Machshirin, chapitre 5, michna 6. Tout ce chapitre tourne autour d'une même question : à partir de quand considère-t-on que l'eau est venue sur un aliment avec l'accord de son propriétaire ? L'eau ne rend un aliment susceptible de contracter la toumah que si elle arrive « bekhi youtan », c'est-à-dire d'une manière qui convient au propriétaire, et une grande partie du chapitre examine des situations de la vie courante où une personne mouille quelque chose alors que son véritable intérêt se trouve ailleurs. Notre michna traite précisément d'un cas de ce genre : un ouvrier qui bat une peau de bête trempée d'eau.
« Ha'hovèt al hachéla'h 'houts lamayim, bekhi youtan. » Un chéla'h est une peau qui a encore son poil. Représentons-nous l'ouvrier : il vient de rincer la peau dans un cours d'eau, et voici qu'il lève un bâton et la frappe pour faire sortir l'humidité que le cuir a absorbée. Lorsqu'il la bat à l'écart de l'eau, les gouttes qui jaillissent sont bekhi youtan. La raison est simple : le but même de ses coups est de faire sortir cette humidité, et son départ lui convient donc parfaitement. C'est le parallèle exact de la règle vue plus haut au sujet de celui qui secoue un arbre afin que l'eau posée dessus tombe. Une eau dont l'homme désire la sortie est une eau capable de servir de hekhsher lekabel toumah.
« Vetokh hamayim, einan bekhi youtan. » Changeons maintenant un seul détail : la peau se trouve encore dans l'eau pendant qu'il la bat. Ici, la michna tranche que l'eau n'est pas bekhi youtan. Puisque la peau demeure immergée, toute eau qu'il en fait sortir est aussitôt remplacée par l'eau qui l'entoure ; la peau ne devient donc pas plus sèche. Il est clair, dès lors, que son intérêt ne porte pas du tout sur l'eau. Ce qu'il veut, c'est décoller la saleté. L'eau n'est ici qu'accessoire, et une eau qui sort dans de telles conditions ne peut rendre quoi que ce soit susceptible de contracter la toumah.
« Rabi Yossé omèr : af tokh hamayim bekhi youtan, mipnei chemitkavein cheyetsé ima tsoa. » Rabi Yossé n'est pas d'accord. Même quand la peau est battue dans l'eau, il soutient que l'eau est bekhi youtan, car l'homme a bien un intérêt à ce que cette eau s'en aille : il veut que la crasse sorte avec elle. L'eau qui est dans la peau et autour d'elle est devenue sale, et son objectif est de chasser cette eau souillée afin qu'une eau fraîche et propre prenne sa place et que le lavage puisse se poursuivre. Puisqu'il veut le déplacement de cette eau, celle-ci est apte à servir de hekhsher.
Il vaut la peine de préciser sur quoi porte exactement le désaccord. Si nous savons effectivement que le projet de cet ouvrier était de chasser l'eau sale pour la remplacer, il est probable que même le Tanna Kama admettrait que l'eau est bekhi youtan et rend les aliments susceptibles de contracter la toumah. La discussion concerne en réalité le cas ordinaire, non précisé, où nous n'avons aucune information sur ce que l'ouvrier avait en tête. Rabi Yossé estime que l'intention habituelle, que l'on présume, est de faire sortir l'eau : elle est donc bekhi youtan. Le Tanna Kama présume l'inverse : un homme qui bat une peau dans l'eau ne pense qu'à la saleté.
Quant à la halakhah, le Rav écrit que l'on ne tranche pas comme Rabi Yossé. Une peau battue alors qu'elle se trouve encore dans l'eau nous laisse avec une eau qui n'est pas bekhi youtan et qui ne peut pas servir de hekhsher lekabel toumah.