Keilim, chapitre 22, Mishna 10. Notre chapitre passe en revue les sièges de toutes sortes et demande, pour chacun, s'il s'agit d'un objet susceptible de recevoir la toum'a, et en particulier la toum'at midras, cette toum'a qui s'attache à un objet dont la fonction est d'être assis ou couché dessus. Notre mishna présente cinq cas : une chaise servant de siège d'aisance, une planche rembourrée appelée teraskal, un banc de bain public, les planches posées sur le sol du bain public, et un ustensile servant à parfumer les vêtements. Dans plusieurs de ces cas, l'objet est fait de deux matériaux assemblés, et la question intéressante est de savoir ce qu'il advient de chaque partie lorsque les deux se séparent.
La chaise percée
Le premier objet est l'asla. Imaginez un récipient placé en bas et, au-dessus, un siège de cuir tendu sur un cadre de métal, de sorte qu'une personne puisse se soulager en position assise. La mishna tranche : « ha'asla temé'a midras outemé'at met ». Une telle chaise est susceptible de recevoir la toum'at midras, puisqu'on s'y assied, et elle est également susceptible de recevoir la toum'at met, la toum'a qui provient du contact avec un cadavre.
La mishna examine ensuite les deux éléments lorsqu'ils ne tiennent plus ensemble. Elle dit « peirsha », ils se sont séparés, puis tranche sur chaque pièce : « ha'or tamé midras », tandis que « veha'barzel tamé toum'at met ». Si le siège de cuir se détache du cadre de fer situé en dessous, le cuir à lui seul reste susceptible de recevoir la toum'at midras, car même seul il constitue quelque chose sur quoi on peut s'installer, exactement comme une natte. Le cadre, en revanche, a perdu toute possibilité de servir de siège dès lors que le cuir a disparu, si bien que le midras ne le concerne plus. Mais il n'a pas cessé d'être un ustensile de métal fonctionnel, et les ustensiles de métal contractent bien la toum'a du cadavre : c'est pourquoi cette susceptibilité lui demeure.
Le teraskal
Venons-en au teraskal. Il était constitué d'une planche plate de saule sur laquelle on tendait du cuir ; le cuir était tiré sur toute la surface puis replié autour des quatre bords, formant ainsi une petite paroi sur tout le pourtour. Deux usages découlaient de cette construction : on pouvait y ranger de petits objets dans l'espace peu profond ainsi créé, et la surface rembourrée offrait un siège moelleux.
À propos de cet objet, la mishna tranche : « hateraskal shehipouyo shel or », un teraskal dont le revêtement est de cuir, est « tamé midras outemé met ». Parce qu'il sert à s'asseoir, la toum'at midras s'y applique, et parce que ses bords relevés en font un récipient, il est aussi susceptible de recevoir la toum'a du cadavre.
Et lorsque les deux parties se séparent ? « Peirsha, ha'or tamé midras vehateraskal tahor mikeloum ». Le revêtement de cuir, une fois retiré, reste susceptible de recevoir la toum'at midras, puisqu'une personne peut s'y coucher ou s'y asseoir comme sur une natte. Mais la planche de bois nue est entièrement tehora, exempte de toute forme de toum'a. Elle ne peut recevoir le midras, car personne ne choisirait de s'asseoir sur une simple planche une fois le rembourrage de cuir disparu. Et elle ne peut pas non plus recevoir la toum'a ordinaire, car sans le rebord de cuir replié sur ses côtés elle ne contient plus rien, et une planche plate qui n'est pas un réceptacle n'est pas susceptible de recevoir la toum'a.
Le banc du bain public
« Safsal shebamerhatz » : un banc de bain public, du genre de ceux sur lesquels on s'asseyait en se lavant. Celui-ci était construit avec une assise de pierre posée sur « oushteï raglav shel etz », deux pieds de bois. La décision est « tamé » : le banc est susceptible de recevoir la toum'a. L'assise de pierre elle-même, bien sûr, ne peut pas devenir temé'a, puisque la pierre n'est absolument pas susceptible de recevoir la toum'a, mais les pieds de bois le peuvent.
Cela mérite un instant de réflexion. En règle générale, nous disons qu'une partie rattachée à un objet non susceptible de recevoir la toum'a prend le statut de l'objet qu'elle sert, et serait donc tehora avec lui. Ici ce principe ne s'applique pas, car l'assise de pierre est inutilisable sans les pieds qui la soulèvent et la maintiennent en place. Les pieds ne sont donc pas du tout un accessoire secondaire ; ils sont l'élément essentiel de ce banc et, étant de bois, ils restent susceptibles de recevoir la toum'a.
La mishna modifie alors un détail : « ahat shel etz ve'ahat shel even, tahor ». Si un pied était de bois et l'autre de pierre, le banc tout entier, y compris le pied de bois, est tahor. Puisque le banc ne peut absolument pas tenir debout s'il manque un pied, le pied de pierre est lui aussi une partie fondamentale de la structure. Le pied de bois se trouve désormais rattaché à un banc dont les parties essentielles, l'assise et le pied de pierre, ne sont pas susceptibles de recevoir la toum'a ; il est donc traité comme un élément secondaire d'une structure qui ne peut pas devenir temé'a. Lui aussi reste tahor.
Les planches sur le sol du bain public
Dans les bains publics de l'époque, une eau usée et sale s'écoulait sur le sol. Pour que les gens puissent circuler sans se salir eux-mêmes ni salir leurs vêtements, on posait des planches de bois sur le sol, et il arrivait aussi qu'on s'assoie sur ces planches. Notre mishna demande si de telles planches sont soumises à la toum'at midras.
La mishna rapporte : « hanesarim shebamerhatz sheshigman », des planches de bain public qui ont été rabotées et rendues lisses, puis la controverse : « Rabbi Akiva metamé vahahamim metaharin ». Une simple planche plate se situerait normalement en dehors de toutes les catégories de toum'a. Ici, cependant, on a fait quelque chose au bois intentionnellement : on l'a lissé, et ce lissage l'a rendu agréable pour s'y asseoir. Rabbi Akiva estime que ce traitement a transformé les planches en sièges, de sorte que la toum'at midras les atteint.
Les hahamim tranchent que les planches sont tehorot, et la mishna donne leur raison : « she'ein assouyin ela sheyihyou hamayim mehalhin tahteihen », elles n'ont été faites que pour permettre à l'eau de s'écouler en dessous. Bien qu'elles aient été lissées et qu'une personne puisse s'y asseoir, leur véritable fonction est d'empêcher que les gens et leurs vêtements soient souillés par l'eau qui coule dessous, et non de servir de siège. Puisque c'est pour cela qu'elles ont été fabriquées, la toum'at midras ne s'y applique pas.
Le fumigateur à vêtements
La mishna se termine par le kankilin, un ustensile de bois servant à parfumer les vêtements. On brûlait des aromates en dessous, on disposait les vêtements au-dessus, et le parfum montait les imprégner. La décision dépend de la forme de l'ustensile.
« Kankilin sheyesh ba beit kiboul kessout temé'a » : celui qui est construit comme un panier, avec une cavité dans laquelle on place les vêtements, est susceptible de recevoir la toum'a, puisqu'il s'agit d'un keli de bois qui contient quelque chose à l'intérieur. « Veha'assouya kehevret tehora » : mais celui qui est construit en forme de ruche, ouvert à ses extrémités, où le vêtement est simplement étendu sur le dessus et jamais placé à l'intérieur, est tahor. Il n'a pas de réceptacle, et un ustensile de bois qui ne contient rien ne peut pas devenir tamé.
Un même fil conducteur traverse ces cinq cas : la mishna ne demande pas seulement de quoi un objet est fait, mais à quoi il sert véritablement, et de laquelle de ses parties l'ensemble dépend. Un cuir sur lequel on peut encore s'asseoir reste susceptible de recevoir la toum'a ; une planche qui a perdu son rebord est totalement exempte de toum'a ; des pieds de bois qui portent une assise de pierre sont le cœur du banc, alors qu'un unique pied de bois aux côtés d'un pied de pierre n'est qu'un accessoire ; des planches lissées pour marcher au-dessus d'une eau sale demeurent, selon les hahamim, exactement ce pour quoi elles ont été faites ; et un fumigateur ne devient un keli que lorsqu'il contient réellement quelque chose à l'intérieur.