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Machshirin, chapitre 2, michna 4 : toits goudronnés, eau de lessive et pluie

Machshirin, chapitre 2, michna 4. Ce chapitre traite des eaux dont le statut est douteux, y compris l'eau dont une personne s'est déjà servie puis qu'elle a jetée, et qui porte de ce fait une présomption de toum'a. Notre michna présente un cas où une telle eau usée se mélange à de l'eau de pluie fraîche, et elle enseigne à la fois la règle qui tranche le mélange et le moyen pratique de savoir quelle eau l'emporte.

Le cas

La michna s'ouvre sur deux travailleurs. « Hatoréa es gago » : un homme enduisait son toit de goudron, et la méthode habituelle consistait ensuite à verser de l'eau sur la surface fraîche afin qu'elle s'étale uniformément et reste bien plate. À côté de lui, la michna place « hamekhabès es kesousav », quelqu'un qui lave ses vêtements. Dans ces deux travaux, l'eau est considérée comme temé'a dès le départ, car personne ne prend soin de protéger une telle eau et nul n'a l'intention de la boire.

« Veyardou lahem gueshamim » : la pluie est alors tombée sur cette eau. L'eau de pluie est tehora, et voici que les deux eaux se sont réunies en un seul mélange.

On suit la majorité

Le facteur décisif est de savoir quelle eau constitue l'essentiel du mélange. Lorsque l'eau usée forme la plus grande part, la michna tranche « tamé », et tout est tamé. Lorsque l'eau de pluie fraîche forme la plus grande part, elle tranche « tahor », et tout est tahor. Et quand aucune des deux n'est majoritaire, « mèh'tza lemèh'tza, tamé » : un partage exact laisse le mélange tamé, puisque la toum'a est bien présente et qu'aucune majorité d'eau tehora ne se dresse contre elle pour l'annuler.

Comment savoir laquelle est majoritaire ?

En pratique, on mesure en observant l'écoulement. On compare l'abondance de l'eau qui s'écoule maintenant avec ce qu'elle était avant le début de la pluie. Si le flot est devenu nettement plus fort depuis que la pluie a commencé, on peut supposer que l'essentiel de ce qui coule est de l'eau de pluie. Si l'écoulement est à peu près le même qu'avant, on suppose qu'il s'agit de la même eau qu'auparavant, et elle est temé'a.

Rabbi Yehouda propose un autre critère. Il ne mesure pas du tout l'ampleur du flot ; il compte la fréquence des gouttes. La michna rapporte son test en trois mots, « im hossif hanotèf », c'est-à-dire : l'égouttement est-il devenu plus fréquent ? Une eau qui gouttait lentement et qui, après la pluie, s'est mise à goutter à un rythme sensiblement plus rapide, peut être attribuée entièrement à la pluie. Si les gouttes continuent de tomber au rythme antérieur, on considère que l'eau n'a pas changé par rapport à avant, et elle reste temé'a.

La halakha n'est pas tranchée selon Rabbi Yehouda ; on se fonde sur le volume de l'écoulement plutôt que sur le compte des gouttes.

La michna nous donne ainsi une règle et un instrument de mesure : la règle est qu'un mélange d'eau temé'a et d'eau tehora suit sa majorité, un partage égal laissant la toum'a en place ; et l'instrument de mesure est la simple observation de la façon dont l'eau s'écoule du toit.