Keilim, chapitre 26, Mishna 6. Ce chapitre traite des objets en cuir : lesquels sont considérés comme un véritable keli, et lesquels peuvent contracter la toum'at midras, cette toum'a qui atteint un objet parce qu'une personne tamé s'est assise, s'est tenue debout ou s'est couchée dessus. Un objet ne reçoit le midras que s'il est fabriqué pour s'y asseoir ou s'y allonger, ou du moins s'il sert régulièrement à cela. Notre mishna prend plusieurs articles de cuir servant au rangement et demande, cas par cas, si les gens finissent parfois par s'y reposer.
La mishna commence par deux articles de cuir liés aux vêtements :
"Av kessout vé'tar'hikh kessout, midras."
Un av kessout est un sac de cuir dans lequel on conservait les vêtements, et un tar'hikh kessout est une pièce de cuir dans laquelle on enveloppait les vêtements pour les ranger. Ces deux objets, tranche la mishna, sont soumis à la toum'at midras. La raison est simple et tirée de la vie courante : un sac ou une enveloppe de cuir souple contenant des habits invite naturellement à s'y asseoir, et puisque cela arrive de temps à autre, l'objet est considéré comme apte à l'assise et peut recevoir le midras.
La laine pourpre : une controverse entre Beit Chammaï et Beit Hillel
"Av argaman vé'tar'hikh argaman."
À propos de ces deux objets, la mishna rapporte le débat : Beit Chammaï les rangent dans la catégorie du "midras", tandis que Beit Hillel disent qu'ils sont seulement "tamé met".
La mishna se tourne maintenant vers ces mêmes deux articles, un sac de cuir et une pièce de cuir servant d'enveloppe, lorsqu'ils servent non pas à des vêtements ordinaires mais à l'argaman, la laine pourpre. Ici, les deux écoles s'opposent.
Beit Chammaï soutiennent que ceux-ci reçoivent également la toum'at midras, et il va de soi qu'ils reçoivent aussi la toum'a par magga, le contact. Bien que l'argaman fût une laine de la plus haute qualité, extrêmement chère et précieuse, si bien que ses propriétaires prenaient soin de la garder propre, Beit Chammaï estiment que les gens s'asseyent ou s'allongent malgré tout de temps en temps sur un tel sac ou une telle enveloppe, et que cet usage occasionnel suffit à le rendre apte au midras.
Beit Hillel ne sont pas d'accord. Selon eux, ces articles peuvent devenir tamé met, c'est-à-dire tamé comme un ustensile ordinaire entré en contact avec une source de toum'a, mais pas par le midras, car ils n'ont jamais été destinés à ce qu'on s'y asseye ou s'y couche. Quand une personne manipule une laine d'une telle valeur, elle ne va pas d'ordinaire s'étendre sur le sac qui la contient. Puisque l'objet n'est pas destiné à s'y coucher, le midras ne s'applique pas.
Une peau transformée en housse
"Or ché'assahou 'hipouï la'keli, tahor."
Une peau qu'une personne a préparée comme housse pour un ustensile est entièrement tehora : elle ne peut pas contracter la toum'a du tout. Une simple housse n'est pas un keli. Pour être susceptible de toum'a, un article doit accomplir un véritable travail, fonctionner comme un ustensile à part entière, et non simplement recouvrir autre chose pour le protéger.
"La'michkalot, tamé."
Mais s'il a destiné cette peau à recouvrir les poids utilisés sur une balance, elle est tamé. Deux raisons se conjuguent ici : une telle housse est façonnée avec un réceptacle, en forme de contenant, et elle sert de fait parfois à contenir les poids et pas seulement à les couvrir.
Pourquoi couvrir des poids ? On plaçait la peau par-dessus les poids afin qu'ils ne s'ébrèchent pas et ne s'abîment pas. Un poids entamé n'est plus exact, et dès qu'il perd sa précision on ne peut plus s'y fier pour établir qu'une quantité donnée correspond réellement au poids annoncé. Tout l'enjeu était de conserver les poids exactement tels qu'ils étaient.
"Rabbi Yossé metaher michoum aviv."
Rabbi Yossé tranche que la peau reste tehora, et il présente cette décision comme une tradition reçue de son père. Son raisonnement repose sur la fonction dominante de l'objet : ce morceau de cuir existe pour être posé sur les poids, et c'est ainsi qu'il sert pratiquement tout le temps. Un objet dont le rôle principal est seulement de couvrir n'est pas un keli, et donc aucune forme de toum'a ne peut le saisir.
Notre mishna suit donc une seule ligne de pensée : le statut d'un objet à l'égard de la toum'a se décide d'après l'usage réel qu'en font les gens. Le cuir qui contient des vêtements sert d'assise, et il reçoit donc le midras ; le cuir qui contient la précieuse laine pourpre fait l'objet d'une controverse entre Beit Chammaï et Beit Hillel ; et une peau qui ne fait que couvrir n'est pas un keli, à moins que sa forme et son usage n'en fassent quelque chose de plus, sur quoi Rabbi Yossé, au nom de son père, maintient que c'est l'usage principal qui décide.