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Kélim, chapitre 8, michna 10: la nourriture et la salive dans la bouche

Kélim, chapitre 8, michna 10. Notre chapitre revient sans cesse sur un même motif: un objet qui se trouve à l'intérieur d'un autre, tandis que ce dernier est suspendu dans l'espace aérien d'un four en terre cuite. Jusqu'à présent, la discussion portait sur des kélim placés dans l'espace du four. Cette michna reprend la question à l'identique et l'applique à un être humain: qu'advient-il lorsque le « récipient » qui contient la nourriture est une bouche?

Nourriture tamé dans la bouche, four tahor

Notre michna commence par les mots « maga tamé met chehayou okhalin oumachkin letokh piv »: un homme qui a contracté la toumah en touchant quelqu'un qui, lui, avait été rendu tamé par un cadavre humain, et dans la bouche duquel se trouvent justement des aliments ainsi qu'une boisson.

Suivons le décompte descendant étape par étape, car chaque degré fait perdre un niveau. Un cadavre possède le rang d'avi avot hatoumah. Celui qui le touche acquiert le rang d'av hatoumah. L'homme de notre cas a touché cette personne: il se tient donc au rang de richon. Et tout ce qui était comestible ou buvable et reposait dans sa bouche à ce moment-là descend d'un cran encore, au rang de chéni latoumah.

La michna poursuit: « vehikhnis rocho laavir tanour tahor », il a introduit sa tête dans la cavité d'un four en terre cuite qui était tahor. Le verdict est « timouhou »: ces liquides de rang chéni qui se trouvent dans sa bouche rendent le four tamé.

Comment cela est-il possible? Selon la Torah, la seule source capable de transmettre la toumah à un kéli est un av hatoumah, ou quelque chose de plus grave encore. Ce qui est classé richon, ou plus bas, n'a pas ce pouvoir. Puisque notre homme n'a que le rang de richon, il ne pourrait jamais, par lui-même, rendre le four tamé. Les Hakhamim ont cependant institué une rigueur particulière au sujet des liquides: les liquides tamé transmettent bien la toumah aux kélim, et cela vaut non seulement pour les liquides de rang richon, mais même pour ceux qui ne sont que chéni. Ce qui a motivé ce décret, c'est la crainte que l'on prenne à la légère les sécrétions du zav et de la zavah, qui ont selon la Torah le rang d'av hatoumah et rendent les kélim tamé. Pour que personne ne confonde les deux catégories, les Sages ont étendu cette sévérité à l'ensemble des liquides tamé. Il en résulte que les liquides de rang chéni contenus dans la bouche de cet homme sont réellement capables de rendre le four tamé.

On aurait pu croire que des liquides enfermés dans une bouche close se trouvent protégés, comme les michnayot précédentes de ce chapitre préservaient la taharah d'objets logés dans la cavité intérieure d'un second kéli posé dans le creux du four. Mais cette indulgence découle de la manière dont les kélim sont constitués, et elle ne s'applique pas à une bouche humaine. Une bouche n'a pas le statut de kéli, et la halakha ne la considère pas comme un compartiment abrité. Tout ce qu'elle contient est jugé comme s'il se trouvait dans le four lui-même.

Nourriture tahor dans la bouche, four tamé

Vient ensuite le cas inverse. « Vetahor », et de même un homme qui est tahor, « chehayou okhalin oumachkin letokh piv », avec des aliments et une boisson tahor dans la bouche, « vehikhnis rocho laavir tanour tamé », qui introduit sa tête dans la cavité d'un four devenu tamé. Dans ce sens-là, ce qu'il tient dans sa bouche devient tamé, puisque cela se trouve désormais dans l'espace intérieur d'un four tamé.

Les deux directions reposent sur une seule et même idée. La bouche ne constitue aucune barrière entre son contenu et le four. N'ayant pas le statut de kéli, elle ne peut rien protéger: son contenu est donc jugé comme s'il reposait dans la cavité du four tamé, et c'est précisément pour cela qu'il devient tamé.

La salive: est-elle un liquide?

Un nouveau sujet s'ouvre maintenant: quel statut la halakha donne-t-elle à la salive qui se trouve dans la bouche d'une personne? Voici le cas. « Haya okhel develah », un homme mangeait un pain de figues sèches pressées, « beyadayim mesoavot », avec des mains qui n'avaient pas été lavées, « hikhnis yado letokh piv litol et hatseror », et il a introduit sa main dans sa propre bouche pour en retirer un petit caillou qui s'était mêlé aux figues.

« Rabbi Méir metamé. » Selon Rabbi Méir, ce qu'il tient dans sa bouche est devenu tamé. Voici le raisonnement. La salive a le statut halakhique de l'eau: elle compte comme un machké, et comme l'eau elle sert de makhchir, rendant la nourriture apte à recevoir la toumah. Des mains non lavées reçoivent automatiquement le rang de chéni, ce rang précisément que la netilat yadayim écarte. À s'en tenir au décompte strict, une main de rang chéni laisserait la salive au rang de chelichi, niveau sans effet sur la nourriture ordinaire et pertinent seulement pour la teroumah ou le kodech. Mais les Hakhamim ont décrété que tout liquide qui contracte la toumah devient un richon. Ainsi le chéni de sa main a élevé la salive au rang de richon, la salive a à son tour fait descendre les figues au rang de chéni, et une nourriture de rang chéni est véritablement tamé, même dans le domaine des houlin.

« VeRabbi Yehouda metaher. » Rabbi Yehouda soutient que les figues restent tahor. À ses yeux, la salive n'est pas traitée comme un liquide pour les lois de toumah tant qu'elle demeure dans la bouche. Elle est considérée comme une partie du corps de la personne, et non comme un liquide indépendant, et elle ne peut devenir tamé qu'après avoir quitté la bouche.

La position intermédiaire de Rabbi Yossé

Rabbi Yossé se place entre les deux autres: « im hafakh, tamé. » S'il avait déjà déplacé les figues d'un côté de sa bouche à l'autre avant que ses doigts n'y entrent, elles sont tamé. La raison en est que la salive qui les enrobe a été déplacée de l'endroit où elle se trouvait, et ce déplacement lui confère un statut de liquide à part entière, dans la bouche ou hors d'elle. Tout a donc été rendu apte à recevoir la toumah, et tout l'a effectivement reçue.

« Im lo hafakh tahor. » S'il n'avait pas encore déplacé les figues quand sa main est entrée, elles restent tahor. Rien n'a été déplacé, la salive n'est encore que l'humidité de la bouche, et elle n'est donc pas comptée comme un liquide.

La pièce de monnaie dans la bouche

Il existe un cas où Rabbi Yossé déclarerait la salive tamé même sans aucun déplacement des figues. « Haya pondyon letokh piv », il avait un pondyon, une pièce de monnaie, dans la bouche. Certains métaux réagissent dans la bouche et font produire davantage de salive, et l'on mettait une pièce dans sa bouche précisément à cette fin.

« Rabbi Yossé omer im litsmao tamé. » S'il a pris la pièce entre ses lèvres comme remède contre la soif, provoquant sciemment la salive parce qu'il connaissait cet effet, la toumah atteint les figues même en l'absence de tout déplacement. Une salive qu'une personne produit intentionnellement compte comme un liquide dès le départ. Ce n'est plus l'humidité naturelle du corps, mais quelque chose de produit à dessein, et Rabbi Yossé lui accorde donc un statut plein de liquide sans exiger le moindre déplacement. Étant un liquide, elle contracte la toumah de ses mains non lavées et la transmet aux figues qu'elle entoure.

Cette michna nous enseigne donc deux choses à la fois. La bouche d'une personne n'offre aucune protection face à l'espace aérien d'un four, ni dans un sens ni dans l'autre, car une bouche n'est pas un kéli. Et l'humidité qui s'y trouve dépend entièrement d'une seule question, débattue par les Tannaïm: à quel moment la salive cesse-t-elle d'être une partie du corps pour devenir un liquide?