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Meïla, chapitre 6, michna 1 : l'émissaire qui a accompli sa mission

Meïla, chapitre 6, michna 1. Jusqu'ici, la massekhet a traité de celui qui tire lui-même profit du hekdech. Ce chapitre aborde une autre question : que se passe-t-il lorsque le profit passe par un tiers, un émissaire envoyé accomplir une tâche pour le compte de celui qui l'a mandaté ? Qui porte la meïla, le mandant ou le messager ?

Deux principes qui s'opposent

La halakha connaît la règle de « chlou'ho chel adam kemoto », l'émissaire d'une personne tient sa place. Lorsque quelqu'un en désigne un autre pour accomplir un acte à sa place et que l'émissaire l'accomplit, l'acte est porté au compte du mandant. L'émissaire n'est que son prolongement, son représentant.

À côté de cela se dresse un principe qui pointe dans la direction inverse : « ein chalia'h lidvar avéra », la représentation ne fonctionne pas dans le domaine de la faute. Si l'on envoie quelqu'un transgresser et qu'il part transgresser, la culpabilité s'attache à celui dont les mains ont accompli l'acte, non à celui qui a donné l'ordre. Pourquoi ? Parce que le messager avait pleinement la possibilité de refuser. Sa réponse aurait dû être qu'il n'accepte pas ce genre de mission. Ayant choisi d'agir, la faute devient la sienne, et c'est à son compte qu'elle est portée.

Notre michna enseigne comment ces principes s'appliquent dans les lois de la meïla.

La meïla fait exception

« Hachalia'h chéassa chli'houto » : lorsqu'un messager a accompli exactement la tâche qui lui avait été confiée, et que cette tâche s'est trouvée impliquer l'usage de hekdech, la règle est « baal habayit maal ». C'est le mandant qui a transgressé la meïla ; aucun 'hiyouv ne pèse sur le messager.

À première vue, cela contredit le principe que l'on vient d'établir. Détourner du hekdech est assurément une faute, et l'on aurait donc supposé que la représentation échoue ici aussi. Mais la meïla se tient en dehors de cette règle. Concernant la meïla, la Torah enseigne que tout ce qu'a fait le messager est porté au compte de celui qui l'a envoyé, et la culpabilité revient au mandant. Un passouk est la source de cette exception.

« Lo assa chli'houto, hachalia'h maal » : si le messager s'écarte de ce qui lui avait été précisément demandé, la meïla lui revient. Dès l'instant où il sort de son mandat, il cesse d'être le bras du mandant. Ce qu'il a fait, il l'a fait de sa propre initiative, et une personne répond toujours de ce qu'elle fait de sa propre initiative.

Viande et foie

La michna donne l'exemple d'une mission mal exécutée. « Keitsad ? » De quelle manière ? Le maître de maison a ordonné : « Ten bassar laor'him », sers de la viande aux invités, et ce que le messager leur a présenté, c'est du foie, « venatan lahem kaved ». Ou bien l'inverse : la consigne était « Kaved », du foie, et c'est de la viande qui est sortie, « venatan lahem bassar ».

Dans les deux cas, tant que personne parmi les intéressés ne savait que la nourriture était consacrée, la michna tranche « hachalia'h maal ». La meïla appartient au messager. Puisque la mission n'a pas été accomplie telle qu'elle avait été confiée, l'acte s'attache à lui seul, et le mandant en est écarté.

Quand tout le monde est responsable

Le cas suivant produit une meïla à trois niveaux. « Amar lo : ‘Ten lahem 'hati'ha 'hati'ha' », le maître de maison a dit à son émissaire de donner à chaque invité un seul morceau. « Vehou amar : ‘Tilou chtayim chtayim' », mais l'émissaire a annoncé aux invités que chacun devait en prendre deux. « Vehem natlou chaloch chaloch », et les invités n'en ont même pas tenu compte et en ont pris trois chacun.

À supposer qu'aucun d'eux ne savait que la viande était hekdech (et cela mérite d'être répété : la meïla ne s'applique qu'à un usage non intentionnel, où celui qui profite ignore la sainteté), alors « koulan maalou », tous ont commis une meïla : le maître de maison, l'émissaire et les invités. La michna répartit morceau par morceau :

  • Le premier morceau est porté au compte du baal habayit. Pour ce morceau, l'émissaire transmettait fidèlement ses instructions, si bien que l'acte a transité par lui jusqu'à son mandant. Le maître de maison a dit un morceau ; les invités ont effectivement pris un premier morceau, et ils l'ont pris sur la parole de l'émissaire. Ce morceau est la meïla du maître de maison.
  • Le deuxième morceau est porté au compte de l'émissaire. Il était autorisé à transmettre un morceau et il leur en a annoncé deux. Cet ajout est de son fait, sous sa propre a'hrayout, donc le deuxième morceau est sa meïla.
  • Le troisième morceau est porté au compte des invités. Personne ne leur a dit de le prendre. Ils l'ont pris d'eux-mêmes, ils en répondent donc eux-mêmes.

Des pièces de la niche ou du coffret

Un dernier cas de figure. Le maître de maison envoie son messager chercher de l'argent : « Havé li min ha'halon », rapporte-m'en de la niche de la fenêtre, ou « min hagelouskema », du coffret, et fais-en un achat. Le messager revient avec de l'argent, « vehévi lo », et les pièces se révèlent être du hekdech, prises dans l'une de ces niches ou de ces coffrets, l'achat ayant déjà été effectué avec elles.

Or, même si le maître de maison proteste après coup : « Lo haya belibi ella mizé » (mon intention ne portait que sur celui-ci), c'est-à-dire que c'est telle niche précise ou tel coffret précis qu'il avait en tête, « vehévi mizé », alors que son messager a puisé dans l'autre, la règle demeure : « baal habayit maal ». La responsabilité de la meïla incombe au mandant dès l'instant où l'argent a été dépensé. Une intention jamais formulée n'a aucun poids en halakha. Mesurée aux paroles qui sont effectivement sorties de sa bouche, la mission a été fidèlement accomplie ; l'acte est donc porté au compte de celui qui a envoyé, et le 'hiyouv repose sur ses épaules.

Lorsque la consigne était précise, en revanche, le résultat s'inverse. « Aval im amar lo : ‘Havé li min ha'halon' » : le maître de maison a nommé la niche de la fenêtre, et son messager est revenu avec des pièces de hekdech prises dans le coffret, « vehévi lo min hagelouskema ». Ou l'inverse : c'est le coffret qui a été nommé, « o ‘Min hagelouskema' », et le messager a puisé dans la niche de la fenêtre, « vehévi lo min ha'halon ». Dans les deux cas, la michna tranche « hachalia'h maal ». S'étant écarté de ce qui lui avait été dit, le messager porte lui-même la meïla.