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Keilim chapitre 12, Mishna 5 : des clous devenus keilim, et la barre du changeur

Keilim, chapitre 12, Mishna 5. Tout au long de ce chapitre, la Mishna s'occupe de petits morceaux de métal, souvent des éléments d'objets plus grands, et demande chaque fois si ce morceau possède par lui-même le statut d'ustensile. En règle générale, un clou ne contracte aucune toum'a : il n'accomplit aucune tâche seul et n'est rien de plus qu'un accessoire de l'objet dans lequel il a été enfoncé. Notre Mishna se tourne donc vers les exceptions : les clous que leur propriétaire a remodelés ou destinés à une fonction, si bien qu'ils accomplissent désormais un travail de façon indépendante, et une tige de métal qui servait à un changeur de monnaie devant son comptoir.

Un clou transformé en clé

La Mishna commence par un "masmer chehitkino", un clou que son propriétaire a plié ou limé "lihyot pote'ah véno'el bo", afin de pouvoir ouvrir et fermer une porte avec lui. Un tel clou est tamé, c'est-à-dire susceptible de recevoir la toum'a. Il est venu au monde comme un clou ordinaire, mais sa forme a été modifiée pour servir un nouvel usage, et par ce remaniement il est devenu un ustensile à part entière, une clé qui accomplit un véritable travail.

Un clou servant de repère

"Hé'assouï lichmira, tahor." Si le clou a été placé pour surveiller une pièce, il reste tahor. Imaginons un clou posé dans l'entrée dans une position précise, afin que son propriétaire puisse vérifier plus tard s'il a bougé ; s'il s'est déplacé, quelqu'un est entré dans la pièce. Ce clou n'est qu'un repère, rien de plus. Puisqu'il n'accomplit aucun travail actif, il ne devient jamais un keli et ne peut pas recevoir la toum'a.

Un clou destiné à ouvrir un tonneau

Vient ensuite un "masmer chehitkino", un clou que son propriétaire a destiné "lihyot pote'ah bo ète héhavit", à être l'instrument avec lequel il perce et ouvre un tonneau de vin. Sur ce point les Tannaïm divergent. "Rabbi Akiva metamé" : selon lui, le clou est susceptible de recevoir la toum'a, puisque son propriétaire l'a désigné comme un instrument qui accomplit une tâche. "Vahakhamim metaharin ad chéyitsrefénou" : selon les Hakhamim, il demeure tahor jusqu'à ce qu'il l'ait trempé au feu.

Tremper signifie chauffer le métal jusqu'à ce qu'il soit brûlant, puis le plonger aussitôt dans l'eau. Le métal durcit et l'outil devient beaucoup plus solide. Les Hakhamim raisonnent ainsi : avant d'avoir subi ce traitement, le clou n'est pas réellement apte à la tâche, car il risque de fendre le tonneau. Une chose qui ne peut pas encore accomplir son travail n'est pas encore un keli, et seule la trempe l'amène à ce stade.

Rabbi Akiva n'est pas de cet avis. Selon lui, le clou peut déjà servir à ouvrir le tonneau al yedé hadéhak, avec difficulté, même avant d'avoir été durci. Puisque la tâche est possible, la seule désignation du propriétaire suffit à faire du clou un keli susceptible de recevoir la toum'a.

La barre du changeur de monnaie

La Mishna passe maintenant à une tige de métal enfoncée dans le pilier de bois qui se dressait devant l'échoppe d'un changeur de monnaie. L'ouverture de l'échoppe était fermée par une planche qui lui servait de porte. Quand le changeur ouvrait boutique, il décrochait cette planche et la posait horizontalement sur le pilier, où elle devenait son comptoir, et la tige était le support qui maintenait la planche. Cette tige ne quittait jamais le pilier ; elle restait en place même lorsque la planche reprenait son rôle de porte.

"Masmer chel choulhani, tahor." Selon le Tanna Kamma, une telle tige ne peut pas recevoir la toum'a. Toute sa fonction consiste à demeurer fixée au pilier, et le pilier, lui, est planté dans le sol ; or rien de ce qui est rattaché au sol n'est susceptible de recevoir la toum'a.

"Rabbi Tsadok metamé." Selon Rabbi Tsadok, la tige est susceptible de recevoir la toum'a, car son attache n'est pas véritablement permanente : de temps à autre, le changeur la retire et l'emploie pour d'autres besoins, et cela suffit, à ses yeux, pour qu'elle ne soit pas comptée comme faisant partie du sol. Les Hakhamim répondent que ces retraits sont rares, et qu'un objet dont la place habituelle est fixe est considéré comme rattaché au sol et demeure donc tahor.

Trois cas de Rabbi Tsadok

Les divergences entre Rabbi Tsadok et les Hakhamim apparaissent à divers endroits dans ces mishnayot, sans être rassemblées en un seul lieu ; la Mishna les énumère donc ici ensemble : "chelocha devarim Rabbi Tsadok metamé vahakhamim metaharin". Il y a trois objets au sujet desquels Rabbi Tsadok tranche qu'ils sont susceptibles de recevoir la toum'a, tandis que les Hakhamim tranchent qu'ils restent toujours tahor.

  • "Masmer chel choulhani", la tige du changeur de monnaie, le cas que notre Mishna vient d'examiner.
  • "Vé'aron chel garossot", le coffre du broyeur de fèves.
  • "Oumasmer chel évèn cha'ot", l'aiguille d'un cadran solaire.

Dans ces trois cas, "Rabbi Tsadok metamé vahakhamim metaharin" : Rabbi Tsadok considère chacun d'eux comme un keli pouvant recevoir la toum'a, et les Hakhamim soutiennent qu'ils demeurent tous tahor.

Le fil qui traverse toute la Mishna est une seule question : à quel moment un morceau de métal cesse-t-il d'être la partie d'autre chose pour devenir un ustensile à part entière ? Le remodeler en clé y parvient. Le destiner à ouvrir un tonneau y parvient selon Rabbi Akiva, et seulement après la trempe selon les Hakhamim. Le placer comme simple repère n'y parvient pas du tout, et pas davantage une barre dont la place est dans un poteau fixé au sol.