Mikvaos, chapitre 10, michna 6. Cette michna poursuit l'étude de la hachaka, ce procédé par lequel l'eau qui se trouve dans un endroit est mise en contact avec l'eau qui se trouve dans un autre, si bien que les deux sont considérées comme une seule et même masse d'eau.
La hachaka connaît deux applications distinctes dans les lois du mikvé. La première sert à résoudre un problème de mayim che'ouvim, de l'eau puisée. L'eau puisée n'est pas valable en elle-même pour un mikvé, mais si on la met en contact avec un mikvé valable d'eau de pluie contenant quarante séa, l'ensemble acquiert le statut d'eau de mikvé. La seconde application, qui est le sujet de notre michna, concerne les mayim témé'im, une eau devenue témé'a. Dès lors qu'une telle eau est mise en contact avec un mikvé de mayim tehorim, l'eau témé'a devient tehora.
La controverse entre Beis Chamaï et Beis Hillel
La michna commence : "Beis Chamaï omrim ein matbilin chamin b'tzonen v'lo tzonen b'chamin" (Beis Chamaï disent : on ne trempe pas de l'eau chaude dans de l'eau froide, ni de l'eau froide dans de l'eau chaude). Quand la michna emploie ici le mot matbilin, elle ne parle pas de l'immersion effective d'un objet : elle désigne l'accomplissement de la hachaka. Beis Chamaï estiment qu'une eau chaude qui est témé'a ne peut pas être réunie par hachaka à une eau froide, et qu'une eau froide qui est témé'a ne peut pas être réunie par hachaka à une eau chaude. L'eau chaude et l'eau froide sont vues comme deux espèces d'eau différentes et, faute de compatibilité entre elles, le contact ne crée pas une seule masse d'eau : la hachaka ne rendra donc pas tehora l'eau témé'a.
La michna applique le même raisonnement à un second couple : "lo yafim b'ra'im v'lo ra'im b'yafim" (ni de la bonne eau dans de la mauvaise, ni de la mauvaise dans de la bonne). La bonne eau, c'est-à-dire l'eau douce, ne peut pas être réunie par hachaka à la mauvaise eau, c'est-à-dire l'eau amère, et l'eau amère ne peut pas être réunie à l'eau douce. Ici encore, Beis Chamaï y voient deux catégories d'eau séparées, de sorte que la hachaka ne peut pas transmettre la tahara de l'une à l'autre.
L'avis opposé tient en un seul mot : "matbilin" (on trempe). Beis Hillel tranchent que la hachaka est bien efficace. À leurs yeux, les différences de température ou de goût ne divisent pas l'eau en espèces distinctes : chaude ou froide, douce ou amère, tout cela reste de l'eau, et le contact entre les deux masses les unifie.
Un récipient rempli d'autres liquides
La michna passe maintenant à un cas voisin : "kli chehou malei machkin v'hitvilo, k'ilou lo taval" (un récipient rempli de liquides que l'on a immergé, c'est comme s'il n'avait pas été immergé). Il s'agit d'un récipient rempli de liquides autres que de l'eau et que l'on a plongé dans un mikvé. Puisque la hachaka n'existe pas pour les autres liquides, ceux qui se trouvent à l'intérieur du récipient ne se joignent jamais à l'eau du mikvé. Ils demeurent donc en place comme une 'hatsitsa, une barrière qui sépare l'eau du mikvé de la paroi même du récipient, et l'immersion n'accomplit rien.
"Malei mei raglayim, ro'in osam k'ilou hein mayim" (s'il est rempli d'urine, on la considère comme si c'était de l'eau). Si le récipient est rempli d'urine, la halacha est différente. L'urine n'est essentiellement que de l'eau qui a changé de couleur, et on la considère donc comme de l'eau. La hachaka est par conséquent possible dans un tel cas, et l'immersion est efficace.
Un récipient rempli de mei 'hatas
"Malei mei 'hatas" (s'il est rempli de mei 'hatas) : et si le récipient est rempli de mei 'hatas, cette eau de source dans laquelle on a mis l'éfer, la cendre de la Para Adouma ? On aurait pu supposer que, s'agissant là aussi fondamentalement d'une solution aqueuse, elle se joindrait à l'eau du mikvé. La halacha dit le contraire. Vu le statut particulier et le caractère unique des mei 'hatas, cette eau conserve son identité propre et fait office de 'hatsitsa : elle ne se fond donc pas dans l'eau du mikvé.
Suit une condition : "ad cheyirbou hamayim al mei 'hatas" (jusqu'à ce que l'eau soit plus abondante que les mei 'hatas). Si l'on verse de l'eau ordinaire jusqu'à ce qu'elle dépasse en quantité les mei 'hatas contenus dans le récipient, les mei 'hatas sont annulés dans la quantité plus grande. Dès lors, l'immersion vaut comme une hachaka valable, et le liquide qui se trouve dans le récipient accède à la tahara.
Rebbi Yossé tranche plus sévèrement : selon lui, les mei 'hatas ne sont jamais susceptibles d'annulation. "Rebbi Yossé omeir, afilou kli ma'hzik kor v'ein bo ela revi'is, k'ilou lo taval" (Rebbi Yossé dit : même un récipient d'une contenance d'un kor qui ne contient qu'un révi'is, c'est comme s'il n'avait pas été immergé). Prenons un récipient dont la contenance est un kor, soit trente séa, et qui ne contient pas plus qu'un révi'is de mei 'hatas. Malgré cela, la tevila ne compte pour rien. Aucune hachaka ne relie son contenu au mikvé, et la touma demeure sur lui.