure.
Le Rama miFano lit par conséquent cette déclaration dans un registre tout autre. En utilisant l'atbach, le chiffre dans lequel le alef s'échange avec le tav, le beis avec le chin, le guimel avec le reich et ainsi de suite dans l'alphabet, les lettres de choum donnent befi, « dans ma bouche » : l'ail est un code pour la Torah chébé'al pé. De plus, quiconque a cultivé de l'ail sait combien cette récolte est vulnérable aux minuscules vers qui la percent, et ceux-ci, il les comprend comme représentant les Baytoussim, les Tsedoukim et les divers minim et courants hérétiques de l'époque de 'Hazal, dont la Torah devait être protégée. Et que réalise la pelure de l'ail ? Elle agit comme un chomer, une enveloppe naturelle qui tient l'infestation éloignée de ce qui se trouve à l'intérieur.
Lus ainsi, les propos de Ben Azaï sont à la fois modestes et vrais. Le reste des 'hakhmei Yisrael fonctionnait comme klipas hachoum : ils montaient la garde sur la Torah chébé'al pé et la protégeaient contre tout ce que les hérétiques lui lançaient, « 'houts min hakarei'ah hazé ». Et le mot karei'ah est lui-même un rémez, car le passouk que le Rav cite dans ce perek même, parlant d'un homme dont le nessek a couvert toute la tête, dit « karei'ah hou, tahor hou ». Une tête chauve est une marque de tahara. Rebbi Akiva était ce tahor hou, le plus pur des Tanaïm de sa génération, et son rôle n'était pas de protéger la Torah chébé'al pé mais de l'être. Voilà ce qui se tient derrière la déclaration de Sanhedrin concernant les grandes œuvres tannaïtiques apparues après lui, la Sifra et le Sifrei, la Mekhilta et le Seder Olam, tous produits par ses talmidim : koula aliba deRebbi Akiva, chacun d'eux suit la voie que Rebbi Akiva a tracée. Il était le choum, le befi, la Torah chébé'al pé incarnée, tandis que ses collègues étaient la pelure qui la gardait.
Devant nous s'ouvrent maintenant les nig'ei begadim, puis deux chapitres de nig'ei batim, et enfin le chapitre traitant de la tahara du métsora et des korbanos qu'il apporte lorsqu'il est prêt à devenir tahor et à réintégrer la société.