Keilim, chapitre 13, michna 5. Cette michna poursuit l'étude, menée tout au long du chapitre, des ustensiles de métal cassés ou abîmés, en demandant dans chaque cas s'il reste assez d'utilité pour que l'objet compte encore comme un keli susceptible de recevoir la toum'a. Le sujet, ici, ce sont les aiguilles de métal.
Une aiguille de métal possède normalement deux parties actives. Il y a le ayin, l'œil, l'ouverture par laquelle on passe le fil, et le ouktz, la pointe, qui perce l'étoffe, par exemple un vêtement que l'on est en train de coudre.
L'aiguille à coudre
La Michna commence : « Ma'hat chenitla 'harirah o ouktzah, tehorah. » Une aiguille à coudre dont l'œil a été enlevé, ou dont la pointe a été enlevée, est tehora. Dès que l'une de ces deux parties manque, l'aiguille ne peut plus accomplir le travail de couture, et un objet qui ne peut plus remplir sa fonction n'est plus du tout un keli : il ne reçoit donc pas la toum'a.
Une telle aiguille peut cependant connaître une seconde carrière. La Michna ajoute : « Im hitkinah lemitoua'h, teme'ah. » Si son propriétaire l'a préparée et destinée à tendre du tissu, elle redevient susceptible de contracter la toum'a. Ce travail précis peut en effet être accompli par une aiguille qui n'a ni trou pour le fil ni véritable pointe acérée. L'usage était de prendre quatre aiguilles de ce genre et de les enfoncer dans les quatre coins d'un vêtement qu'il fallait étendre et maintenir tendu, en les fixant dans une planche. Aucun fil ne passe nulle part, et aucune pointe fine n'est nécessaire. Puisque l'objet remplit réellement cette fonction, la halakha le traite comme un keli.
L'aiguille du fabricant de sacs
Après l'aiguille à coudre ordinaire, la Michna passe à l'aiguille employée par ceux qui fabriquent des sacs. Les sacs sont faits d'une toile grossière et très épaisse : l'aiguille qui leur est destinée est donc d'autant plus large et plus lourde qu'une aiguille habituelle.
À son sujet, la Michna tranche : « Chel sakin chenitla 'harirah, teme'ah. » Si cette aiguille perd son œil, elle reste néanmoins susceptible de contracter la toum'a, et la raison en est donnée : « mipnei chehou kotev bah », on peut écrire avec elle. Certes, l'œil ayant disparu, il n'y a plus moyen de l'enfiler et il n'est plus question de coudre des sacs, mais sa largeur et son épaisseur lui permettent de servir d'instrument d'écriture, et cet unique usage qui subsiste préserve son statut de keli.
« Nitla ouktzah, tehorah. » Si c'est au contraire la pointe qui a été enlevée, elle est tehora. Sans pointe, elle ne peut pas coudre, et elle ne peut pas non plus servir à écrire : il ne lui reste donc plus rien d'utile.
L'aiguille à tendre
Vient ensuite l'aiguille fabriquée dès l'origine pour le travail qui consiste à tendre le tissu. À son propos la Michna dit « chel mitoua'h », et tranche « bein kakh ouvein kakh », dans un cas comme dans l'autre, « teme'ah » : elle est susceptible de contracter la toum'a, qu'elle ait perdu son œil, sa pointe, ou les deux ensemble. Le raisonnement rejoint ce qui a été dit plus haut de l'aiguille ordinaire préparée à cette fin. Étendre une étoffe bien tendue ne demande ni trou pour le fil ni pointe perçante : leur absence ne lui coûte donc rien de son travail, et elle conserve son statut de keli.
Une aiguille rouillée
« Ma'hat chehe'alta 'haluda » : une aiguille à coudre qui s'est couverte de rouille. Tout dépend ici du degré de corrosion. Là où la rouille gêne la couture, « im me'akevet et hatefira », l'aiguille est tehora, car son utilité est perdue. Là où la couture n'est pas entravée, « ve'im lav », la règle est « teme'ah », elle demeure susceptible de contracter la toum'a, puisqu'elle continue de faire exactement ce qu'elle a toujours fait.
La petite fourchette à rôtir
La Michna se termine par une petite fourchette dont les dents sont recourbées. Une telle fourchette servait à rôtir la viande, et ses dents étaient courbées précisément pour pouvoir saisir la viande ou tout autre aliment que l'on tenait au-dessus du feu.
« Tzinorah chepichtah, tehorah. » Une petite fourchette dont les dents recourbées ont été redressées est tehora, car dans cet état elle ne peut plus rien retenir et n'est plus utilisable.
« Kefafah, 'hazrah letoum'atah. » Si son propriétaire recourbe à nouveau les dents dans leur forme d'origine, la fourchette retourne à sa toum'a. Autrement dit, si la fourchette était temea puis avait perdu cette toum'a lorsque ses dents ont été redressées et qu'elle a cessé d'être un keli, dès que les dents retrouvent leur courbure normale elle est de nouveau un keli et reçoit de nouveau la toum'a.
Un seul principe traverse toute la michna : la toum'a ne s'attache à un objet qu'aussi longtemps que celui-ci peut encore rendre un service à l'homme. Ôtez l'œil et la pointe, et une aiguille à coudre n'est plus qu'un morceau de métal ; redonnez-lui une utilité, tendre une étoffe, écrire ou saisir de la viande, et ce même morceau de métal est de nouveau un keli.