Mikvaos, chapitre 5, michna 5. Ce chapitre fait le tri entre les différentes étendues d'eau naturelles et demande, pour chacune, quelles lois s'y appliquent : celles d'un mikvé, c'est-à-dire un rassemblement d'eau de pluie, ou celles d'un maayan, une source. Notre michna pose la règle de base concernant l'eau qui s'écoule, par opposition à l'eau qui s'est accumulée grâce à la pluie, puis elle traite d'un problème très concret : un mikvé qui commence à fuir.
Eau qui coule et eau qui suinte
Les premiers mots sont "hazochlin kemaayan" : une eau qui coule d'elle-même, un fleuve par exemple, est régie par les règles qui s'appliquent à une source. Deux conséquences en découlent. D'abord, une telle eau est efficace bechol chehou, elle purifie quelle que soit la quantité présente, même minime. Ensuite, elle convient dans tous les cas où la Torah exige de l'eau de source : l'immersion d'un zav, la purification d'un métsora, la préparation des eaux de la para adouma, et les autres situations de ce type.
Vient ensuite "vehanotfin kemikvé" : la pluie qui ruisselle goutte à goutte et se rassemble dans un creux du sol est régie, elle, par les règles d'un mikvé, et elle ne purifie qu'à partir du moment où quarante séa s'y sont accumulées. La michna distingue donc deux catégories : une étendue d'eau qui s'est formée d'elle-même et qui s'écoule d'elle-même, face à une eau dont toute l'existence est due à de la pluie qui s'est trouvée s'accumuler en un seul endroit.
Le témoignage de Rabi Tsadok
Que se passe-t-il lorsque les deux se mélangent ? La michna rapporte un témoignage : "heïd Rabi Tsadok al hazochlin cherabou al hanotfin cheheim kecheirim" : lorsque de l'eau de pluie s'est écoulée dans une étendue d'eau formée naturellement dans le sol, et que la majorité de l'eau est l'eau naturellement courante qui porte le statut d'un maayan, l'eau conserve son statut d'origine. Elle est valable, et elle reste zochlin, purifiant même pendant qu'elle s'écoule.
Un mikvé qui se met à fuir
Le cas inverse est celui de "hanotfin cheassaan zochlin" : nous avons un mikvé constitué d'eau de pluie rassemblée, et voici qu'une fissure s'ouvre dans l'une de ses parois et que l'eau commence à s'écouler. Or un mikvé ne purifie qu'en tant qu'achboren, une eau stagnante. La question devient donc : comment peut-on bloquer l'écoulement afin de rendre au mikvé son statut d'eau immobile ?
La décision de Rabi Tsadok est remarquablement indulgente : "somech afilou makel, afilou kané, afilou zav vezava" : on peut caler la brèche avec un bâton, ou avec un roseau, et même un zav ou une zava peuvent placer un doigt dans la paroi pour arrêter l'eau. Bien qu'un zav et une zava soient eux-mêmes témé'im, ils peuvent retenir l'écoulement, et de ce fait l'eau redevient achboren. Ensuite, dit la michna, la personne tamé "yored vetovel", descend et s'immerge. Telle est l'opinion de Rabi Yehouda, divrei Rabi Yehouda, qui n'est pas gêné par le fait d'utiliser un objet tamé pour empêcher l'eau de s'écouler.
Une question des méfarchim
Les méfarchim soulèvent une difficulté évidente. Nous avons une règle selon laquelle un mikvé ne peut pas se constituer au moyen de quelque chose qui est mekabel toum'a, un objet susceptible de recevoir la toum'a. Ici, pourtant, il semble bien que nous maintenions la validité du mikvé précisément grâce à un tel objet.
Leur réponse est qu'il existe une différence fondamentale entre former un mikvé et en conserver un. Lorsqu'on crée un mikvé et qu'on y amène l'eau au départ, cette havaya ne peut pas se réaliser par l'intermédiaire d'un objet qui est mekabel toum'a. Dans notre michna, en revanche, on n'amène rien du tout : on empêche seulement de s'écouler une eau qui se trouve déjà là. Dans ce cas, Rabi Yehouda est indulgent et autorise même un objet susceptible de recevoir la toum'a.
L'avis de Rabi Yossi
La michna se termine sur une voix divergente. "Rabi Yossi omer : kol davar chehou mekabel toum'a ein mazchilin bo" : Rabi Yossi n'est pas d'accord avec Rabi Yehouda et estime qu'on ne peut pas retenir la fuite avec quoi que ce soit qui est mekabel toum'a, car à ses yeux cela contrevient également au principe selon lequel le statut d'un mikvé ne peut pas être produit par un objet susceptible de recevoir la toum'a.