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Keilim, chapitre 2, Mishna 5 : les couvercles de terre cuite et le moment où ils deviennent des récipients

Keilim, chapitre 2, Mishna 5. Ce chapitre traite des ustensiles de terre cuite et cherche à savoir lesquels d'entre eux sont susceptibles de contracter la toum'a. Notre mishna aborde une famille d'objets qui se tiennent exactement sur la frontière : les couvercles. Un couvercle n'est pas un contenant, c'est ce qui ferme un contenant. Pourtant, bien des couvercles de terre cuite étaient façonnés en courbe, creux à l'intérieur, si bien qu'au moment où on les retourne ils ressemblent tout à fait à une petite coupe. Sont-ils des récipients ou non ?

La Mishna commence par les couvercles de cruches : « kissouy kadei yayin ve'hadei chémen », les couvercles des cruches de vin et des cruches d'huile, « ve'hissouy 'haviyot neyarot », et les couvercles des tonneaux appelés neyarot, qui étaient hauts et creux à l'intérieur et pouvaient eux aussi contenir quelque chose une fois retournés. À leur sujet, la règle est « tehorine » : ils sont tahor et ne peuvent pas contracter la toum'a.

Pourquoi donc ? Parce que toute leur fonction est d'être posés le creux tourné vers le bas, sur l'ouverture de la cruche. Même si la forme le permettrait, cet objet n'est pas destiné à servir de contenant. Et pour la terre cuite, la Torah est précise : un ustensile de terre cuite devient tamé seulement lorsque la toum'a entre « el to'ho », dans son intérieur. Cette formulation nous apprend que l'intérieur doit être un intérieur qui a une utilité. Ici, l'intérieur du couvercle n'a aucune fonction propre ; l'objet n'est rien de plus qu'une fermeture.

La Mishna ajoute alors une réserve : « ve'im hitkino letachmich, teme'ine ». Si le propriétaire destine l'un de ces couvercles à servir de réceptacle, il entre dans la catégorie des récipients qui contractent la toum'a. Voyons ce qu'exige cette désignation. Aucun trou n'est percé, rien n'est retaillé, aucune forme nouvelle n'est fabriquée, et l'objet ferme encore une cruche chaque fois qu'il le souhaite. Ce qui a changé, c'est uniquement sa pensée, une décision quant au rôle que la pièce jouera désormais. Cette seule décision confère au creux une utilité, et le couvercle devient un keli.

Des couvercles de cruches, la Mishna passe au couvercle d'une marmite de ragoût : « kissouy halefas », dont la forme s'incurve vers l'intérieur. Deux caractéristiques le maintiennent hors des lois de la toum'a : « bizmane chehou nakouv », lorsqu'il est percé, ou « veyèch lo 'hidoud », lorsqu'une pointe aiguë en fait saillie. Dans les deux cas, la règle est « tahor ». Chacune de ces caractéristiques rend le couvercle inutilisable comme réceptacle, même une fois retourné. Le trou a été fait pour laisser échapper la vapeur de la cuisson, et un couvercle percé d'une ouverture ne retient rien, puisque tout ce qu'on y verse s'écoule aussitôt. Une pointe dressée au centre ne laisse aucune base plane sur laquelle le couvercle retourné puisse se poser : il basculerait au lieu de servir de plat. Un tel couvercle reste pur définitivement et n'a aucune possibilité de contracter un jour la toum'a.

Vient ensuite le cas inverse : « ve'im eino nakouv », et s'il n'est pas percé, « ve'ein lo 'hidoud, tamé », et qu'aucune pointe n'en dépasse, si bien qu'en le retournant on obtient une surface stable et plane, alors il est susceptible de contracter la toum'a. La raison donnée est « mipnei chehi messanénète », parce que la cuisinière y égoutte, « leto'ho ète hayarak », les légumes. Au cours de la cuisson, elle sort les légumes et les dépose sur le couvercle retourné pour que le liquide s'en écoule, et c'est une pratique courante de cuisine. Ainsi, bien que la pièce ait été fabriquée pour fermer une marmite, cet acte ordinaire d'égouttage constitue un véritable usage de réceptacle, et il fait du couvercle un keli capable de devenir tamé.

Rabbi Eliézer bar Tsadok invoque une autre tâche quotidienne, « mipnei chehi hofé'hète alav ète harounki » : le couvercle a rang de réceptacle parce que la maîtresse de maison y renverse le rounki afin de l'écraser. Rounki désigne des légumes bouillis jusqu'à ce qu'ils adhèrent en une seule masse molle. Elle retournait le couvercle, y déversait cette masse et l'écrasait là.

Aucun désaccord ne sépare les deux avis. Le premier Tana et Rabbi Eliézer bar Tsadok soutiennent pareillement qu'un couvercle de marmite lisse et non percé est susceptible de contracter la toum'a ; ils ne diffèrent que sur l'identification de la tâche domestique qui donne au côté creux une utilité propre. Dès lors que ce creux sert véritablement à quelque chose, l'objet a dépassé le statut de simple couvercle. C'est un récipient, et tout récipient relève des halakhot de toum'a et de tahara.