Machchirin, chapitre 3, michna 3. Ce chapitre traite des produits et des aliments qui deviennent humides sans que personne n'ait versé de liquide sur eux, et de la question de savoir si une telle humidification compte comme beratzon, de sorte à donner à l'aliment le hech'her lekabel toum'a, l'aptitude à recevoir la toum'a. Notre michna examine le cas d'une miche de pain sortie brûlante du four et posée sur l'ouverture d'un tonneau de vin.
Voici les mots de notre michna : "Harodé pass 'hama venatna al pi 'havis chel yayin", c'est-à-dire que quelqu'un retire du four une miche encore fumante et la dépose en travers de l'ouverture d'un fût de vin. Sur un tel cas, les Tanaïm divergent : "Reb Meïr metamé, Reb Yehouda metaher."
Pourquoi ce pain était tahor jusqu'à présent
Le cas suppose une miche dont la pâte a été travaillée avec du jus de fruit et non avec de l'eau. Normalement, on utilise de l'eau, et alors la pâte a déjà rencontré l'un des sept liquides, de sorte que le pain achevé porte le hech'her lekabel toum'a depuis l'instant du pétrissage. Avec du jus de fruit, qui ne fait pas partie des liquides produisant le hech'her, rien dans cette miche ne lui a encore donné la capacité de recevoir la toum'a. Toute la question naît de la manière dont on la pose : la miche sort chaude du four et se trouve étendue au-dessus du vin, et sa chaleur peut aspirer en elle une partie de ce vin. Un tel vin conférerait-il à la miche le hech'her lekabel toum'a ? Selon Reb Meïr, oui, tandis que Reb Yehouda tranche que non.
Une seconde façon de lire la ma'hloketh
Telle est la première explication proposée par le Rav. Il en propose également une seconde. Peut-être la michna parle-t-elle d'un tonneau dont le vin était tamé, et la question est de savoir si la miche elle-même devient tamé à cause de ce vin tamé : le pain absorbe-t-il le liquide qui se trouve en dessous de lui, de sorte que la toum'a se transmette au pain ? Là aussi, Reb Meïr dit que oui et Reb Yehouda dit que non.
L'existence de ces deux lectures met en évidence une imprécision qui traverse tout ce perek. Quand on dit d'un Tana qu'il est metamé, affirme-t-il que l'objet devient purement et simplement tamé, ou seulement qu'il est désormais susceptible de le devenir, ayant acquis le hech'her lekabel toum'a ? Selon la première approche du Rav, la ma'hloketh ne porte que sur ceci : la miche a-t-elle été mouillée et est-elle ainsi devenue susceptible de recevoir la toum'a ? Selon son approche alternative, c'est une véritable toum'a qui est en jeu : le vin tamé placé sous la miche transmet ou ne transmet pas sa toum'a au pain.
Pain de froment et pain d'orge
Une troisième opinion clôt la michna. "Reb Yossi metaher bechel 'hitin" : une miche de froment, il la déclare tehora. "Oumetamé bechel seorin" : une miche d'orge, il la déclare temé'a. Et sa raison suit : "mipné chehasseorim cho'avot", parce que l'orge absorbe le liquide plus facilement que le froment. Puisque tout dépend de la question de savoir si la miche a réellement attiré le vin en elle, Reb Yossi tient que l'orge absorbe alors que le froment n'absorbe pas.
La michna nous laisse donc avec trois positions sur une seule scène concrète : une miche brûlante posée sur un tonneau de vin ouvert, et un statut halakhique qui dépend entièrement de la quantité de ce vin que le pain a effectivement absorbée.