Mikvaos, chapitre 5, michna 4. Ce chapitre passe en revue les différentes étendues d'eau naturelles qui existent dans le monde et pose à propos de chacune la même question : quel corps de lois suit-elle ? Est-elle un mikveh, une accumulation d'eau de pluie, ou bien un ma'ayan, une source ? Notre michna en arrive aux plus vastes étendues d'eau de toutes : les mers et les océans.
Tout repose ici sur un verset de la parachas Béréchis. Lorsque les eaux du monde ont été rassemblées, la Torah nous apprend qu'un nom leur a été attribué : "oul'mikveh hamayim kara yamim", les eaux rassemblées ont été appelées mers. Nos Chazal y ont vu bien plus qu'une simple appellation. Le possouk place le mot mikveh à côté du mot yamim, et de ce rapprochement ils ont déduit qu'une mer participe du statut halakhique d'un mikveh. Reste à savoir de quoi exactement elle participe : c'est précisément ce que les michnayos qui suivent viennent définir.
L'avis de Rabi Meir
La michna commence : "kol hayamim k'mikveh", toutes les mers ont le statut d'un mikveh. Quelle que soit l'étendue d'eau dont nous parlons, la Méditerranée, l'Atlantique, le Pacifique, sa halakha est celle d'une accumulation d'eau de pluie. Deux conséquences pratiques en découlent. D'abord, elle est eino metaheir bezochlin : elle ne purifie pas tant que l'eau est en mouvement, si bien que l'eau qui s'écoule de la mer ne peut servir à la tevila. Ensuite, elle n'a pas le statut de mayim chayim, d'eau vive. Quant à l'exigence de quarante séa, la question ne se pose évidemment pas, puisqu'une mer en contient plusieurs fois la mesure.
Et la source ? "Chene'emar oul'mikveh hamayim kara yamim" : le possouk lui-même rattache le mot mikveh au mot yamim, donc une mer doit être traitée comme un mikveh. Cela, nous dit la michna, ce sont divrei Rabi Meir, l'opinion de Rabi Meir.
L'avis de Rabi Yehouda
"Rabi Yehouda omer : hayam hagadol k'mikveh". Rabi Yehouda restreint considérablement la règle. Seule la Grande Mer a le din d'un mikveh. Qu'est-ce qui la distingue ? C'est la mer dans laquelle toutes les autres étendues d'eau finissent par se déverser. L'identification faite par le possouk entre un mikveh et yamim a été dite à propos de cette mer exclusivement. Toute autre mer, et toute autre accumulation naturelle d'eau dans le monde, relève au contraire des lois du ma'ayan.
Rabi Yehouda trouve cette distinction dans la formulation précise du verset. La Torah n'a pas écrit le mot au singulier ; elle a écrit yamim, au pluriel, et ce pluriel désigne une mer qui contient en elle "minei yamim harbei", de nombreuses sortes de mers. Seule la mer qui recueille les eaux de toutes les autres répond à une telle description.
L'avis de Rabi Yossi
"Rabi Yossi omer : kol hayamim metaharin bezochlin". Rabi Yossi soutient que toutes les mers purifient même lorsque leur eau s'écoule, car elles portent essentiellement la halakha d'un ma'ayan. Si tel est le cas, que vient donc enseigner la Torah en appelant les rassemblements d'eau yamim ? Ceci : "oufsoulim lezavin oul'metzoraim oul'kadech meihem mei chatas", les mers sont invalides pour un zav, pour un metzora, et pour la sanctification des eaux de la parah adoumah. Dans chacun de ces trois domaines, la Torah exige de l'eau de source vive, mayim chayim, et le possouk vient disqualifier la mer en enseignant que son eau n'a pas le statut de mayim chayim.
Mais pour toutes les autres halakhos du ma'ayan, à savoir qu'il est valable même avec moins de quarante séa et qu'il purifie tant que l'eau court, Rabi Yossi tient qu'une mer est traitée comme un ma'ayan à part entière.