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Keilim, chapitre 22, Mishna 6 : Une chaise à laquelle il manque des planchettes

Keilim, chapitre 22, Mishna 6. Notre Mishna poursuit l'étude d'une chaise en bois dont l'assise est formée de planchettes de bois distinctes, posées en travers du cadre. La question qui traverse tout le passage est simple mais lourde de conséquences : lorsqu'il manque certaines de ces planchettes, l'objet est-il encore une chaise ? S'il peut toujours servir d'assise à une personne, il reste un ustensile et peut donc contracter la toum'a ; s'il n'est plus possible de s'y asseoir, il a perdu son statut de kli.

Représentons-nous la chaise dont il est question : trois planchettes de bois reposent côte à côte sur le haut du cadre et forment l'assise. La Mishna présente deux cas de figure.

Premier cas : la planchette centrale a été retirée, tandis que les deux planchettes des bords sont restées en place. La Mishna le formule ainsi : "Kissé shenital 'hipouyo haemtsa'i", une chaise dont la planchette du milieu a été enlevée, "vehe'hitsonim kayamim", ses planchettes extérieures étant encore en place, est "tamé". Une ouverture court désormais sur toute la longueur de l'assise, mais une personne peut tout de même s'installer sur les deux planches restantes : l'objet continue donc de remplir sa fonction de chaise.

Un détail important est ici présupposé. Il s'agit d'une chaise dont les panneaux latéraux dépassent le niveau de l'assise, si bien que les planchettes se trouvent à l'intérieur d'un cadre surélevé. Ce détail compte, car si rien ne dépassait au-dessus de la surface d'assise, il suffirait de retourner la chaise et de s'asseoir dessus ainsi : elle resterait une assise utilisable même sans aucune planchette. La discussion de la Mishna sur les planchettes qui subsistent n'a de sens que dans une chaise dont les côtés se dressent vers le haut, les planchettes constituant alors la seule surface sur laquelle une personne puisse s'asseoir.

Deuxième cas : "Nitlou he'hitsonim vehaemtsa'i kayam, tamé." Ici, c'est l'inverse : les deux planchettes extérieures ont été retirées et seule celle du milieu subsiste. Cette chaise aussi demeure susceptible de contracter la toum'a, car une personne peut s'asseoir sur cette unique planche centrale, et l'objet continue de lui servir de siège.

Ribbi Shimon n'accepte pas cette seconde décision telle quelle. Il pose une condition, "im haya ra'hav tefa'h" : la planche centrale restante doit mesurer un tefa'h de large. Selon lui, un tefa'h est la largeur minimale à partir de laquelle on peut parler d'une surface sur laquelle une personne s'assied ; en dessous, ce n'est pas du tout une assise.

Le Tanna Kamma, la voix anonyme par laquelle la Mishna a commencé, tranche autrement. Même une planche centrale plus étroite qu'un tefa'h laisse la chaise susceptible de contracter la toum'a, car une personne peut se caler, garder son équilibre sur la planche mince et s'y asseoir malgré tout. S'asseoir n'est pas devenu impossible : l'objet n'a donc pas cessé d'être un kli.

Le principe qui traverse toute la Mishna est donc cohérent : la susceptibilité à la toum'a suit l'utilité. Aussi longtemps que ce qui reste de la chaise peut encore porter une personne, que ce soient deux planchettes séparées par une ouverture ou une seule planche étroite au centre, la chaise n'a pas été réduite à de simples morceaux de bois. Elle est encore un kli, et elle peut encore devenir tamé.