Keilim, chapitre 27, Mishna 5. Notre chapitre traite du tissu, du sac et du cuir, ainsi que des dimensions et des états qui permettent à de tels objets de recevoir la toum'a. Cette mishna aborde une question voisine : qu'advient-il d'un ustensile déjà usé par le travail pour lequel il avait été fabriqué, lorsque son propriétaire souhaite désormais s'en servir comme siège ? S'asseoir et s'allonger constituent la porte d'entrée de la toum'at midras, cette toum'a que transmet un zav ou une nidda à tout ce qui est destiné à supporter le poids d'une personne. La question est donc de savoir si cette seconde carrière d'un objet devenu siège suffit à le rendre susceptible de toum'a.
La mishna commence ainsi : "belouyei nafa oukhvara shehitkinan lishiva", des restes usés d'un tamis et d'un crible que le propriétaire a préparés pour s'y asseoir. La nafa et la kevara sont les instruments servant au triage, à séparer le fin du grossier. Une fois usés, ils ne peuvent plus accomplir ce travail, et le propriétaire décide de leur donner un usage tout autre : s'asseoir dessus.
"Rabbi Akiva metamé", Rabbi Akiva tranche qu'ils peuvent désormais devenir tamé par la toum'at midras. À ses yeux, l'intention du propriétaire est déterminante : dès lors qu'il a décidé que ce tamis usé est son siège, il est devenu un siège, et un siège est soumis au midras.
"Vahakhamim metaharin ad sheyekatzeya", les 'hakhamim les déclarent tahor, à moins qu'il ne les taille de façon à les rendre véritablement aptes à ce qu'on s'y asseye. Pour les 'hakhamim, la pensée seule ne transforme pas un objet. Un acte physique de préparation est requis, une véritable remise en forme de l'objet en siège, et c'est seulement alors qu'il entre dans la catégorie des choses qui reçoivent la toum'at midras.
De l'intention, la mishna passe à une question de mesure : "kissé shel katan", une chaise appartenant à un jeune enfant, "sheyesh lo raglayim", montée sur des pieds. Une telle chaise est déclarée "tamé", susceptible de toum'a, même dans le cas où l'assise ne s'élève pas d'un tefa'h au dessus du sol ("she'ein bo gova tefa'h"). Un adulte tirerait peu de profit d'un banc aussi bas, mais le confort des adultes n'est pas ici la mesure de référence. Cette chaise a été faite pour les enfants, et pour l'enfant qui l'utilise, elle remplit parfaitement sa fonction de siège. Étant un véritable siège pour son utilisateur, elle appartient à la catégorie des objets qui contractent la toum'at midras.
La mishna se termine par un vêtement : "'halouk shel katan", la chemise d'un tout petit enfant. La position de Rabbi Eliézer est "kol shehou", à savoir que n'importe quelle taille suffit. Même un lange minuscule cousu pour un nouveau né accomplit déjà exactement ce pour quoi il a été fait, habiller un bébé, et cela suffit. Le vêtement, en tant que catégorie, est ouvert à la toum'at midras, puisqu'il arrive que l'on s'appuie ou que l'on s'asseye sur ses habits ; et pour Rabbi Eliézer, la chemise d'un nourrisson est un vêtement au sens plein, aussi peu de tissu qu'elle contienne.
Les 'hakhamim soutiennent l'inverse : "vahakhamim omrim", ils exigent "ad sheyihyé bo kashiour", que la chemise atteigne la mesure requise, et ils ajoutent "venimdad kafoul", que la mesure soit prise alors qu'elle est pliée en deux. Le chiour est celui qui vaut ordinairement pour la matière concernée, tissu, sac et substances semblables : trois sur trois ou quatre sur quatre. Puisqu'une chemise entoure le corps, une partie devant et une partie derrière, la mesurer pliée signifie que chacun des deux côtés doit à lui seul contenir ce minimum. Derrière leur décision se trouve une évaluation de l'usage réel de l'objet : la chemise d'un nouveau né ne sert que pendant un très court laps de temps avant que le bébé ne la dépasse, et un usage aussi fugace n'établit pas ce tissu comme un véritable ustensile sur lequel une personne s'assiérait ou s'appuierait. Selon eux, donc, la chemise reste tahor jusqu'à ce qu'elle atteigne les dimensions requises.
Lus ensemble, les trois cas de la mishna tournent autour d'une seule question : qu'est ce qui fait qu'une chose est un siège ou un vêtement aux yeux de la halakha ? Rabbi Akiva se tourne vers la décision du propriétaire, les 'hakhamim recherchent un changement physique ou une mesure standard, et entre les deux se tient la chaise de l'enfant, qui n'a besoin ni d'intention ni de dimensions supplémentaires, parce qu'elle fait déjà exactement ce qu'une chaise est censée faire pour celui qui s'en sert.