Mikvaos, chapitre 2, michna 5. Nous sommes toujours dans le sujet qui traverse tout ce chapitre : la règle selon laquelle trois lugin de mayim ché'ouvim, de l'eau qui est passée par un récipient, ruinent un mikvé s'ils y arrivent alors qu'il n'a pas encore ses quarante so'im de mei guéchamim, d'eau de pluie. Dès que quarante so'im complets d'eau de pluie valable s'y trouvent, l'eau puisée ne peut plus le gâter. Chaque cas dépend donc de deux choses : le moment où l'eau puisée est arrivée, et le fait de savoir si elle est tout simplement considérée comme jointe au mikvé. Dans notre michna, ces deux points restent tous les deux incertains.
Le cas
Imaginons une fosse creusée pour servir de mikvé, avec des parois en pente. Le long de l'une de ces parois se trouvent de petites poches, des renfoncements dans la roche ou dans la terre, situés l'un au-dessus de l'autre. Chacun de ces creux contient déjà de l'eau qui était auparavant dans un récipient, c'est-à-dire du mayim ché'ouvim, et chacun en contient exactement un log. Trois de ces creux réunis contiennent donc trois lugin d'eau puisée.
Les mots de la michna : « Mikvé chéyéch bo chaloch goumos chel mayim ché'ouvim chel log log », un mikvé dans lequel se trouvent trois renfoncements d'eau puisée, un log dans chacun. Voici que l'eau de pluie commence à couler à l'intérieur et que le mikvé se remplit. À mesure que le niveau monte, l'eau atteint le premier creux et se joint à son log d'eau puisée, puis le deuxième, et finalement le troisième. À chaque étape de ce processus, la question est la suivante : quelle quantité d'eau de pluie valable se trouvait déjà dans le mikvé au moment où le troisième log s'y est joint ?
La décision du Tanna Kamma
« Im yadoua' chénafal letokho arba'im séa mayim kechéros ad chélo higuia lagouma hachelichis, kacher. » S'il est connu que quarante so'im d'eau de pluie valable s'étaient déjà rassemblés dans le mikvé avant que le niveau de l'eau n'atteigne le troisième renfoncement, le mikvé est kacher. À ce moment-là, seuls deux lugin d'eau puisée s'étaient joints au mikvé, et deux lugin ne le rendent pas invalide. Lorsque le troisième log a été absorbé, le mikvé contenait déjà ses quarante so'im et ne pouvait plus être gâté par de l'eau puisée.
« Ve'im lav, passoul. » Mais s'il ne peut pas l'établir, s'il n'a aucun moyen de savoir si les quarante so'im étaient complets avant que l'eau ne dépasse la ligne du creux le plus haut, le mikvé est invalide. Car il est bien possible que les trois renfoncements aient déjà été atteints et que leurs eaux se soient jointes au corps du mikvé alors qu'il contenait encore moins de quarante so'im. Dans ce cas, le mikvé contenait trois lugin complets d'eau puisée à un moment où il était encore vulnérable, et il est passoul.
La position divergente de Rabbi Chim'on
« VeRabbi Chim'on mach'hir, mipné chéhou kemikvé samoukh lemikvé. » Rabbi Chim'on déclare le mikvé valable. Son raisonnement : puisque ces poches se trouvent sur le côté, réparties le long de la paroi et ne faisant pas partie du bassin lui-même, les trois lugin qu'elles retiennent ont le statut d'un mikvé situé à côté d'un autre mikvé. Dans un tel cas, nous n'évaluons que l'eau rassemblée dans le mikvé proprement dit, et nous n'avons pas à nous préoccuper de l'eau puisée qui se tient à côté de lui, dans la paroi.
Considérer un mikvé comme se tenant à côté d'un autre n'est pas une idée que Rabbi Chim'on a inventée de lui-même. Les 'hakhamim la reconnaissent également, et elle reviendra dans des michnayos plus loin. Ce qui les sépare ici, c'est uniquement de savoir si elle peut s'appliquer à cette configuration précise. Selon les 'hakhamim, non : toute l'excavation forme un seul creux que l'eau de pluie est en train de remplir, de sorte que tout renfoncement dans ses parois qui contient de l'eau puisée est mitstaref, compté avec l'eau du mikvé lui-même. Selon cette approche, les trois lugin sont effectivement entrés, et le mikvé est passoul. Rabbi Chim'on raisonne autrement : puisque l'eau puisée ne disqualifie que dérabbanan, un cas limite de ce genre peut être tranché en traitant les renfoncements comme un mikvé à part entière posé à côté du mikvé principal, et le mikvé reste apte à l'usage.
Ainsi, la michna nous laisse avec un mikvé dont la validité dépend d'une seule mesure dans une paroi, et avec un désaccord sur le poids à accorder à une rigueur rabbinique lorsque l'eau puisée se tient sur le bord plutôt qu'au centre.