Keilim, chapitre 27, Mishna 9. Ce chapitre traite des objets en tissu et des façons dont ils contractent la tum'a, et notre mishna revient sur un thème déjà rencontré plus haut dans le chapitre : qu'advient-il d'un vêtement ou d'un drap porteur de la tumat midras lorsqu'on le convertit en autre chose ?
Rappelons le cadre : lorsqu'un zav s'allonge ou s'assoit sur un objet destiné au couchage ou à l'assise, cet objet devient un av hatum'a par la tumat midras. Plus haut dans le chapitre, nous avons rencontré le principe selon lequel un tel objet peut aussi être considéré comme ayant touché quelque chose porteur de la tumat midras, à savoir lui-même ; ainsi, au-delà de son statut d'av hatum'a, il porte également le statut plus léger de richon le'tum'a. C'est précisément cette distinction qui engendre le débat qui se présente à nous maintenant.
Le cas de la mishna
« Sadin chehou tamé midras vé'assa'o vilon » : un drap est devenu tamé par la tumat midras, par exemple parce qu'un zav s'est allongé dessus, et son propriétaire l'a ensuite transformé en rideau, en store de fenêtre. « Tahor min hamidras » : pour ce qui concerne la tumat midras, il est désormais pur, puisqu'un rideau n'est pas un objet fait pour s'allonger ou s'asseoir dessus, et seuls de tels objets sont soumis au midras. « Aval tamé maga midras » : il conserve néanmoins le statut moindre de richon, au motif que, tant qu'il était encore un drap porteur de la tumat midras, il était en contact avec quelque chose possédant la tumat midras, à savoir lui-même. Ce contact, selon le premier avis de la mishna, laisse un résidu de tum'a même après le changement d'usage, et le rideau est donc un richon.
L'objection de Rabbi Yossé
« Amar Rabbi Yossé, vé'khi bé'eizé midras naga zé » : Rabbi Yossé demande : et quel midras cet objet a-t-il jamais touché ? En vérité, le drap n'est jamais entré en contact avec un objet extérieur porteur de la tumat midras. Compter son contact avec lui-même comme un contact réel, et sur cette base le maintenir tamé comme richon alors même qu'il est devenu un rideau, est à ses yeux sans fondement.
Le raisonnement de Rabbi Yossé repose sur la manière dont on envisage la transformation. Le tissu avait été façonné en sadin, un keli du type susceptible de recevoir la tumat midras. Dès lors qu'il a été refaçonné en vilon, en store de fenêtre, c'est un objet entièrement différent, sans aucune continuité avec ce qu'il était auparavant. La comparaison se fait avec un keli devenu tamé puis brisé : la brisure lui retire entièrement sa tum'a. Il en va de même ici. Le changement de fonction ne supprime pas seulement la tumat midras ; il supprime aussi la tumat maga qui l'accompagnait, et le rideau en ressort parfaitement tahor.
Comment le rideau peut malgré tout devenir tamé
La mishna indique alors la seule voie qui reste ouverte. « Ella im kén » : à moins, justement, qu'un zav n'ait maintenant posé la main dessus (« naga bo hazav »), auquel cas il est rendu tamé par ce nouveau contact (« tamé bémaga hazav »). Tout av hatum'a qui entre en contact avec l'objet sous sa forme actuelle le rend tamé, car un vilon est un keli à tous égards et reste exposé à la tum'a provenant de toute source qui l'atteindra désormais.
La conclusion trace donc une ligne nette. Sous sa forme nouvelle, l'objet est un keli comme un autre, exposé à toute tum'a qu'il pourrait rencontrer dorénavant. Mais son passé est clos : ni la tumat midras qu'il portait autrefois, ni le maga qui accompagnait ce midras lorsqu'il était en contact avec lui-même, ne se reportent sur ce qu'il est devenu.