Kélim, chapitre 15, michna 6. Notre michna rassemble une série de lois qui partagent un même fil conducteur : dans chaque cas, un objet ou une substance qui serait normalement susceptible de toum'a est déclaré tahor, soit parce qu'il n'a pas le caractère d'un kéli (un réceptacle), soit parce que son usage au Beth Hamikdach le fait sortir des règles ordinaires. La michna s'ouvre sur les instruments de musique.
Le luth du chanteur et le luth du Lévi
« Nivlé hachara temé'in » : les luths des chanteurs sont susceptibles de toum'a. Le nével dont il est question ici est un petit instrument à cordes, dont la forme rappelle quelque peu le oud de la musique arabe, une caisse ovale semblable à une guitare arrondie. Sa face est percée d'une ouverture ronde. Cette ouverture sert à la sonorité de l'instrument, mais elle remplissait aussi une seconde fonction : le musicien qui jouait devant un public et recueillait de l'argent auprès de ses auditeurs pouvait y laisser tomber les pièces reçues. Puisque l'instrument fait ainsi office de récipient, il peut recevoir la toum'a comme n'importe quel ustensile de bois.
« Venivlé bné Lévi tehorin » : les luths des Léviim, les instruments dont les Léviim jouaient pendant leur service au Beth Hamikdach, sont tahor. Ces instruments avaient également une ouverture sur leur face, mais jamais personne n'a recueilli de pièces dans le nével d'un Lévi tandis qu'il se tenait debout et chantait pendant l'avoda. Pour un tel instrument, l'ouverture n'existe que pour une seule raison, embellir le son. Ce n'est nullement un réceptacle, et un objet qui n'est pas un réceptacle ne devient pas tamé.
Les sept liquides et les liquides du lieu d'abattage
La michna passe maintenant à deux lois dans lesquelles le droit distingue entre ce qui appartient aux particuliers et ce qui appartient au Beth Hamikdach. La première concerne les liquides.
Sept liquides ont une portée halakhique dans les lois de la toum'a, retenus par l'acronyme yad chakhat dam : l'eau (mayim), le vin (yayin), l'huile (chémen), le miel (dvach), le lait (halav), le sang (dam) et la rosée (tal). Seuls ces sept peuvent eux-mêmes recevoir la toum'a, et seuls ces sept peuvent préparer un aliment à recevoir la toum'a. En effet, un aliment ne peut normalement pas devenir tamé tant qu'il n'a pas d'abord été humecté par l'un de ces liquides. Cette humectation s'appelle un hekhcher, une préparation de l'aliment à la toum'a.
La michna énonce d'abord la règle générale, « Kol hamachkin temé'in » : chacun de ces liquides est lui-même capable de contracter la toum'a, et chacun a le pouvoir de préparer un aliment de sorte que la toum'a puisse ensuite le saisir. Puis vient l'exclusion : « Oumachké beth matbéhaya tehorin. » Le beth hamitbahayim était la partie de l'Azara dans laquelle on abattait les animaux désignés comme korbanot ; là, on les suspendait à des crochets et on les écorchait, leur sang s'écoulant tandis qu'ils étaient suspendus, et là on lavait la viande à grande eau. Deux des sept liquides sont présents en ce lieu, le sang et l'eau, et en tout autre endroit chacun d'eux contracterait la toum'a et servirait aussi de hekhcher. En ce lieu, ils ne font ni l'un ni l'autre. Le sang des korbanot et l'eau de rinçage restent tahor, et les aliments qui se trouvent là demeurent aussi peu préparés à la toum'a qu'auparavant. Aucun verset ne l'enseigne : c'est une Halakha léMoché miSinaï, reçue de bouche à oreille de Moché Rabbénou au Sinaï.
Les rouleaux du Tanakh et le rouleau de l'Azara
La seconde distinction de ce genre porte sur les Kitvé Hakodech, les rouleaux écrits du Tanakh. À la base de cette halakha se trouve un souci pratique des Hakhamim. Un rouleau est un objet sacré, et la terouma l'est également : il était donc tout naturel qu'une personne conserve les deux en un même endroit. Or la terouma est de la nourriture, la nourriture attire les souris, et une fois que les souris venaient pour la terouma, elles rongeaient les rouleaux et les abîmaient. Cherchant un moyen de séparer les deux, les Hakhamim ont institué une toum'a : le contact entre un rouleau et de la terouma disqualifie la terouma, et les mains qui ont saisi un rouleau transmettent cette même toum'a à toute terouma qu'elles manipuleront ensuite. Dès lors que garder les deux côte à côte entraînait une perte réelle, les gens les rangeaient séparément.
D'où la règle de notre michna : « Kol hasefarim metamé'in et hayadayim », tout rouleau du Tanakh transmet la toum'a aux mains qui le tiennent. Ces mains prennent le statut de chéni létoum'a, si bien que la terouma qu'elles toucheront ensuite devient chélichi et se trouve ainsi rendue inapte. À cela la michna ajoute une seule exclusion, « houts miséfer ha'azara », hormis le rouleau de l'Azara.
Il s'agissait du Séfer Torah conservé dans l'Azara, la cour du Mikdach : c'est dans celui-ci que le Cohen Gadol lisait à Yom Kippour, et que le mélekh lisait lors de Hakhel, le grand rassemblement tenu à Souccot l'année suivant la Chemitta. Ici, les Hakhamim n'ont vu aucun motif d'inquiétude. Le respect entourant ce rouleau unique était tel que l'idée de laisser sa terouma à côté de lui ne serait venue à l'esprit de personne, et il n'y avait donc aucune raison d'étendre le décret jusqu'à lui. Les mains qui le touchent restent tahor.
D'autres instruments de musique
La michna revient aux instruments et aux objets de divertissement. « Hamarkof tahor » : le markof est tahor. C'était un cheval en jouet fabriqué par les bouffons pour leurs spectacles. Il ne comporte aucun réceptacle d'aucune sorte, et il ne peut donc pas recevoir la toum'a.
« Habatnoun vehaniktémon veha'érous, haré élou temé'in. » Le batnoun est un instrument à cordes que le joueur appuie contre son ventre. Le niktémon était façonné à la forme de la jambe de bois portée par un homme dont la propre jambe avait été amputée. L'érous appartient à la famille des percussions : une peau d'animal fine est tendue sur un cerceau et frappée à la main pour la faire sonner, à la manière d'un tambourin. Tous trois reçoivent la toum'a, car la halakha les considère comme des réceptacles. Plusieurs d'entre eux sont creusés à l'avant, et le musicien qui jouait devant la foule laissait tomber dans ce creux l'argent qu'il recueillait. Parce qu'ils faisaient office de récipients, ils sont susceptibles de toum'a min haTorah.
À l'érous, Rabbi Yehouda attache une catégorie supplémentaire de toum'a : « tamé mochav », il porte la toum'a d'un objet destiné à être utilisé comme siège. Si un zav s'y asseyait, il deviendrait un av hatoum'a. Sa raison est « mipné cheha'alaïta yochévet alav ». Lors des funérailles, on engageait des femmes pour crier et se lamenter afin d'amener aux larmes ceux qui se tenaient là, et une telle femme prenait place sur l'érous pendant qu'elle se lamentait. Un objet dont on se sert pour s'asseoir acquiert la toum'a d'un siège.
Deux pièges à animaux
La michna se termine par des pièges à animaux, chacun construit à partir d'une planche de bois agencée de telle sorte qu'un panneau retombe et cloue l'animal. « Metsoudat hahoulda temé'a » : le piège posé pour les fouines contracte bien la toum'a, en vertu d'un décret rabbinique, car la manière dont il est assemblé lui donne la forme d'un ustensile. Celui qui est posé pour les souris, en revanche, « vechel akhbarim tehora », reste tahor, n'étant guère plus qu'un morceau de bois plat sans rien du caractère d'un kéli.
À travers tous ses cas, cette michna enseigne une même leçon sous plusieurs angles. La toum'a s'attache à un objet qui contient quelque chose, et elle s'attache à des substances qui servent à l'usage humain ordinaire. Un luth qui n'a jamais contenu la moindre pièce, du sang qui s'écoule à côté de l'autel, un rouleau à côté duquel personne ne placerait sa terouma, une planche plate posée pour une souris : rien de tout cela n'est attiré dans le monde de la toum'a.