Keilim, chapitre 16, Mishna 6. Notre Mishna s'intéresse à un objet des plus ordinaires dans l'équipement d'un travailleur : le gant de cuir. Un gant est-il un ustensile capable de contracter la toum'a, ou n'est-il qu'une simple protection posée sur la main ? La Mishna répond en répartissant les gants en deux catégories, selon le service qu'ils rendent à leur propriétaire.
La Mishna commence : "Kassya chel zoré guerano", le gant de ceux qui vannent sur les aires de battage. Représentons-nous le travail. Le cultivateur soulève sur sa pelle le mélange de grains et de balle, puis le lance en l'air. Le vent emporte les enveloppes légères, tandis que les grains, plus lourds, retombent au sol. Pour tenir ce rythme heure après heure, l'ouvrier doit saisir fermement le manche de sa pelle, et c'est précisément ce que lui permet le gant de cuir.
Deux autres métiers apparaissent dans la même phrase. "Chel hol'hé dera'him", le gant de ceux qui parcourent les routes, qui permet de garder une prise solide sur son bâton de marche kilomètre après kilomètre ; et "chel ossé pichtan", le gant des travailleurs du lin, dont les mains enserrent la tige avec laquelle on bat le lin. De tous ceux-là, la Mishna tranche : "temé'a", un tel gant peut recevoir la toum'a.
Pourquoi ? Pour deux raisons qui aboutissent au même point. Le gant protège celui qui le porte : des épines le long du chemin, ou d'une écharde du manche de bois qu'il serre toute la journée. Et surtout, le manche de l'outil se trouve véritablement à l'intérieur du gant. Le cuir se referme autour de la tige et la maintient. Le gant devient ainsi un réceptacle de cuir, quelque chose qui reçoit et contient, et un réceptacle de cuir est un kli sur lequel la toum'a peut prendre prise.
Face à cela se dresse le second groupe. "Aval chel tsaba'im", quant au gant des teinturiers, "vechel nafa'him", et à celui des forgerons, la règle est "tehora". Rien n'est saisi à l'intérieur de ce cuir : il n'enveloppe aucun manche et ne retient aucun objet. On l'enfile pour qu'une main occupée à un travail brûlant et pénible ne reste pas trempée. Un cuir porté seulement pour absorber la transpiration n'accomplit aucun acte de contenance, et ce qui ne contient rien n'est pas un kli que la toum'a puisse atteindre.
"Rabbi Yossé omer" : Rabbi Yossé ajoute un métier de son cru du côté tahor, "af chel garossot", également le gant de ceux qui écrasent et broient les fèves, "kayotsé bahen", il en va de même pour eux. Il le place aux côtés du teinturier et du forgeron. Le cuir du broyeur n'enveloppe ni tige ni manche ; il le porte pour que sa paume reste sèche pendant son travail, et une protection portée dans ce seul but demeure tehora.
De ces cas, la Mishna dégage un critère qui tranche pour n'importe quel gant. "Zé ha'kelal", voici la règle générale. "Hé'assouï lekabala, tamé" : si le cuir a été façonné pour recevoir quelque chose en lui, c'est-à-dire pour envelopper le manche d'un outil et donner au travailleur une prise ferme, le gant compte comme un ustensile et il est susceptible de toum'a. "Mipné haze'a", s'il a été fait à cause de la transpiration, alors "tahor", il reste entièrement hors du domaine de la toum'a.
L'enseignement de la Mishna est que le cuir en lui-même ne nous apprend rien. Deux gants peuvent paraître identiques sur l'étagère. Ce qui détermine leur statut, c'est la finalité pour laquelle ils ont été fabriqués et portés : le gant retient-il quelque chose, ou ne fait-il que couvrir une main ? Là où il y a kabala, réception, il y a un kli, et là où il y a un kli, il y a toum'a.