Machshirin, chapitre 3, michna 1. Après une série de michnayos consacrées aux cas de doute que l'on tranche en suivant la majorité, le troisième chapitre nous ramène au cœur de la masechta : le liquide qui vient sur un aliment et le rend apte à recevoir la toumah. La condition posée par la Torah est que l'humidité arrive avec l'accord du propriétaire, ce qu'exprime la formule bechi youtan. Lorsque cette condition est remplie, l'aliment a reçu le hechcher lekabel toumah, la préparation qui lui permet de devenir tamé.
La michna s'ouvre sur un sac bien rempli : "Saq chehou malé peiros ounesano", un sac plein de récolte, que son propriétaire a posé quelque part. La plupart des commentateurs comprennent qu'il s'agit ici de céréales, et plus précisément de blé. Où a-t-il été posé ? Trois endroits sont énumérés. "al gav hanahar", au bord d'un fleuve ; "o al pi habor", ou à l'ouverture d'une citerne ; "o al ma'alos hame'arah", ou sur les marches qui descendent dans une grotte, que le Rav identifie comme une grotte contenant de l'eau. Dans chacun des trois cas, le blé a absorbé l'humidité de l'eau voisine sans jamais y avoir été plongé : l'humidité de l'air ambiant a suffi. Et la halachah : "vecha'avou, kol checha'avou bechi youtan", tout ce qui a ainsi absorbé de l'humidité relève de bechi youtan.
Deux éléments se combinent pour aboutir à cette décision. D'abord, comme l'explique le Rav, le propriétaire est satisfait de ce qui s'est produit : les grains qui absorbent de l'humidité gonflent, s'arrondissent et se présentent mieux ; l'humidité lui est donc réellement souhaitable. Ensuite, c'est lui qui a placé le sac là. Puisqu'il l'a posé à un endroit où la récolte allait inévitablement absorber de l'humidité, et que le résultat est à son avantage, l'eau est considérée comme étant venue avec son consentement. Le blé a donc reçu le hechcher lekabel toumah.
Rebbi Yehouda trace une limite à l'intérieur même du sac. "Rebbi Yehouda omer", et voici ses paroles : "kol chehou keneged hamayim bechi youtan, veche'eino keneged hamayim eino bechi youtan." Les grains qui se trouvent face à l'eau sont bechi youtan, tandis que ceux qui en sont éloignés sont exclus. Son raisonnement : seuls les grains situés du côté du sac tourné vers l'eau ont pris leur humidité de l'eau elle-même. Les grains entassés plus profondément à l'intérieur se sont mouillés au contact de leurs voisins, c'est-à-dire de grains qui avaient déjà absorbé l'humidité. Une telle humidité arrive de seconde main, à un degré de distance de sa source, et on ne la considère pas comme venant de l'eau au bord de laquelle le propriétaire a déposé son sac.
Le Tanna Kamma n'accepte pas cette distinction : selon lui, tout le contenu du sac devient apte à recevoir la toumah, et la halachah ne suit pas l'avis de Rebbi Yehouda.
Ainsi s'achève la première michna du chapitre.