Machshirin, chapitre 2, michna 6. Cette michna poursuit le traitement d'une ville dont les habitants sont mélangés, une partie Yisrael et une partie nochrim, et elle tranche une question pratique en se réglant sur le groupe qui forme la majorité de la ville.
Le cas : "matza bah yarak nimkar", quelqu'un trouve des légumes mis en vente dans une telle ville. La récolte a été faite Chabbos et la marchandise se trouve maintenant sur le marché à la sortie de Chabbos. Un Juif peut-il l'acheter immédiatement ?
"Im rov nochrim, lokeiach miyad" : là où les nochrim constituent l'essentiel de la population, un Juif peut acheter ces légumes dès la sortie de Chabbos, car nous supposons que la cueillette a été faite pour approvisionner les habitants non juifs et non leurs voisins juifs. "Im rov Yisrael, yamtin kedei sheyavo mimakom karov" : là où les résidents juifs forment le groupe le plus nombreux, l'acheteur doit patienter le temps qu'il aurait fallu pour apporter une telle marchandise d'un endroit proche.
La raison de cette attente est le décret rabbinique appelé kedei sheya'assou. Bien qu'un non-Juif ne soit pas tenu par les lois de Chabbos, lorsqu'il accomplit une melachah au profit d'un Juif, les 'Hachamim ont interdit au Juif d'en tirer profit. Cette interdiction ne s'efface pas simplement à la sortie de Chabbos : le Juif doit d'abord laisser s'écouler assez de temps pour que le travail ait pu être fait après Chabbos. Ici, puisque la ville est majoritairement juive et que les légumes ont vraisemblablement été récoltés en pensant à la clientèle juive, on attend le temps nécessaire pour apporter des légumes d'un endroit voisin.
Moitié-moitié
"Mechtzah al mechtzah, yamtin kedei sheyavo mimakom karov." Lorsque les deux populations sont à égalité, exactement la même attente s'applique. Selon le principe déjà établi dans ce chapitre, une présence juive d'une telle ampleur ne se laisse pas absorber par les nochrim. Il existe une possibilité réelle que les légumes aient été coupés pour des Yisrael, en tout ou en partie, et il faut donc respecter le chiour de kedei sheya'assou.
Quand il y a un notable dans la ville
"Ve'im yesh bah rachous, lokeiach miyad." S'il y a dans la ville un rachous, un personnage important, on peut acheter la marchandise immédiatement. C'est la même logique que celle vue à propos des bains : même si la majorité des habitants sont juifs, nous pouvons supposer que les légumes ont été récoltés pour ce notable et sa maison, et non pour la population juive ; aucun délai n'est donc imposé.
Pourquoi seulement "d'un endroit proche" ?
Le Rav soulève une difficulté évidente. Peut-être que cette marchandise a en réalité été apportée d'un champ éloigné, et dans ce cas le temps réellement nécessaire pour se la procurer serait bien plus long que l'attente prescrite par notre michna. Pourquoi donc n'attend-on que l'intervalle requis pour apporter des légumes d'un endroit proche ?
La réponse découle de la nature même de cette halachah. L'obligation d'attendre est une takanah des 'Hachamim, instituée pour qu'un Juif n'en vienne pas à confier son travail de Chabbos à un nochri. Dès lors qu'une personne doit se retenir pendant un certain laps de temps, la leçon est passée : je ne peux pas prendre cette marchandise dès la sortie de Chabbos, car un travail accompli par un nochri pour moi m'est interdit, et il faut d'abord laisser du temps s'écouler. Les 'Hachamim n'ont donc pas jugé nécessaire d'ajuster le délai à la distance réelle parcourue par la marchandise. Il suffit qu'il y ait un chiour, une durée conventionnelle pendant laquelle on va normalement chercher de tels légumes, pour ancrer dans l'esprit de chacun qu'il ne peut pas envoyer un nochri lui apporter ces produits Chabbos. D'où la mesure donnée ici : kedei sheyavo mimakom karov.