Keilim, chapitre 25, michna 7. Notre chapitre s'occupe depuis le début de la distinction entre l'intérieur d'un ustensile et son extérieur, distinction qui relève du décret rabbinique sur les liquides tamé. Cette michna introduit une troisième zone de l'ustensile que les Hakhamim ont traitée comme un monde à part : la prise, ce creux ou cette encoche dans laquelle une personne glisse ses doigts afin d'attraper l'ustensile et de le porter.
La michna s'ouvre sur un principe très large. "Kol hakelim", tous les ustensiles qui possèdent un réceptacle, sont régis par un ensemble de règles pour leur intérieur et par un autre pour leur extérieur, "a'horayim vetokh", ce que ce chapitre n'a cessé de déployer. Au-delà de ces deux zones, ajoute la michna, chacun de ces ustensiles porte encore une halakha qui lui est propre pour le "beit hatseviâ", l'endroit réservé aux doigts de celui qui veut le saisir.
La prise, un élément à part
Un liquide rendu tamé par décret rabbinique transmet la toum'a à un ustensile. Les Hakhamim ont pourtant refusé de voir dans la prise un simple prolongement de la surface extérieure : ils l'ont entièrement détachée du reste de la face externe du récipient. Ainsi, un liquide tamé qui tombe sur l'extérieur rend impur l'extérieur seul, tandis que la prise demeure tehora, et un liquide tamé qui atteint la prise rend impure la prise seule, tandis que l'extérieur demeure tahor. Sur le plan de la halakha, la prise est traitée comme si elle avait été coupée de l'ustensile : un élément qui possède sa vie propre.
Tenir la prise, est-ce toucher l'extérieur ?
La prise revient dans un second contexte. Lorsqu'une personne saisit un ustensile par sa prise, faut-il craindre que ses doigts aient débordé sur l'extérieur de l'ustensile ? La question a des conséquences dans les deux sens. Supposons que l'extérieur soit tamé et que la prise soit tehora : en refermant la main sur la prise, a-t-il également touché l'extérieur impur ?
Rabbi Tarfon tranche : "la'arèva guedola chel ets". Il parle d'un grand pétrin de bois. Avec un tel récipient, il n'y a pas lieu d'envisager que des doigts se refermant sur la prise aient aussi atteint la surface extérieure, car un objet de ces dimensions se soulève habituellement par sa prise et par rien d'autre. Pour les autres ustensiles, en revanche, nous partons du principe que celui qui saisit la prise laisse ses doigts s'étendre également sur l'extérieur, et les halakhot de la toum'a découlent de ce contact.
Rabbi Akiva tranche : "lekhossot". Il étend le même allègement aux coupes, aussi petites soient-elles. À ses yeux, les coupes elles aussi se soulèvent par leur prise, et les doigts ne s'égarent pas sur le corps du récipient : il n'y a donc ici rien à craindre.
Où cet allègement s'applique
La michna délimite à présent les situations dans lesquelles cet allègement fonctionne. Rabbi Meïr enseigne que la dispense de supposer que les doigts de celui qui tient la prise ont atteint l'extérieur s'applique "leyadayim hateme'ot", à des mains portant le niveau rabbinique de chéni letoum'a, lorsqu'elles se referment sur une prise qui est tehora.
Un préalable est nécessaire ici. Les Hakhamim ont décrété que, dans certaines situations, les mains d'une personne portent la toum'a alors que son corps, lui, ne la porte pas. Prenons celui qui manipule un objet ayant le niveau de richon letoum'a : un richon n'a pas le pouvoir de rendre impur un être humain, et pourtant les Sages ont déclaré de telles mains chéni. De la même manière, des mains dont on n'a pas veillé à surveiller où elles se trouvaient, "stam yadayim", ont reçu le rang de chéni. Or des mains à ce niveau sont incapables de rendre impur un ustensile, mais elles rendent bien impur un liquide. Par conséquent, lorsqu'un liquide repose sur un ustensile et que de telles mains entrent en contact avec lui, le liquide est élevé au rang de richon, et ce liquide transmet alors la toum'a à l'ustensile lui-même.
C'est exactement le cas de figure qui nous occupe. Une personne dont les mains portent la toum'a saisit la prise d'un ustensile dont l'extérieur est humide. Nous ne soulevons pas la crainte que ses doigts se soient égarés sur cette surface mouillée et aient enclenché toute la chaîne.
"Vetahorot". Le même allègement est étendu à la situation inverse : des mains tehorot se refermant sur la prise d'un ustensile dont l'extérieur porte une forme légère de toum'a, du genre capable de rendre les mains impures par décret rabbinique. L'extérieur se situe dans ce cas au niveau de chéni. Un tel niveau n'a pas le pouvoir de rendre directement impures les mains d'une personne, mais il rend bien impur un liquide. Ainsi, si ses mains étaient mouillées, l'humidité qui s'y trouve, en rencontrant l'extérieur impur, deviendrait elle-même tamé et lui transmettrait ensuite la toum'a. La michna tranche qu'ici non plus il n'y a pas lieu de s'inquiéter.
Rabbi Yossé restreint la règle
Rabbi Yossé s'y oppose : "lo amrou", cet allègement n'a été énoncé, "ela leyadayim hatehorot bilvad", que pour des mains tehorot et pour elles seules. Là où les mains elles-mêmes portent la toum'a, celui qui a saisi la prise doit bel et bien compter avec la possibilité que ses doigts aient atteint le corps du récipient et l'aient rendu impur. Mais là où ses mains étaient tehorot et où la crainte portait sur le fait que lui-même contracte la toum'a par l'humidité de ses mains rencontrant le récipient impur, dans ce cas il n'a absolument rien à craindre.
La michna nous laisse donc avec une image frappante de la finesse avec laquelle les Hakhamim ont cartographié un seul et même récipient : son intérieur, son extérieur, et le petit creux ménagé pour les doigts d'une personne, chacun avec son statut propre, et chacun avec sa propre mesure de crainte quant à ce qu'une main a pu toucher ou non.