Keilim, chapitre 17, Mishna 7. Ce chapitre est consacré aux mesures de référence dont les 'Hakhamim se servent dans l'ensemble des lois de la Torah, et la Mishna aborde ici l'une des plus connues de toutes : la figue sèche, la « guerogueret ». Chaque fois que les Sages fixent une quantité d'après le volume d'une figue sèche, de quelle figue parlent-ils ? Car les figues, après tout, existent dans toutes les tailles.
La réponse est donnée sans hésitation. La guerogueret dont ont parlé les 'Hakhamim n'est pas « lo guedola », la figue surdimensionnée, « vélo ketana », ni la figue rabougrie, « ela benonit », mais bien une figue de dimensions moyennes. Le chiour a été volontairement rattaché au fruit ordinaire plutôt qu'à l'un des deux extrêmes.
Où cette mesure intervient
Deux applications bien connues de la guerogueret proviennent des lois de Shabbat.
- Le transport de nourriture d'un domaine privé vers un domaine public pendant Shabbat : une personne n'est passible d'apporter un korban 'hatat qu'à partir du moment où l'objet qu'elle a déplacé atteint le volume d'une figue sèche. En dessous, on n'atteint pas le chiour que les 'Hakhamim ont fixé pour les aliments.
- Le chitouf mevo'ot, ce dispositif par lequel les habitants d'une ruelle sont autorisés à déplacer des objets entre leurs cours respectives durant Shabbat. Chaque foyer dépose de la nourriture dans la collecte commune, et chacune de ces parts doit équivaloir au moins au volume d'une figue sèche.
Dans les deux cas, la figue visée est la figue moyenne décrite ici.
La position de Rabbi Yehouda
Rabbi Yehouda ajoute une précision géographique. « Rabbi Yehouda omer » : « haguedola chebe'Eretz Yisraël », la grande figue sèche qui pousse en Terre d'Israël, « hi habenonit chebamedinot », correspond par son volume à ce qui est considéré comme ordinaire dans les pays de l'étranger. Les produits d'Eretz Yisraël se développent plus généreusement, si bien que ses figues sont plus grosses, et un fruit qu'on y appelle « grand » n'est rien de plus qu'une figue courante ailleurs.
La conséquence pratique de l'avis de Rabbi Yehouda est frappante. Il comprend que lorsque les 'Hakhamim ont parlé d'une figue sèche moyenne, ils visaient la figue moyenne des pays situés hors de la Terre d'Israël, la figue familière en Galout. Par conséquent, celui qui habite en Eretz Yisraël ne peut pas mesurer d'après la figue moyenne qu'il a sous les yeux ; il doit prendre une grande figue d'Eretz Yisraël, car elle seule atteint la taille de la figue ordinaire des autres pays, qui est la véritable norme établie par les Sages.
La Mishna nous a donc enseigné à la fois la règle et la divergence : la guerogueret est la figue moyenne, et selon Rabbi Yehouda, « moyenne » se définit d'après les figues des pays hors d'Eretz Yisraël, ce qui oblige celui qui se trouve en Eretz Yisraël à utiliser une figue nettement grande lorsqu'il mesure.