Meïla, chapitre 3, michna 5. Ce chapitre revient sans cesse à une même question : quels biens sont véritablement « kodché Hachem », propriété du Hekdech au sens plein, si bien qu'en tirer profit constitue une transgression réelle de meïla, et quels biens ne portent qu'une interdiction rabbinique de jouissance. Notre michna applique cette question aux produits dérivés : le lait que donne un animal consacré et les œufs que pond un oiseau consacré.
La michna commence par deux produits dérivés : « 'halav hamoukdachine ouvetsé torine », ce qu'un animal consacré fournit lorsqu'on le trait et ce que produisent des tourterelles consacrées lorsqu'elles pondent. À leur sujet, la règle est « lo néhénine velo moaline » : en tirer profit est interdit, mais celui qui en a tiré profit n'a pas commis de meïla. Cette formule couplée est la manière habituelle qu'a la michna de désigner une interdiction qui n'a pour racine que la loi rabbinique. Ces biens ne peuvent pas être utilisés, mais la loi torahique de meïla, avec tout ce qui en découle, ne les atteint pas.
Uniquement pour les kodché mizbéa'h
La michna restreint aussitôt la portée de ce qu'elle vient d'énoncer : « bamé devarim amourim bekodché mizbéa'h ». Cette règle n'a été dite que là où la consécration a été faite en vue d'un korban sur le mizbéa'h. Dans un tel cas, l'animal porte une kedouchat korban. Or le lait et les œufs ne sont jamais placés sur le mizbéa'h, et la sainteté d'un korban ne peut atteindre ce qui n'est pas apte à être offert. Puisqu'ils n'entrent jamais dans la catégorie des kodché Hachem, il n'y a pas de meïla à leur sujet.
Les kodché bedek habayit
Vient maintenant l'autre versant : « aval bekodché bedek habayit », là où la consécration a été faite au profit de la caisse d'entretien du Beit Hamikdach, la halakha s'inverse. « Hikdich tarnegolet, moaline bah ouveveitsatah. » Celui qui a consacré une poule pour bedek habayit peut transgresser la meïla par l'oiseau et tout autant par les œufs qu'elle pond. « 'Hamor, moaline bah ouve'halavah. » Que l'on consacre une ânesse, et la meïla est possible avec l'animal comme avec le lait qu'elle donne.
Qu'est-ce qui explique ce renversement ? Personne n'imagine une poule ou une ânesse intégrée à la maçonnerie du Sanctuaire. Ici, la consécration porte sur leur valeur et non sur leur corps : l'animal est destiné à la vente, et le prix qu'il rapporte est remis pour l'entretien du Mikdach. Puisque tel est le sens de cette consécration, les œufs et le lait se trouvent exactement sur le même plan que l'animal qui les a produits. Eux aussi sont vendables, et ce qu'ils rapportent appartient tout autant à bedek habayit.
Le principe
Une seule idée sous-tend les deux moitiés de la michna. Là où un animal est désigné pour le mizbéa'h, ce qui repose sur lui est une kedouchat korban, et ce type de sainteté ne peut saisir que ce qui est susceptible d'être offert. Comme le lait et les œufs ne monteront jamais sur le mizbéa'h, ils n'accèdent jamais au statut de kodché Hachem, et la meïla à leur sujet est impossible. Là où un animal est désigné pour bedek habayit, ce qui a été consacré est sa valeur monétaire, et le produit dérivé n'est rien d'autre qu'un surcroît de cette valeur. Le lait et les œufs sont des fonds dus au Hekdech ; ils sont donc kodché Hachem, et celui qui en tire profit a transgressé la meïla.