Mikvaos, chapitre 2, Mishnah 10. Notre mishnah traite d'un mikvé qui contient une sorte de bouillie, un mélange de terre et d'eau brassés ensemble, quelque chose entre la boue et le ciment. La question est de savoir quand un tel mélange garde encore le statut halakhique d'eau, de sorte qu'il entre dans le compte du mikvé et qu'on peut même s'y immerger, et quand il a perdu ce statut.
La divergence
Le cas de la mishnah est celui d'un bassin « sheyesh bo arba'im se'ah », qui contient quarante se'ah, mais la mesure n'est atteinte qu'en additionnant les deux composants mentionnés, « mayim v'tit », l'eau et la boue ; aucun des deux éléments à lui seul n'atteint la quantité requise. Là-dessus, Rebbi Eliezer soutient « matbilin b'mayim », l'immersion se fait dans l'eau, « v'ein matbilin b'tit », et non dans la partie boueuse. Selon lui, la personne doit pouvoir se plonger entièrement dans la portion aqueuse à elle seule, distincte de la terre. Rebbi Yehoshua tranche « b'mayim u'v'tit », aussi bien dans l'eau que dans la boue. Son raisonnement : si la boue est assez bonne pour être comptée dans les quarante se'ah, elle est tout aussi bonne pour que le corps y soit plongé.
De quelle boue s'agit-il ?
La mishnah restreint aussitôt le cas : « B'eizeh tit matbilin ? », dans quelle sorte de boue peut-on s'immerger ? « B'tit shehamayim tzafin al gabav », une boue au-dessus de laquelle l'eau flotte. La position indulgente de Rebbi Yehoshua ne vaut que pour un mélange fluide, composé surtout d'eau, non tassé, avec de l'eau qui repose encore à sa surface.
La clause suivante pose une limite. Lorsque le liquide s'est déplacé vers une extrémité du bassin tandis que la terre s'est déposée à l'autre, les deux ne forment plus une seule masse mélangée ; la mishnah décrit ce cas par « hayah hamayim mitzad echad », l'eau se trouvant d'un côté. Dans cette situation, dit la mishnah, « modeh Rebbi Yehoshua », Rebbi Yehoshua le concède : « shematbilin b'mayim v'ein matbilin b'tit », l'immersion est valable dans l'eau et invalide dans la boue.
Jusqu'à quel point la boue doit-elle être fluide ?
La mishnah affine ensuite la définition : « V'eizeh tit amru ? », de quelle sorte de boue parlait-on ?
- Le premier critère donné est celui de Rebbi Meir : « b'tit shehakaneh yored mei'eilav », une boue dans laquelle un roseau descend de lui-même. Plantez un bâton droit dans le mélange : s'il s'enfonce jusqu'à atteindre le fond du bassin, nous voyons que rien ici n'est tassé ni condensé ; la substance conserve le caractère halakhique de l'eau.
- Une mesure moins exigeante est proposée par Rebbi Yehudah : « makom she'ein hakaneh omed », un endroit où un roseau ne tient pas debout. Il n'exige pas, comme l'avis précédent, que le bâton traverse tout le mélange. Plantez un bâton dans un sol normal et il reste en place ; ici, il suffit que la substance ne puisse pas maintenir le bâton, si bien qu'il bascule au lieu de rester droit, même s'il n'atteint jamais le fond.
- Plus indulgent encore est Abba Elozor ben Delo'i, dont le test est « makom shehamashkoiles yoredes », un endroit où le fil à plomb descend. Les bâtisseurs suspendaient un poids à une corde pour vérifier qu'un mur était d'aplomb. Qu'un tel poids soit lâché dedans : s'il s'enfonce à travers le mélange, cela suffit, bien qu'un poids de ce genre pénètre des substances considérablement plus denses que l'eau. Un tel mélange ne s'appelle pas boue du tout, mais eau.
- Rebbi Eliezer prend le tonneau comme critère : tout ce « hayored b'fi chavis », qui s'écoule par l'ouverture d'un tonneau. Si le mélange peut être versé par cette ouverture, sa consistance est assez fluide.
- Pour Rebbi Shimon, le test est « hanichnas b'shefares hanod », tout ce qui passe par le petit goulot d'une outre, l'orifice étroit par lequel son contenu s'écoule. Ce degré de fluidité suffit déjà.
- Vient enfin l'étalon de Rebbi Elozor b'Rebbi Tzadok : « hanimdad balog », tout ce qui peut être mesuré dans un log, le récipient qui servait à mesurer les liquides. Si le mélange peut être recueilli dans cette mesure et versé, l'exigence est remplie ; et comme l'ouverture du log est plus large que les orifices mentionnés précédemment, un mélange un peu plus dense sera admis. Il est considéré comme un liquide, et l'immersion dans une boue de ce genre est valable.