Mikvaos, chapitre 2, michna 8. L'arrière-plan de cette michna est le principe fondamental de notre traité: un mikvé doit être constitué de mei guechamim, de l'eau de pluie qui arrive d'elle-même, et non de mayim ché'ouvim, de l'eau puisée, c'est-à-dire recueillie dans un récipient ou acheminée par des mains humaines.
Le cas qui nous occupe est celui d'un ouvrier: hasayad, le plâtrier, qui se trouvait au fond de la fosse du mikvé pour en enduire les parois, sans doute afin que l'eau ne s'en échappe pas. Chéchakhach atsits babor, il y a oublié un seau à lui au fond de la fosse, et vénismalou mayim, l'eau du mikvé s'est écoulée dedans et l'a rempli. Voilà donc un récipient posé dans son mikvé, plein d'eau. Quel est le statut de cette eau?
La décision de Rebbi Eliezer
Rebbi Eliezer commence par le cas où l'eau du mikvé monte au-dessus du bord du seau: im haya hamayim tsofim al gavov, kolchéhem, du moment que l'eau le recouvre, ne serait-ce que d'une quantité infime. Ici la règle est yichaver: il brise le récipient, et son contenu se déverse dans l'eau environnante. Cette eau n'a jamais contracté la disqualification de ché'ouvim, et cela pour deux raisons. Le seau s'est retrouvé là par oubli, chéchakhach, sans aucune intention d'y recueillir quoi que ce soit, et, ce qui compte davantage pour Rebbi Eliezer, le liquide qu'il contenait était en contact avec la masse du mikvé dès le premier instant, ne formant avec elle qu'un seul ensemble continu. Une eau qui ne s'est jamais tenue à part de l'eau du mikvé n'est pas considérée comme puisée.
Vé'im lav, mais si le bord du seau dépasse le niveau de l'eau du mikvé, alors lo yichaver: le briser ne lui sert à rien. Puisque le mikvé ne contient pas encore ses quarante séa, briser le seau à ce stade équivaudrait à introduire de l'eau ché'ouvim dans le mikvé. Ici, l'eau du seau se tenait par elle-même, séparée de la masse d'eau du dessous, contrairement au premier cas où les deux n'ont jamais cessé d'être une seule et même eau.
Divrei Rebbi Eliezer, telle est la position de Rebbi Eliezer, et elle est parfaitement cohérente avec son approche ailleurs: une eau qui s'est retrouvée à l'intérieur d'un récipient chélo lada'as, sans aucune intention de le remplir, est malgré tout ché'ouvim.
La décision de Rebbi Yehochoua
Rebbi Yehochoua omer, Rebbi Yehochoua n'est pas d'accord et tranche bein kakh ouvein kakh: la différence de niveaux ne change absolument rien. Que le bord du récipient dépasse la surface ou qu'il soit immergé en dessous, le résultat est le même, yichaver: il peut briser le seau, et ce qui s'en déverse rejoint le mikvé sans le rendre invalide.
Le raisonnement de Rebbi Yehochoua est que le seau s'est nismela chélo lada'as, rempli sans la moindre intention derrière cela. Le récipient a été laissé là par accident et s'est rempli d'eau tout seul; l'homme n'a jamais voulu y recueillir d'eau. Là où une telle intention est absente, la halacha est que l'eau ne devient pas ché'ouvim, et elle n'est pas disqualifiée pour l'usage du mikvé.
La leçon de cette michna est donc de voir à quel point tout dépend de l'intention de la personne. Pour Rebbi Eliezer, le facteur décisif est de savoir si l'eau du récipient est restée jointe à l'eau du mikvé; pour Rebbi Yehochoua, le facteur décisif est que personne n'a jamais eu l'intention de puiser cette eau.