Keilim, chapitre 22, Michna 5. Ce chapitre traite du mobilier de la maison : les tables, les chaises, les bancs, et de la question de savoir ce que devient leur statut de toum'a lorsqu'une de leurs parties se casse ou disparaît. Notre michna examine un cas précis : celui d'une chaise qui a perdu une partie de son assise.
Pour suivre le cas, il faut d'abord se représenter la chaise telle qu'on la fabriquait à l'époque de la Michna. Ses pieds n'étaient pas de fines tiges comme nous imaginons les pieds aujourd'hui. C'étaient de larges planches, dressées sur trois côtés de la chaise, formant quelque chose qui ressemblait plutôt à une caisse ouverte. Sur le dessus de ces trois planches, l'artisan posait trois minces bandes de bois, des lattes, et l'ensemble de ces lattes constituait la surface sur laquelle on s'asseyait. Parfois les lattes étaient coupées longues, si bien que leurs extrémités dépassaient des côtés de la chaise. Parfois elles étaient coupées exactement à la mesure, si bien que leurs extrémités s'arrêtaient au niveau des planches situées en dessous. C'est sur cette petite différence de menuiserie que repose toute notre michna.
Voici la décision dans les mots mêmes de la michna : "kissé chelo hayou 'hipouyav yotse'in venitlou", c'est-à-dire une chaise construite avec des lattes qui s'arrêtaient au niveau de ses côtés, et dont plusieurs de ces lattes ont été retirées depuis. Dès lors qu'une partie de la surface d'assise a disparu, personne ne peut plus s'asseoir correctement sur le dessus de la chaise de la manière pour laquelle elle a été façonnée, et l'on supposerait qu'elle a entièrement cessé d'être un ustensile. Le verdict de la michna va dans l'autre sens : "tamé", la chaise reçoit encore la toum'a.
Pourquoi ? La michna explique : "chekhen darko lihyot", tel est l'usage courant pour une chaise de ce genre, "matéhou al tsido veyochev alav" : on la penche et on se fait un siège de l'un de ses flancs. Rappelons-nous que le bâti est en réalité une caisse ouverte formée de trois larges planches. Lorsque le dessus cède, le propriétaire ne jette pas la chaise ; il la dresse sur l'une de ces planches et s'y assied. L'objet continue donc de remplir exactement le rôle pour lequel il a été fabriqué, à savoir asseoir une personne, et tant qu'un ustensile continue de faire son travail, il conserve son aptitude à devenir tamé.
Nous comprenons maintenant pourquoi la michna a pris soin de préciser que les lattes ne dépassaient pas. C'est précisément parce qu'elles étaient coupées au niveau des côtés que rien ne gêne lorsqu'on couche la chaise : elle repose de façon stable sur son flanc, si bien qu'une personne peut s'y asseoir. Si les lattes avaient dépassé des côtés, leurs extrémités saillantes empêcheraient de la poser ainsi, et il ne resterait aucune manière de l'utiliser comme siège. C'est ce bord affleurant, ce détail discret du travail du menuisier, qui maintient cette chaise en service et la maintient susceptible de recevoir la toum'a.