Mikvaos, chapitre 9, Mishna 7. Ce chapitre est consacré au sujet de la 'hatsitsa, cette matière qui adhère à une personne ou à un vêtement et s'interpose entre lui et l'eau du mikvé. Notre mishna poursuit ce thème à propos des begadim, les vêtements qui ont eux-mêmes besoin d'une tevila. Quelque chose est resté collé au vêtement, et la question est de savoir si cette matière empêche l'eau d'atteindre le tissu et rend ainsi la tevila invalide.
La mishna énumère trois sortes de vêtements de travail. « Matpa'hos chel zafassin » : les tabliers que portent ceux qui enduisent les tonneaux de poix. Pour rendre un tonneau étanche, on l'enduisait de goudron, et pendant ce travail l'homme portait un tablier. « Vechel yotsrin » : les tabliers des potiers, qui façonnent des ustensiles dans l'argile. « Vechel mafsolé ilanos » : les tabliers de ceux qui taillent et émondent les arbres. Dans ces trois cas, le tablier est porté dans un seul but : protéger les vrais vêtements de l'homme de la saleté de son métier.
Au sujet de tels tabliers, la mishna tranche « ein 'hoitsin », ils ne s'interposent pas. La saleté qui s'y est accumulée n'est pas une 'hatsitsa. Il s'agit ici d'un mi'out, une matière ne couvrant qu'une petite partie du vêtement, et la raison pour laquelle elle ne s'interpose pas est que le propriétaire d'un tel tablier n'est tout simplement pas makpid. Les taches ne le dérangent absolument pas, puisque c'est exactement à cela que le vêtement sert. Et même lorsque celui qui le porte est un talmid 'hacham, dont nous avons appris qu'il est pointilleux sur la moindre tache de ses habits, dans ce cas-là même lui n'y prête pas attention. Le tablier est fait pour absorber la saleté.
« Rabbi Yehouda omer : af chel kayotsin keyotsé bahen. » Rabbi Yehouda ajoute les tabliers de ceux qui travaillent parmi les épines, vêtements portés afin que les épines s'y accrochent au lieu de déchirer les habits qui se trouvent en dessous. Ceux-là, dit-il, suivent la même halacha.
Qu'est-ce que Rabbi Yehouda vient ajouter, et sur quoi se sépare-t-il du Tanna Kamma ? Les mefarchim expliquent son raisonnement. Ce tablier existe précisément pour être déchiré à la place du vêtement qui se trouve dessous. Or, si un homme accepte que son tablier soit déchiré et mis en lambeaux sans y voir d'inconvénient, à plus forte raison il ne voit aucun inconvénient à ce qu'un peu de saleté s'y dépose : il n'y a là aucune hakpada. Le Tanna Kamma, cependant, n'accepte pas ce raisonnement. À son avis, on peut très bien se résigner à ce que le vêtement soit déchiré, puisque c'est là sa fonction même, et être tout de même pointilleux sur le fait qu'il ne se salisse pas. C'est pourquoi le Tanna Kamma n'a pas inclus dans sa liste les tabliers de ceux qui travaillent dans les épines.
La mishna conclut en rassemblant le tout en un principe : « Zé klal : kol hamakpid alav 'hoitsets, veché'eino makpid alav eino 'hoitsets. » Toute matière au sujet de laquelle une personne est makpid, c'est-à-dire qu'elle veut l'ôter de son vêtement et l'enlèverait, s'interpose et rend la tevila invalide. Et une matière au sujet de laquelle elle n'est pas pointilleuse, dans un cas comme le nôtre où il s'agit d'un mi'out pour lequel le propriétaire n'a aucune hakpada et où la 'hatsitsa ne serait que miderabbanan, ne s'interpose pas, et la tevila est valide.
L'enseignement de la mishna est que la 'hatsitsa ne se mesure pas à l'œil seul, mais à l'attitude du propriétaire. Cette même tache de goudron qui rendrait le manteau d'un homme inapte laisse le tablier du goudronneur parfaitement apte à la tevila, car pour lui ce n'est absolument pas un défaut.