Keilim, chapitre 12, michna 6. Cette michna rassemble en une seule liste quatre divergences distinctes, toutes opposant Rabban Gamliel aux Hakhamim, et toutes tournant autour de la même question de fond : à partir de quand un objet, ou une partie d'un objet, est-il considéré comme un keli susceptible de recevoir la toum'a ?
La liste s'ouvre par un décompte : « arba'a devarim », quatre choses, à propos desquelles Rabban Gamliel impose la toum'a, « metamé », tandis que les Sages, « vahakhamim metaharin », les tiennent toutes pour pures.
Le couvercle d'un panier de métal
Le premier cas a déjà été évoqué plus haut dans la massekhet : « kissouy teni », le couvercle d'un teni, « chel matekhet », fait de métal, « chel baalé batim », du type que possèdent les particuliers ordinaires. Le teni était un grand récipient de métal dans lequel on rangeait toutes sortes de bricoles, notamment des morceaux de ferraille ou des tessons de poterie. La discussion porte ici sur son couvercle lorsqu'il se trouve séparé du récipient.
Rabban Gamliel décide qu'un tel couvercle peut devenir tamé même par lui-même. Il est vrai qu'il n'a pas de nom propre indépendant : il est simplement « le couvercle du teni ». Mais dans les faits, les gens y déposent des objets et s'en servent séparément, ce qui lui confère le statut de keli à part entière.
Les Hakhamim ne sont pas d'accord. Le fait que le couvercle puisse matériellement contenir des choses n'est pas le critère décisif. Il n'a pas été façonné pour cela, et un objet qui n'a pas été destiné à recevoir n'est pas un réceptacle. Il demeure donc tahor.
L'anneau de suspension des racloirs de bain
La deuxième divergence concerne « telouy hamagredot », l'anneau de suspension fixé aux racloirs dont on se servait au bain. On passait ces racloirs sur la peau pour la nettoyer, et on y attachait un anneau afin de pouvoir les accrocher aux crochets de l'établissement.
En règle générale, un tel anneau ne devient pas tamé, même lorsqu'il est attaché à un keli, puisqu'il n'apporte rien à la fonction que le keli remplit réellement : il sert uniquement à suspendre l'objet. Rabban Gamliel estime toutefois qu'ici l'anneau améliore bel et bien l'usage du racloir lui-même, car il permet à l'utilisateur de mieux le tenir. Il est donc considéré comme une partie du racloir et devient tamé avec lui.
Les Hakhamim soutiennent que l'anneau n'a aucune incidence sur le raclage. Sa seule fonction est de suspendre le racloir à un crochet, et comme il n'ajoute rien à l'utilité de l'ustensile, il reste tahor.
Les ustensiles de métal inachevés
Le troisième cas est celui des « golmé klé matakhot », des ustensiles de métal à l'état inachevé. Il s'agit de récipients parvenus au stade où ils sont déjà utilisables, mais dont le travail n'est pas terminé : ils n'ont pas été polis ni décorés, ou bien il leur manque encore un élément.
Rabban Gamliel estime que, dès lors qu'ils sont déjà utilisables dans une certaine mesure, ce sont des kelim, et ils sont donc susceptibles de recevoir la toum'a. Les Hakhamim estiment qu'aussi longtemps que la fabrication n'est pas achevée, l'objet n'a pas encore acquis le statut de keli, et qu'il ne peut donc pas devenir tamé.
Un plateau brisé en deux parts égales
Le dernier des quatre cas est « tavla chenehleka lichnayim » : un plateau de service en poterie qui s'est rompu en deux fragments d'apparence identique.
Selon Rabban Gamliel, les deux moitiés sont susceptibles de recevoir la toum'a. Son raisonnement est le suivant : les deux morceaux ont peut-être l'air semblables, mais aucune cassure ne produit jamais des parts exactement de même taille, si bien que l'un des deux est nécessairement plus grand. Ce morceau, quel qu'il soit, contient la majeure partie de ce qu'était le plateau, et il conserve donc sans aucun doute son statut antérieur de keli. Comme il est impossible de savoir lequel c'est, chacun est traité comme s'il était le plus grand.
Les Hakhamim décident qu'aucun des deux fragments ne peut devenir tamé. En général, on ne continue pas à se servir d'un plateau brisé, à moins qu'il soit clair qu'on tient la part la plus grande ; sinon, on jette simplement les morceaux. Par conséquent, lorsqu'on ne peut pas déterminer lequel est le plus grand, aucun des deux ne garde le statut de keli, et tous deux sont tahor.
Le point d'accord
La michna se termine par un cas dans lequel les Sages reconnaissent la position de Rabban Gamliel à propos de l'un des morceaux : « oumodim hakhamim leRabban Gamliel », les Sages concèdent, dans la situation de « betavla chenehleka lichnayim », un plateau rompu en deux, où les fragments sont « ehad gadol veehad katan », l'un plus grand et l'autre plus petit, que « chehagadol tamé », le grand fragment contracte bien la toum'a, « vehakatan tahor », alors que le petit ne la contracte pas.
Dans un tel cas, plus rien n'est incertain. On voit à l'œil nu que le grand tesson constitue la majeure partie de ce qu'était le plateau : il continue donc à servir d'ustensile et les gens continuent à l'employer. Tout aussi clairement, le petit tesson n'est que le reste minoritaire ; personne ne s'en soucie, il n'a donc jamais le statut de keli et demeure tahor.