Keilim, chapitre 5, michna 9. Ce chapitre traite des lois du four en terre cuite : quand est-il considéré comme un ustensile achevé, susceptible de contracter la toumah, et quand une brèche le rend-elle tahor. La michna précédente parlait d'un four qui avait été découpé puis rassemblé. Notre michna aborde un cas différent : un four qui n'est jamais arrivé d'un seul tenant, mais qui a été fabriqué en morceaux séparés, prévu dès le départ pour être assemblé par l'acheteur.
Le cas est présenté par les mots « Tanour chebba mehoutakh mibeit haouman ». Le four est sorti de l'atelier du potier déjà divisé : ni abîmé, ni brisé, mais délibérément produit en panneaux séparés. C'est tout simplement ainsi que ce produit est fabriqué, et c'est l'acheteur qui réunit les pièces pour former la paroi circulaire du four.
Les cercles
« Ve'assa bo limoudin » : en même temps que les panneaux, le fabricant a fourni des cercles. Un cercle est une bande qui entoure l'extérieur des pièces assemblées et les serre l'une contre l'autre, de sorte que ce qui n'était que des panneaux séparés devienne une paroi de four continue. Pensez à un tonneau de vin : il est monté à partir de douves en bois, et ce sont les anneaux métalliques qui en font le tour qui bloquent ces douves en un seul récipient étanche. Les cercles jouent ici exactement ce rôle, à ceci près qu'ils sont en terre cuite, encerclant les panneaux et les verrouillant en place.
« Venotnan alav » : le propriétaire a posé les cercles sur les éléments et en a ainsi fait un four. « Vehou tahor » : jusqu'à cet instant, l'ensemble était tahor et tout simplement incapable de contracter la toumah, car des panneaux libres ne sont pas un four. « Nitma » : dès lors que les cercles sont en place, le four est considéré comme un ustensile achevé et peut désormais devenir tamé. Les éléments sont fermement serrés par les cercles, ils sont tenus pour rattachés les uns aux autres, et ensemble ils constituent un véritable four.
Le retrait des cercles
« Silek et limoudav, tahor ». Si l'on enlève les cercles, le four revient à un état de taharah. Dès que plus rien ne les serre, les panneaux ne sont plus rattachés les uns aux autres, et ce qui reste a le statut halakhique d'un four brisé. Par conséquent, toute toumah que le four avait absorbée pendant qu'il était monté le quitte à l'instant même où les cercles tombent, exactement comme la toumah quitterait un four qui se serait brisé. La halakha le considère comme brisé, et il est entièrement pur.
La remise en place
« Hehziran lo, tahor ». Et voici le hidouch de la michna : même s'il remet les cercles à leur place, le four demeure tahor et ne peut plus recevoir la toumah désormais. La raison en est que ce four avait déjà servi et avait déjà été chauffé. Un four dans lequel on a cuit alors qu'il était maintenu par ses cercles se déforme ; la chaleur fige les panneaux dans une forme donnée. Une fois les cercles retirés, on ne parviendra plus jamais à faire coïncider parfaitement les éléments entre eux. Des interstices subsistent entre eux, par lesquels la chaleur s'échappe, et un tel four est donc considéré comme définitivement brisé : c'est pourquoi la remise des cercles ne change rien et qu'il ne peut plus devenir tamé.
Un enduit d'argile
« Marah batit » : si, après avoir remis les cercles, il a étalé de l'argile par-dessus. Nous venons d'établir que la seule remise en place des cercles n'en fait plus un four ; mais voici qu'il ajoute quelque chose de plus, une couche d'argile sur les jointures. Dans ce cas, « mekabel toumah », il est de nouveau susceptible de recevoir la toumah, car l'argile bouche les interstices entre les éléments et rend au four son intégrité. Et il n'a pas besoin d'enduire le four tout entier ; il suffit qu'il comble les espaces entre les panneaux.
« Ve'eino tsarikh lehassiko, chekvar houssak » : on n'exige de lui aucune nouvelle chauffe avant que ce four puisse contracter la toumah, contrairement à un four neuf, puisque celui-ci a déjà une chauffe à son actif. À l'époque où les panneaux ont été réunis pour la première fois, il a porté le four à la chaleur requise, car sans cela il n'aurait jamais pu être susceptible de toumah. Cette chauffe antérieure reste portée à son crédit même après que les cercles ont été enlevés puis remis, et il compte donc comme un four sans être chauffé à nouveau.
En quoi ce cas diffère du précédent
On pourrait objecter : nous avons appris, à propos d'un four découpé puis rassemblé et enduit d'argile, qu'il ne reçoit pas la toumah tant qu'il n'a pas été chauffé au degré voulu. Pourquoi notre michna dispense-t-elle de la chauffe ?
Tout dépend de ce qui tient effectivement le four ensemble. Dans le cas précédent, l'argile étalée était l'unique lien entre les morceaux, et la chauffe était donc nécessaire pour fixer cette argile et garantir que l'attache ainsi créée tienne réellement. Ici, ce sont les cercles qui assurent la liaison. L'argile ajoutée après coup ne fonctionne pas comme une colle entre les panneaux ; tout son rôle est de boucher les interstices. La chauffe existe pour créer une attache, et puisqu'aucune attache n'est créée ici, la chauffe ne sert à rien. La liaison est déjà fournie par les cercles ; il leur manquait seulement un peu, et l'argile comble ce manque. Le four tient déjà assemblé tel quel, il ne lui faut rien de plus qu'un léger renforcement, et une nouvelle chauffe est donc hors de propos.