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Keilim, chapitre 2, michna 6 : la guistira dans le four et le vase d'arrosage

Keilim, chapitre 2, michna 6. Plus haut dans ce chapitre, nous avons appris qu'un ustensile de terre cuite brisé n'a pas forcément cessé d'être un keli : si le morceau qui subsiste peut encore contenir une certaine quantité de liquide, il garde son statut d'ustensile. Un tel morceau, un fragment d'ustensile qui s'est fendu mais qui fonctionne encore comme récipient, s'appelle une guistira. Notre michna ajoute maintenant une condition essentielle : un fragment ne peut conserver le statut de keli que si l'objet dont il provient était déjà un keli au moment de la cassure. Il faut qu'il y ait quelque chose à conserver. Si l'objet d'origine n'avait pas encore atteint le statut d'ustensile, son fragment n'a aucun statut à garder, et il ne peut pas devenir tamé.

Rien n'est un keli avant que le travail ne soit achevé

Le principe qui tranche le cas est le suivant : un objet acquiert le statut d'ustensile uniquement lorsque sa fabrication est menée à son terme. Pour la terre cuite, ce terme est le feu. L'argile façonnée est placée dans le four et cuite à très forte chaleur jusqu'à devenir dure et solide, et c'est cette cuisson qui achève le travail de l'artisan et transforme l'argile en ustensile. Tant qu'elle n'a pas eu lieu, l'objet peut déjà ressembler en tout point à un bol ou à une cruche, mais du point de vue de la halakha il n'est encore rien.

La michna décrit donc un ustensile qui s'est fendu alors qu'il se trouvait encore à l'intérieur du four, l'un des morceaux obtenus étant assez grand pour servir de récipient. Voici ses mots : « Guistira chenimtseit bakivchan, ad chelo nigmera melakhta, tehora. » Un fragment trouvé dans le four, là où l'ustensile s'est brisé à un stade où le feu n'avait pas encore accompli son œuvre et où l'argile n'avait pas encore durci, reste pur ; la toumah n'a rien à quoi se rattacher, puisqu'aucun ustensile n'est jamais venu à l'existence. « Michenigmera melakhta, temea » : si l'ustensile avait déjà été entièrement cuit et ne s'est fendu qu'ensuite, le morceau qui subsiste est susceptible de toumah. Un véritable keli a existé, puis est devenu une guistira, si bien que le statut déjà acquis demeure attaché au fragment.

Le titros : un instrument pour arroser les plantes

La seconde partie de la michna passe à un dispositif fabriqué pour irriguer les plantes. Son fond est percé d'une série de petits trous, tandis qu'au-dessus se trouve une seule ouverture étroite. On remplissait le dispositif d'eau et on bouchait cette ouverture supérieure du bout du doigt, et l'eau restait en place au lieu de s'écouler par le bas, car aucun air ne pouvait entrer pour prendre la place de l'eau qui sortait. On le portait jusqu'aux plantes, on retirait le doigt, et l'eau descendait par les trous du fond. Ce dispositif s'appelle un titros.

Est-il considéré comme un récipient ? Les Tannaïm sont partagés. « Rabbi Eliézer bar Tsadok metaher » : selon lui, le dispositif reste pur et la toumah ne peut pas l'atteindre, car un fond criblé de trous signifie qu'il ne contient pas vraiment l'eau. L'eau peut y séjourner un moment, mais une chose ouverte par en dessous ne retient pas son contenu de manière durable, et sans une telle retenue il n'y a pas ici de récipient.

« Rabbi Yossé metamé, mipné chehou motsi tipin tipin » : sa position est qu'il est bien susceptible de toumah, au motif que l'eau n'en sort que goutte à goutte. À ses yeux, le dispositif sert de récipient aux deux stades de son utilisation : quand le doigt bouche le haut, l'eau est réellement retenue à l'intérieur, et dès que le doigt se retire, l'écoulement est un lent filet et non un jaillissement. Ce qui retient le liquide et le libère peu à peu compte comme récipient, et un récipient est un keli, et un keli est exposé à la toumah.

C'est là le fil qui relie toute la discussion : retenir du liquide fait d'un objet un récipient, être un récipient en fait un keli, et être un keli ouvre la possibilité de devenir tamé.