Keilim, chapitre 18, michna 9. Ce chapitre s'est occupé du lit et de ses parties : dans quel cas le lit dans son ensemble est considéré comme un keli susceptible de recevoir la toum'a, et quel est le statut de ses pièces prises séparément. Notre michna traite du cas d'un lit qui était déjà devenu tamé et qui s'est ensuite disloqué, et elle se termine sur une divergence à propos d'un pied encore attaché à l'une des planches du lit.
Un lit brisé en deux
La michna commence ainsi : « Mita shenignav 'hetzya o avad 'hetzya, o 'halakouha a'hin o shoutafin, tehora. » Un lit qui était tamé s'est brisé en deux moitiés, puis l'une des moitiés a été volée, ou l'une des moitiés a été perdue, ou encore le lit a été partagé entre des frères qui l'avaient reçu en héritage de leur père, ou entre des associés qui le possédaient ensemble, chacun emportant sa moitié. Dans tous ces cas, la michna tranche : tehora, le lit est tahor.
Pourquoi la toum'a s'en va-t-elle ? Parce qu'une seule moitié de lit ne sert à rien par elle-même. Ce n'est pas un keli utilisable, et dans les situations décrites par la michna il n'y a aucune perspective de voir les deux moitiés réunies à nouveau : l'une des moitiés a disparu, ou bien les deux moitiés appartiennent désormais à deux propriétaires différents. Le lit est tout simplement brisé. Dès lors, les deux moitiés sortent de leur toum'a et sont tehorot.
La michna poursuit : « He'hzirouha, mekabelet toum'a mikan oulehaba. » Si l'on rassemble les deux moitiés et que l'on remonte le lit, il retrouve son statut de keli capable de recevoir la toum'a, mais uniquement pour l'avenir. Sa toum'a antérieure a définitivement disparu et ne revient pas ; à partir de maintenant, il est exposé à une nouvelle toum'a, s'il vient à toucher un objet tamé.
Un pied et la planche qui lui est attachée
La michna passe maintenant d'un lit entier à une pièce du lit : un pied unique avec l'une des planches d'extrémité du lit, les deux étant encore fixés l'un à l'autre. Deux questions se posent. D'abord, si le pied devient tamé, la planche qui y est attachée devient-elle tamée avec lui ? Ensuite, lorsque l'on immerge l'ensemble dans un mikvé, l'immersion est-elle valable alors que les deux pièces sont encore assemblées ?
La position de Rabbi Eliezer est : « mitamea 'havila oumitahéret 'havila. » Tant que ces deux pièces sont fixées l'une à l'autre, la halakha les considère comme un seul faisceau, un seul objet. Si la toum'a atteint le pied, la planche attachée est entraînée dans cette toum'a avec lui. Le même principe régit leur purification : puisqu'elles comptent comme une seule entité pour devenir tamé, elles comptent comme une seule entité pour devenir tahor, et tremper l'ensemble assemblé dans un mikvé les rend tous deux tehorim sans qu'il soit besoin de les séparer au préalable.
Les 'Hakhamim tranchent autrement : « mitamea eivarim oumitahéret eivarim. » Un lit d'une seule pièce est effectivement une unité unique, mais dès lors qu'il s'est disloqué, la halakha regarde ce qui reste comme des éléments détachés, chaque membre pour lui-même. Selon cette approche, les deux pièces qui sont devant nous sont deux objets distincts. Une toum'a qui atteint le pied laisse la planche intacte, et celle-ci demeure tehora. Et de même dans l'autre sens : la purification s'obtient pièce par pièce, et tremper le pied alors que la planche y est encore fixée ne rendra pas le pied tahor.
La raison en est pratique. Le pied est enfoncé de façon serrée dans la planche, et lorsque l'on trempe les deux ensemble, l'eau du mikvé ne peut pas pénétrer dans l'espace où ils se rejoignent. Une partie de la surface du pied tamé ne serait jamais touchée par l'eau du mikvé, or l'immersion exige que l'eau atteigne le keli tout entier. Selon les 'Hakhamim, la seule manière de purifier ces pièces est donc de les détacher l'une de l'autre et d'immerger chacune séparément.