Meilah, chapitre 3, michna 8. Tout ce chapitre trace les limites de la me'ila : quels objets consacrés entraînent la pleine responsabilité de la Torah pour usage détourné du hekdech, et lesquels ne sont interdits que par décret rabbinique. Notre michna ajoute deux cas : un nid d'oiseau posé dans un arbre consacré, et une forêt ainsi que les poutres achetées pour le Beit Hamikdach.
Un nid dans un arbre consacré
« Ken cheberoch ha'ilan chel hekdech » : un oiseau a construit son nid au sommet d'un arbre qui avait été consacré au Beit Hamikdach. Le nid lui-même, en revanche, n'est pas fait de cet arbre. L'oiseau a ramassé ses brindilles ailleurs, sur des arbres qui n'ont jamais été consacrés.
La règle est « lo nehenin velo mo'alin » : on ne doit pas tirer profit du nid, mais celui qui en tire profit n'a pas transgressé l'interdit de me'ila. Les deux volets de cette décision découlent d'un même fait. Puisque les brindilles n'ont jamais été consacrées, il n'y a ici aucun usage détourné du hekdech au niveau de la Torah, donc pas de me'ila. Les 'hakhamim ont malgré tout interdit de profiter du nid, de peur qu'une personne ne fasse pas la différence entre ces brindilles venues du dehors et les branches de l'arbre consacré lui-même, qui, elles, sont réellement interdites.
Un nid dans une achéra
« Chebe'achéra » : imaginons maintenant ce même nid, toujours tissé de brindilles non consacrées, perché au sommet d'une achéra, un arbre idolâtre qui a servi d'objet de culte païen. La michna tranche : « yatiz bekané », on fait tomber le nid à l'aide d'un bâton, puis on le ramasse. Ce qui est exclu, c'est de grimper pour aller le chercher. Tout profit tiré de l'avoda zara est interdit, et s'appuyer de tout son corps sur le tronc et les branches en montant constitue précisément un tel profit. Le nid reste donc accessible, à condition de ne pas se faire servir par l'arbre pour le prendre.
Pourquoi les deux cas diffèrent
Remarquons le contraste. Pour le hekdech, les sages ont fermé la porte entièrement : aucun profit du nid. Pour l'avoda zara, qui est une sévérité de la Torah elle-même, ils ont permis de prendre le nid et n'ont interdit que l'escalade. Comment expliquer cet allègement dans le domaine le plus grave ?
La réponse tient au comportement réel des gens. À l'égard de l'avoda zara, on savait parfaitement que tout profit est interdit, et l'on se tenait instinctivement à distance d'une achéra. Les 'hakhamim n'avaient donc pas grand-chose à craindre d'une permission étroite : ils ont autorisé à faire tomber le nid et à s'en servir. À l'égard du hekdech, ils redoutaient une autre tendance humaine : donnez à quelqu'un une petite ouverture, et il risque d'en prendre bien davantage. Une fois qu'on profite de ce qui se trouve au sommet d'un arbre consacré, on en viendra peut-être à profiter de l'arbre lui-même. Ici, les sages ont donc décidé que rien de ce qui touche à l'arbre consacré ne peut être utilisé.
Consacrer une forêt
« Hamakdich et ha'horech, mo'alin bekhoulo » : lorsqu'une personne consacre un bois au Beit Hamikdach, la consécration atteint chacune de ses parties. Les arbres sur pied, le feuillage et tout bois qui traîne au sol relèvent de la loi de me'ila. Puisqu'il a déclaré le bois hekdech dans sa totalité, rien à l'intérieur n'a été mis de côté ni réservé.
Les poutres achetées par les trésoriers
« Haguizbarin chelak'hou et ha'etsim, mo'alin ba'etsim » : ici, les guizbarim, les responsables à qui sont confiés les fonds du Beit Hamikdach, ont acheté du bois dans une forêt qui n'avait jamais été consacrée, et ils l'ont acheté afin d'en faire des poutres. Ce bois-là relève bien de la me'ila, c'est-à-dire le bois destiné à servir de matériau de construction.
« Ve'ein mo'alin lo bachipouï velo banevia » : les copeaux qui se détachent quand on rabote le bois, ainsi que le feuillage, sont exempts de me'ila. Tout dépend de l'objet de l'achat. Les guizbarim avaient les poutres en vue lorsqu'ils ont payé, c'est-à-dire uniquement ce dont la construction avait réellement besoin dans chaque arbre. Ce qui ne sert en rien à la poutre n'a jamais fait partie de ce qu'ils ont acquis pour le compte du Beit Hamikdach, et l'on peut donc en profiter librement.