Keilim, chapitre 17, Mishnah 10. La Mishnah s'occupe des mesures de référence avec lesquelles la halachah travaille, et l'amah vient d'être traitée : l'amah ordinaire est celle de taille moyenne, composée de vingt-quatre etzba'ot, soit six tefachim. Mais la Mishnah a également enseigné que toutes les amot du monde n'avaient pas cette dimension. On utilisait dans le Beit Hamikdash des amot plus grandes pour certains usages précis. Notre mishnah prend maintenant la direction inverse et nous fait connaître une amah plus petite, de cinq tefachim seulement, elle aussi employée dans le Beit Hamikdash.
Rabbi Meir parle le premier, et il pose un principe général : "kol ha'amot hayou benoniyot" - toutes les amot étaient de taille moyenne. Chaque fois qu'un chiffre exprimé en amot apparaît, que ce soit dans un pasouk ou dans les paroles des Chachamim, à propos de quelque chose du Beit Hamikdash, nous le comprenons comme l'amah habituelle de six tefachim. Voilà le point de départ. Rabbi Meir énumère ensuite les cas où cette présomption ne s'applique pas.
Le mizbe'ach d'or
Sa première exception est formulée ainsi : "'houts mimizba'h hazahav", le mizbe'ach d'or est retiré de la règle générale. C'est le mizbe'ach qui se tenait à l'intérieur du Heichal et sur lequel on offrait la ketoret. Ses dimensions sont indiquées dans la Torah : une amah de longueur et une amah de largeur, et Rabbi Meir comprend que ces amot sont la mesure courte de cinq tefachim et non les six habituels.
Le keren, le sovev et le yesod
Rabbi Meir poursuit : "veha'keren veha'sovev veha'yesod." Ces trois éléments appartiennent tous au mizbe'ach extérieur, le grand mizbe'ach qui se dressait dans la cour, là où l'on appliquait le sang des korbanot et où les parties destinées à la combustion étaient consumées par le feu.
- Ha'keren : les quatre saillies surélevées qui s'élevaient aux angles du grand mizbe'ach extérieur. Chacune occupait un carré d'une amah sur une amah, et Rabbi Meir compte cette amah à cinq tefachim.
- Ha'sovev : la corniche qui entourait ce mizbe'ach de tous les côtés, large d'une amah, située à une hauteur de six amot au-dessus du sol de la cour. L'amah de cette largeur est elle aussi la courte.
- Ha'yesod : la base qui faisait le tour du bas du mizbe'ach, s'élevant à une hauteur d'une amah. Ici encore, l'amah dont il est question est l'amah de cinq tefachim.
La distinction de Rabbi Yehoudah
Rabbi Yehoudah place la ligne de partage à un tout autre endroit. Pour la construction, dit-il, la mesure est "amat habinyan shishah tefachim", six tefachim, tandis que pour les ustensiles, "veshel keilim 'hamishah", cinq. Sa distinction ne passe pas entre une partie du mizbe'ach et une autre, mais entre ce qui a été bâti et ce qui servait à l'usage. Les chiffres donnés pour les structures, les murs du Beit Hamikdash et le mizbe'ach extérieur lui-même, qui a le statut d'un bâtiment, se comptent en amah ordinaire de six tefachim. Mais toute amah énoncée à propos de l'un des keilim du Beit Hamikdash est l'amah courte de cinq.
La position de Rabbi Yehoudah aboutit donc à une règle nette : les ustensiles du Beit Hamikdash se mesuraient à l'amah de cinq tefachim, et tout ce qui était élevé en pierre et en mortier à l'amah de six. Deux Tanna'im, deux manières différentes de tracer l'endroit où l'amah pleine cède la place à l'amah réduite, et une même leçon qui se dégage des deux : une amah dans le Beit Hamikdash n'est pas nécessairement l'amah du commerce quotidien, et les véritables dimensions d'une chose restent inconnues tant que l'on n'a pas déterminé de quelle amah la Torah parlait.