Mikvaos, chapitre 4, michna 1. Ce chapitre aborde l'un des sujets centraux de tout le massé'hess : les mayim cheouvim, l'eau puisée. Nous avons déjà vu qu'un mikvé qui n'a pas encore atteint sa mesure complète de quarante séa d'eau de pluie est ruiné si trois loguin de mayim cheouvim y tombent. Ce qui confère exactement à l'eau le statut de cheouvim, voilà le thème que les michnayos à venir vont développer.
Un point est toutefois déjà acquis : l'eau ne devient eau puisée que lorsqu'elle a été reçue à l'intérieur d'un keli, un récipient doté d'un beis kiboul, une cavité creuse destinée à contenir de l'eau ou à contenir autre chose. La question que traite notre michna est celle-ci : que se passe-t-il lorsque de l'eau s'accumule dans un tel récipient, mais sans que son propriétaire ait voulu le remplir ?
Toutes sortes de récipients
La michna commence ainsi : « Hamania'h kélim ta'hass hatsinor », celui qui place des récipients sous la gouttière. Imaginons un homme qui ne veut pas que l'eau ruisselant de son toit se répande dans sa cour : il installe donc un seau, une bassine ou une marmite sous le bec pour la recueillir. À cet instant, son intention ne saurait être plus claire : il veut que ce récipient se remplisse.
La michna souligne ensuite l'ampleur de cette halakha. « E'had kélim guedolim », que les récipients soient énormes. Dans les lois de toumah, nous apprenons qu'un récipient dont la cavité contient plus de quarante séa n'est pas mekabel toumah, il ne peut pas devenir tamé. Cette indulgence appartient uniquement à Hilkhos Toumah ; pour les mayim cheouvim, la taille n'a aucune importance, et l'eau réunie dans un récipient aussi vaste est pleinement de l'eau puisée.
« Ve'e'had kélim ketanim », et que les récipients soient minuscules. Une cavité trop petite pour contenir ne serait-ce que l'huile nécessaire à enduire le plus petit membre d'un nouveau-né n'est pas du tout comptée comme un keli en matière de toumah. Pour les cheouvim, c'est bel et bien un keli.
« Afilou klei guelalim, klei avanim », et même des récipients façonnés dans de la bouse d'animal ou taillés dans la pierre, « klei adama », ou formés de simple terre. Aucun de ces matériaux n'est mekabel toumah. Pourtant, puisque chacun d'eux possède une cavité qui retient le liquide, la michna enseigne « posslin ess hamikvé » : toute eau qui s'y rassemble est de l'eau puisée et ruine le mikvé.
Poser et oublier
À ce stade, la michna présente sa ma'hlokess : « e'had hamania'h ve'e'had hachoké'ah », aussi bien celui qui a posé le récipient que celui qui l'a laissé là et l'a oublié. Quel est le cas de l'oubli ? Il a placé le seau sous le bec avec l'intention de recueillir l'écoulement, le ciel est resté sec, et le récipient lui est complètement sorti de l'esprit. Quinze jours ont passé, la pluie est enfin tombée, et le seau s'est rempli tout seul.
Beis Chamaï soutient que cette eau est cheouvim. Sa mise en place initiale a été faite lada'as, en pleine intention, et cette intention n'a jamais été annulée. Le temps a passé et il a cessé de penser au récipient, mais l'oubli à lui seul ne défait pas ce qu'il avait entrepris, et l'eau qui s'y est accumulée est de l'eau puisée, « kedivrei Beis Chamaï ».
« Ou'Veis Hillel metaharin bechoké'ah. » Beis Hillel tranche que lorsqu'il a oublié le récipient et que celui-ci ne s'est rempli qu'ensuite, l'eau n'est pas cheouvim. Dès lors que la chose lui est sortie de l'esprit, l'intention initiale a été ébranlée, et aucune intention nouvelle n'est venue la remplacer. Le récipient est donc considéré comme « nismalé chelo lada'as », rempli sans intention.
Rebbi Meïr et Rebbi Yossi
Rebbi Meïr rapporte que l'affaire est allée plus loin : « nimnou », on a compté les talmidim des deux écoles, ceux de Beis Chamaï soutenant que l'eau du récipient oublié est cheouvim, face à ceux de Beis Hillel qui tenaient qu'elle ne l'est pas. Une fois le décompte établi, « rabou Beis Chamaï », le camp de Chamaï s'est révélé le plus nombreux. En vertu de cette majorité, la halakha dans le cas de l'oubli est que l'eau compte comme puisée et rend le mikvé invalide.
Rebbi Meïr ajoute une seconde décision : « oumodim », Beis Chamaï concède « bechoké'ah ba'hatser », dans le cas où le récipient a été oublié en pleine cour et non directement sous le bec. Quand un homme place un seau sous la gouttière, son but est inscrit dans tout le dispositif, et son oubli ultérieur ne peut pas déraciner cette kavana initiale. Mais un récipient posé au milieu de la cour, sans aucune gouttière au-dessus, n'a jamais manifesté la moindre intention de recueillir de l'eau. Dans un tel cas, « chehou tahor » : l'eau qui s'y est accumulée ne devient pas cheouvim, et elle reste une eau valable pour un mikvé.
Il vaut la peine de rappeler ici ce que nous avons appris plus tôt : il existe des manières prescrites de tirer et d'évacuer l'eau d'un récipient afin qu'elle ne devienne pas cheouvim par la suite.
Rebbi Yossi rejette entièrement le rapport de Rebbi Meïr. Selon lui, aucun décompte n'a jamais eu lieu ; au contraire, « adayin ma'hlokess bimekomah omédess », le débat reste non tranché et aucune majorité n'a jamais été dégagée. Il en découle qu'un récipient oublié sous le bec est jugé selon Beis Hillel et que son eau est valable, conformément au principe général qui s'applique à toute ma'hlokess non tranchée entre les deux écoles.