Kélim, chapitre 17, michna 12. Cette michna poursuit la discussion du chapitre sur les unités de mesure dont les 'Hakhamim se servent dans toute la halakha. Beaucoup de ces unités portent le nom d'objets de la vie courante, et les objets de la vie courante existent en plusieurs tailles. La Michna nous indique donc pour lesquels les 'Hakhamim ont visé la version la plus grande. Les premiers mots sont « veyèch chè'amrou bemida gassa » : il y a des mesures que les Sages ont énoncées sous leur forme grossière, c'est-à-dire la plus grande. Chaque fois que l'un des objets suivants apparaît comme chi'our, il faut se représenter le grand modèle, et non le petit ou le moyen.
Une louche de poussière de cadavre
« Melo tirvad rakav. » Un cadavre entièrement décomposé se réduit en poussière, et cette poussière s'appelle rakav. Une pleine louche de cette poussière transmet la toum'a dans un ohel, c'est-à-dire à tout ce qui se trouve sous le même toit. Mais quelle est la taille de cette louche ? La Michna répond : « ké'melo tarvad gadol chèl rof'im », la pleine mesure de la grande louche employée par les médecins. Les médecins puisaient avec de telles louches les ingrédients de leurs remèdes, et leur contenance correspondait à ce qu'une personne moyenne peut tenir dans ses deux mains jointes en creux. Telle est la quantité de poussière de cadavre qui transmet la toum'a sous une tente.
La fève fendue des néga'im
« Ou'gris néga'im. » La taille minimale d'une tache de tsara'at sur la peau est un gris, une fève fendue. Ici encore, la Michna précise de quelle fève il s'agit : « ké'gris hakilki », la fève fendue de Cilicie, une région dont les fèves poussaient exceptionnellement grosses. Le chi'our d'un néga est donc fixé d'après la variété la plus grosse, et non d'après une fève ordinaire.
La grosse datte de Yom Hakippourim
« Ha'okhel beYom Hakippourim ké'kotèvèt hagassa. » Celui qui mange à Yom Kippour n'est passible que s'il consomme le volume d'une datte, et là encore la Michna exige la grande datte. Cette datte est plus petite qu'un œuf, mais elle appartient à l'espèce grande.
La Michna ajoute ensuite un détail précis : « kamoha vé'khegar'inata », la mesure est la datte avec son noyau. Or une datte telle qu'elle apparaît de l'extérieur est en réalité plus volumineuse que cela, car à l'intérieur du fruit il existe un petit espace vide entre la chair et le noyau. Cet air ne fait pas partie du chi'our. Seuls comptent le fruit lui-même et le noyau, non l'intervalle qui les sépare. En pratique, pour obtenir la mesure exacte, on presserait d'abord la datte afin d'en chasser cet espace interne, et ce qui reste constitue le volume qui rend une personne passible.
Les outres de vin et d'huile
« Vé'nodot yayin vé'chèmèn, chi'ouran ké'fika guedola chèlahèn. » Un nod est une outre de peau servant à contenir du vin ou de l'huile. Tout kéli perd sa toum'a dès lors qu'il est abîmé au point de ne plus pouvoir remplir la fonction pour laquelle il a été fabriqué, et la Michna nous indique ici quelle largeur doit atteindre une déchirure dans une telle outre pour qu'il en soit ainsi : on l'évalue d'après la grande pika, la boule, qui accompagne ces outres.
Et qu'est-ce que cette boule ? On plaçait une boule arrondie à l'intérieur de l'outre, puis on ramenait le cuir autour d'elle et on le liait, ce qui laissait une petite poche contenant la boule et faisant saillie au bas de l'outre ; cette poche servait de poignée pour le transport. Si le cuir se déchire assez largement pour qu'une boule de ce genre passe tout droit à travers, on ne peut plus rien faire de l'outre : elle a cessé d'être un kéli et la toum'a ne l'atteint plus. Une déchirure plus étroite laisse encore la poche réparable ; le récipient conserve donc son statut et demeure tamé. Et la boule qui sert d'étalon est la plus grande de celles que l'on emploie avec ces outres de vin et d'huile.
Une ouverture dans le mur que personne n'a faite
« Ou'ma'or chèlo na'assa bidé adam, chi'ouro ké'melo egrof gadol. » Il s'agit d'un cadavre étendu dans une pièce, et d'une ouverture dans le mur qui sépare cette pièce de la suivante. Si l'ouverture est assez grande, la toum'a la traverse et la pièce voisine devient tamé à son tour. Lorsque l'ouverture s'est formée d'elle-même et n'a pas été percée volontairement par un homme, le chi'our est le plein volume d'un grand poing.
Le poing de qui ? La Michna donne le nom : « zèhou egrofo chèl Ben Batia'h », la main de Ben Batia'h, un personnage de l'époque de la Michna dont le poing était réputé pour sa taille. Rabbi Yossé propose une image pour la faire saisir : « yèchno ké'roch gadol chèl adam », son poing avait les dimensions d'une grande tête humaine.
L'ouverture percée par un homme
Jusqu'ici, il s'agissait d'une ouverture qui se trouvait simplement là. La Michna passe maintenant à une fenêtre qu'un homme a volontairement percée dans le mur afin de laisser entrer la lumière. « Vé'chèna'assa bidé adam, chi'ouro ké'melo makdéa'h gadol chèl lichka. » Puisque l'ouverture était intentionnelle, un trou bien plus petit suffit à faire passer la toum'a d'une pièce à l'autre : la taille du trou percé par la grande mèche conservée dans la chambre du Beit Hamikdach.
La Michna donne trois équivalents familiers de cette taille : « chèhou ké'foundéyon ha'italki », la pièce italienne appelée foundéyon ; « ou'ké'séla hanéyronis », la pièce de séla de Néron ; « ou'ké'melo nèkèv chèba'ol », le trou du joug, c'est-à-dire le trou percé pour la cheville qui fixe les cordes du joug. Une ouverture de cette dimension dans une fenêtre faite de main d'homme suffit pour que la toum'a du cadavre passe d'une pièce à l'autre.