Keilim, chapitre 1, Michna 8. Notre Michna se situe au milieu d'une liste qui classe les lieux les uns au-dessus des autres en kedoucha, chaque degré étant plus élevé que le précédent. La liste est déjà parvenue aux villes d'Erets Israël entourées d'une muraille, et de là elle progresse vers l'intérieur : d'abord Yerouchalayim, puis Har Habayit, et de là, cour après cour, jusque dans le Beit Hamikdash.
La disposition de Har Habayit
Pour suivre la Michna, il est utile de se représenter les lieux. Har Habayit formait un carré de 500 sur 500 amot, entouré de murailles. À l'intérieur de ce grand carré se trouvaient les cours du Beit Hamikdash, qui possédaient leurs propres murs. Tout autour des murs des cours courait une bande de dix amot appelée le 'hel, et le 'hel était délimité par une clôture en treillis de bois nommée soreg. (Ces mesures et ces structures sont décrites longuement dans Massekhet Middot.) À l'est de la cour s'étendait la cour des femmes, l'Ezrat Nachim, un carré de 135 sur 135 amot.
L'azara elle-même était subdivisée d'est en ouest en bandes de kedoucha croissante. En entrant par le côté est, on rencontrait d'abord l'Ezrat Israël, une bande de onze amot de profondeur. Juste après elle venait une seconde bande de onze amot, l'Ezrat Hacohanim. Suivait un espace de trente-deux amot où se dressait le mizbea'h extérieur, et du mizbea'h jusqu'au Heikhal il y avait encore vingt-deux amot.
Yerouchalayim au-dessus des autres villes fortifiées
Notre Michna commence par Yerouchalayim : « lifnim min ha'homa », l'espace enclos par la muraille de la ville, est « mekoudash mehem », d'une sainteté supérieure à celle de ces villes. Yerouchalayim comme les autres villes entourées d'une muraille ont le din de ma'hané Israël ; qu'est-ce qui élève donc Yerouchalayim au-dessus d'elles ? La Michna en donne la raison : « che'okhlim cham kodachim kalim », car on y mange les kodachim kalim, « ouma'asser cheni », ainsi que le ma'asser cheni.
Les korbanot se répartissent en deux catégories. Les kodchei kodachim, offrandes de la plus haute sainteté, ne peuvent être mangées que par les cohanim, et uniquement dans la cour du Beit Hamikdash. Les kodachim kalim, offrandes de moindre sainteté, peuvent être mangées même par ceux qui ne sont pas cohanim, mais leur aire permise est Yerouchalayim tout entière et rien au-delà. Il en va de même pour le ma'asser cheni, la seconde dîme prélevée certaines années du cycle, qui doit être consommée à Yerouchalayim. Dans les autres villes fortifiées, on ne mange ni kodachim kalim ni ma'asser cheni. Telle est la sainteté supplémentaire de Yerouchalayim.
Har Habayit au-dessus du reste de Yerouchalayim
Le degré suivant : « Har Habayit mekoudash mimenou ». La montagne porte une sainteté supérieure à celle de Yerouchalayim en général, et la Michna dit pourquoi : « che'ein zavim vezavot, niddot veyoldot nikhnassin lecham ». Un homme en état de ziva, une femme en état de ziva, une femme nidda, une yoledet (une femme après l'accouchement) : aucun d'eux ne peut poser le pied sur la montagne, alors que les rues de la ville leur restent ouvertes sans restriction.
Le 'hel au-dessus de Har Habayit
« Ha'hel mekoudash mimenou ». La bande de dix amot qui longe l'extérieur des murs de l'azara porte une kedoucha supérieure à celle du reste de la montagne, « che'ein goyim outmei met nikhnassim lecham » : un non-Juif, et un Juif ayant contracté la toum'a d'un cadavre, sont arrêtés au 'hel, bien que Har Habayit soit ouvert à l'un comme à l'autre.
Deux points halakhiques sous-tendent cela. Celui qui est devenu tamé par un cadavre n'est pas exclu par la Torah du ma'hané Leviya ; son exclusion du 'hel et de tout ce qui se trouve à l'intérieur est une takana des 'Hakhamim. L'interdiction faite au non-Juif est elle aussi d'origine rabbinique. Les 'Hakhamim ont attribué à l'homme non juif le din de zav, et à la femme non juive le din de nidda, l'un et l'autre au niveau rabbinique. Suivant cette logique, on se serait attendu à ce qu'ils soient tenus à l'écart de Har Habayit tout entier, comme la Michna le statue pour un zav et une zava. Les 'Hakhamim ont choisi ici d'être indulgents et leur ont donné plutôt le statut d'un tamé met, afin qu'ils ne soient pas privés de la possibilité de s'approcher du Beit Hamikdash et d'y adresser leurs prières. Ils peuvent donc avancer jusqu'au 'hel, et pas au-delà.
L'Ezrat Nachim au-dessus du 'hel
« Ezrat nachim mekoudechet mimenou », la cour des femmes est plus sainte que le 'hel. Elle a elle aussi le statut de ma'hané Leviya, et elle était entourée d'un mur qui la séparait du 'hel. Sa rigueur supplémentaire : « che'ein tevoul yom nikhnass lecham », un tevoul yom ne peut y entrer, alors qu'il est autorisé dans le 'hel.
Un tevoul yom est une personne qui s'est déjà immergée dans un mikvé pour se défaire de sa toum'a mais qui n'est pas encore pleinement tahor, car la nuit n'est pas encore tombée. Selon la Torah, un tevoul yom peut entrer dans le ma'hané Leviya, et c'est un décret des 'Hakhamim qui lui a interdit l'Ezrat Nachim tout en lui laissant le reste de Har Habayit.
La Michna ajoute : « ve'ein 'hayavin aleha 'hatat », celui qui y est entré en état de toum'a n'est pas tenu d'apporter un 'hatat. Un 'hatat n'est apporté que pour une transgression involontaire qui aurait entraîné le karet si elle avait été commise volontairement. Puisque entrer dans l'Ezrat Nachim en état de toum'a n'est interdit que rabbiniquement, il n'y a pas de karet, et donc pas de 'hatat lorsque la chose a été faite par erreur.
L'Ezrat Israël au-dessus de l'Ezrat Nachim
« Ezrat Israël mekoudechet mimena ». La cour des Israélites, qui a déjà le statut de ma'hané Chekhina, se situe un degré au-dessus de l'Ezrat Nachim, et la Michna explique : « che'ein me'houssar kippourim nikhnass lecham ». Un me'houssar kippourim en est écarté, alors que l'Ezrat Nachim lui est ouverte.
Un me'houssar kippourim est celui qui a eu une forme de toum'a dont la purification finale exige des korbanot : il s'est immergé au mikvé, la nuit est tombée, mais il n'a pas encore apporté les offrandes qu'il doit. Sa toum'a a été fortement affaiblie par l'immersion et par la tombée de la nuit, et pourtant les korbanot manquantes lui barrent encore le passage ; ici, l'interdiction relève de la Torah, et non du seul niveau rabbinique.
L'Ezrat Hacohanim au-dessus de l'Ezrat Israël
« Ezrat hacohanim mekoudechet mimena ». La cour des cohanim se tient un degré au-dessus de l'Ezrat Israël, « che'ein Israël nikhnassim lecham ela bich'at tsorkheihem » : un Israël qui n'est pas cohen n'y pénètre que lorsque l'avoda lui en donne la raison, « lismikha, lich'hita velitnoufa », pour accomplir la semikha (poser ses mains sur la tête de l'animal), pour l'abattage rituel de son korban, ou pour la tenoufa, le balancement de certaines parties de certains korbanot. Sans un tel besoin, il reste dehors.
Cette limitation aussi a été instituée par les 'Hakhamim ; la Torah ne fixe aucune frontière en ce point. Leur décision tient un Israël hors de la cour des cohanim, alors que l'Ezrat Israël lui est ouverte quand il le souhaite. C'est précisément cette distinction qui place l'Ezrat Hacohanim à un niveau de kedoucha supérieur à celui de l'Ezrat Israël, un pas de plus dans la montée de la Michna vers le Beit Hamikdash.